RIDM: Walaa, jeune Palestinienne hors norme

Walaa a été élevée dans un camp de réfugiés alors que sa mère, Latifa, purgeait huit ans de prison pour avoir conspiré dans le but de commettre un attentat.
Photo: ONF Walaa a été élevée dans un camp de réfugiés alors que sa mère, Latifa, purgeait huit ans de prison pour avoir conspiré dans le but de commettre un attentat.

Walaa ne correspond pas au stéréotype courant de la jeune femme palestinienne. Hardie, voire effrontée, elle rêve de devenir policière dès son adolescence. À l’Académie de police de Jéricho, où elle fait ses classes pour faire partie des forces de sécurité palestiniennes, elle doit fréquemment payer le prix de son caractère frondeur. Elle a été élevée dans un camp de réfugiés alors que sa mère, Latifa, purgeait huit ans de prison, pour avoir conspiré dans le but de commettre un attentat.

Walaa est la jeune femme que Christy Garland a suivie durant cinq ans pour réaliser le documentaire Le rêve de Walaa. « La première fois où nous nous sommes rencontrées, je pensais faire un film sur des ateliers de création de jeux vidéo qu’une femme que je connaissais donnait en Palestine, raconte Christy Garland. J’ai tout de suite trouvé Walaa fascinante. Elle sortait du lot, elle avait tant d’énergie ! Je me suis demandé ce qu’elle allait faire plus tard. »

Walaa, elle, savait très bien ce qu’elle voulait faire. D’abord, elle voulait posséder un fusil, puis, elle voulait devenir policière.

Les premières images, tournées avant l’arrivée de Garland en Palestine, montrent Walaa qui pleure durant l’incarcération de sa mère, puis, un peu plus tard au moment de la libération de celle-ci. Mais Christie Garland a rencontré Walaa à 16 ans. Elle est déjà une jeune femme têtue qui tient tête à son frère, qui travaille en Israël. Christy Garland dit n’avoir eu aucune difficulté à faire accepter sa caméra au sein de l’Académie de police qui forme les Forces de sécurité palestinienne. « Mais c’était la première fois qu’une caméra filmait à l’intérieur », dit-elle.

Des années plus tard, la jeune femme, qui a terminé sa formation de policière, sera incarcérée durant plusieurs jours pour avoir protesté contre l’emprisonnement de ce même frère, accusé entre autres d’avoir pénétré clandestinement en Israël pour y travailler. Paradoxalement, le jeune homme a également été inculpé pour avoir lancé des roches à un point de contrôle.

« C’est un peu ironique, raconte Christy Garland. Des Palestiniens vont en Israël parce qu’ils ne trouvent pas de travail en Palestine. Ils y trouvent du travail pour construire ces colonies, puis ils manifestent contre ces colonies. »

Il faut dire que dans l’environnement du camp de réfugiés de Balata, où Walaa a grandi, la violence et la guerre sont omniprésentes. « Il y a un cycle horrible de violence, dit Christy Garland, en particulier chez les jeunes hommes. Ils entendent des histoires de prison de leurs grands frères. […] Et dans les prisons, il y a beaucoup d’innocents », dit-elle.

Cycle de violence

Walaa vient donc de ce quartier pauvre, et la motivation première pour devenir policière est d’avoir un bon travail rémunéré.

« Au début, c’est comme un rêve d’enfant, avoir un fusil, et porter l’uniforme, mais lorsqu’elle devient policière, elle se rend compte que c’est plus que ça », raconte Garland.

Christie Garland raconte par ailleurs que Walaa n’est pas une Palestinienne typique. « On voit tout de suite qu’elle n’est pas une musulmane très dévote. Elle n’est pas conservatrice », dit la réalisatrice, qui a rencontré des jeunes femmes plus traditionnelles en Palestine, mais aussi des jeunes femmes qui vivent plutôt à l’occidentale.

« Mais Walaa est unique dans le type d’énergie qu’elle dégage », dit-elle.

Lorsque Christy Garland a montré la bande-annonce de son film sur Walaa à un collègue, celui-ci lui a dit qu’il la voyait comme « une délinquante en hidjab », destinée à être « une mauvaise policière, une flic pourrie ». C’est précisément ce commentaire qui a motivé la réalisatrice à poursuivre son film, à faire confiance à Walaa.

« C’est une fille intéressante parce qu’elle enfreint les règles, mais aussi parce qu’il y en a certaines qu’elle apprend, de haute lutte, à respecter. » Effectivement, après un apprentissage difficile à l’Académie de police, Walaa est félicitée par ses supérieurs. Elle a 21 ans lorsque le film se termine. L’avenir montrera ce qu’il lui réserve encore.

Le rêve de Walaa

Accompagné de la première mondiale du court poème cinématographique Printemps Now, de Juancito Jean. En ouverture des RIDM, le 8 novembre à 19 h à l’Auditorium des diplômés de la SGWU de l’Université Concordia, et le 9 novembre à 19 h au Cinéma du Parc.