«Boy Erased»: en thérapie bien malgré lui

Le Québécois Théodore Pellerin et Lucas Hedges dans «Boy Erased», qui montre une société étouffée par sa bigoterie.
Photo: Focus Film Le Québécois Théodore Pellerin et Lucas Hedges dans «Boy Erased», qui montre une société étouffée par sa bigoterie.

Il serait rassurant de croire que les thérapies de guérison de l’homosexualité ne sont qu’une autre aberration de notre voisin du Sud, offertes dans plus de 30 États américains ; une enquête récente du Journal de Montréal révèle que nous n’avons franchement rien à leur envier.

Pour ceux et celles qui se demandent à quoi elles ressemblent — et surtout quels dommages elles peuvent causer —, il suffit d’abord de voir The Miseducation of Cameron Post, de Desiree Akhavan, et maintenant Boy Erased, de l’acteur et cinéaste Joel Edgerton (The Gift). Celui-ci, inspiré des mémoires de Garred Conley, propose une lecture sobre du phénomène, mais avec une abondance de stars, d’acteurs accomplis (dont l’excellente Cherry Jones dans un cameo résumant à lui seul l’absurdité de la situation), certains même du Québec (Xavier Dolan et Théodore Pellerin font forte impression dans des rôles modestes).

L’auteur et journaliste possède la chance d’être incarné par Lucas Hedges, nommé ici Jared, lui dont la sensibilité fait partout merveille (de Manchester by the Sea à Mid90s), et plus encore dans ce drame qui étale de multiples tiraillements. Ils oscillent entre désir de conformité et pulsions sexuelles, amour profond pour les parents et aveuglement religieux hérité d’une église parmi tant d’autres de l’Arkansas.

Cet adolescent sera vite contraint de suivre une thérapie où tous les coups sont permis, au propre comme au figuré, le garçon côtoyant des gens de son âge tout aussi abasourdis devant les méthodes utilisées, chacun développant des stratégies différentes pour survivre. Certains d’ailleurs n’y parviendront pas…

Dans un récit à la structure classique, les retours en arrière sont soigneusement calibrés pour comprendre ce qui a mené ce fils de pasteur, et fier vendeur de bagnoles, à se retrouver dans ce centre aux allures de prison (si ce n’était les signes religieux un peu partout), sous les assauts d’un thérapeute aux compétences douteuses (tâche dévolue à Joel Edgerton dans une performance sanguine dont il a le secret).

Entre les temps forts, et violents, qui ont jalonné la découverte de son identité et le dialogue de sourds marquant sa relation avec ses parents (Russell Crowe et Nicole Kidman en retrait, mais chacun a droit à sa grande scène bouleversante), cette plongée au coeur d’une vaste escroquerie ne manque jamais d’émotion, encore moins de pertinence.

Plusieurs personnages incarnent avec force ce conflit intérieur entre la loi du désir et l’ordre moral, comme celui de Kidman dont les démêlés avec l’Église de scientologie ne sont sûrement pas étrangers à son envie de défendre ce film. Car si ces parents semblent portés par un amour sincère pour leur enfant, ils n’en sont pas moins guidés par d’autres principes pas très louables. À leur grand étonnement et bien malgré eux, ils s’engageront eux aussi dans un profond processus de remise en question.

Dans un écrin le plus souvent pudique, où les artifices de la mise en scène s’avèrent minimalistes (la cruauté y est rarement pur spectacle), Boy Erased dresse un troublant constat d’une société étouffée par sa bigoterie. Et croire qu’elle ne ressemble pas à la nôtre constitue en soi une forme d’aveuglement volontaire.

Garçon effacé (V.F. de Boy Erased)

★★★★

Drame biographique de Joel Edgerton. Avec Lucas Hedges, Joel Edgerton, Nicole Kidman, Russell Crowe. États-Unis, 2018, 114 minutes.