«Bohemian Rhapsody»: plus qu’une simple fantaisie musicale

Si tout va trop vite dans les premières scènes, ça se place par la suite. Avec un point culminant: la reconstitution presque minute par minute, note par note, de la participation de Queen au spectacle «Live Aid» de 1985.
Photo: 20th Century Fox Si tout va trop vite dans les premières scènes, ça se place par la suite. Avec un point culminant: la reconstitution presque minute par minute, note par note, de la participation de Queen au spectacle «Live Aid» de 1985.

Né sous un nuage de controverses, dont le renvoi du réalisateur (Bryan Singer) à quinze jours de la fin du tournage, Bohemian Rhapsody aurait bien pu rester à l’état de rêve. Impossible d’échapper à la réalité, disent les premières strophes de la chanson éponyme. De voir en salle cette fiction tirée de la réalité du groupe britannique Queen est en soi un exploit.

En dehors de ses (mauvaises) publicités, Bohemian Rhapsody faisait tant saliver. Freddie Mercury, le charismatique leader et chanteur, demeure une des grandes âmes du rock, malgré, ou en raison de son décès prématuré en 1991, à 45 ans. Et les tubes de Queen sont de grands classiques.

Biographie musicale rythmée par les succès qui se suivent les uns les autres, Bohemian Rhapsody n’échappe pas aux conventions du genre. Voici l’histoire de A à Z de Queen, ses hauts et ses bas, ses montagnes, ses ruptures, ses retrouvailles.

L’histoire de Queen. Mais surtout de Freddie Mercury. Bohemian Rhapsody tourne davantage autour de lui — de sa relation ambiguë avec la belle Mary Austin, par exemple — qu’il brosse le portrait du quatuor. Le résultat est assez classique, avec en toile de fond le portrait d’une époque marquée de tabous (l’homosexualité) et de drames (l’apparition du sida). Bien que les enjeux sociaux ne soient qu’effleurés, il se dégage de ce survol de 15 ans des moments mémorables.

Si tout va trop vite dans les premières scènes, ça se place par la suite. Avec un point culminant : la reconstitution presque minute par minute, note par note, de la participation de Queen au spectacle Live Aid de 1985. Ses vingt minutes sur la scène de Wembley sont considérées comme parmi les meilleures de l’histoire du rock. Et pour les sceptiques, le film démontre pourquoi We Are the Champions est un hymne universel.

Des origines du groupe jusqu’à ce concert fétiche, le récit suit la ligne du temps, sans interruption. En filigrane cependant, le film raconte la naissance de cette étoile qu’aura été Freddie Mercury, autant sa montée au zénith que ses excentricités et secrets. Bête de scène, célèbre (et célébré ?) pour ses habits moulants et sa moustache, l’homme n’était pas moins torturé.

Juste et crédible

Le réalisateur Bryan Singer (X-Men), dont le nom est demeuré au générique malgré tout, montre un Mercury en déni de la (sa) réalité, comme en contradiction avec ses propres textes. Le chanteur se dit n’être destiné que pour performer sur scène, refuse d’affronter ses origines, son homosexualité, sa solitude, sa maladie.

Le film est porté par la performance de Rami Malek (Mr. Robot), qui obtient ici son premier grand rôle au cinéma. Aidé par une prothèse dentaire, Malek est d’une ressemblance impressionnante avec Mercury. Sa démarche, sa présence sur scène, son naturel à camper une personnalité à double tranchant rendent son personnage des plus crédibles.

Le reste de la distribution est à cette image : juste et crédible. Le Canadien Mike Myers fait par ailleurs une petite apparition en directeur de l’étiquette EMI. Que la scène autour de la chanson Bohemian Rhapsody soit véridique ou fabriquée pour les besoins du cinéma importe peu. Dans le film, elle prend une place épique. Elle pousse à ce que les « Scaramouche » et « Bismillah » du célèbre tube soient plus qu’une fantaisie.

Bohemian Rhapsody

★★★

Drame de Bryan Singer. Avec Rami Malek, Lucy Boynton, Gwilym Lee, Ben Hardy, Joseph Mazzello, Royaume-Uni–États-Unis, 2018, 134 minutes.