120 ans de cinéma français

L’exposition «Gaumont, depuis que le cinéma existe» survole l’œuvre de grands noms du cinéma français.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir L’exposition «Gaumont, depuis que le cinéma existe» survole l’œuvre de grands noms du cinéma français.

Ils étaient là au tout début du cinéma, quelques mois à peine après les premières projections organisées par les frères Lumière. Et ils sont encore là aujourd’hui. Pour ses 120 ans d’existence, la maison de production de cinéma française Gaumont a organisé une exposition, Gaumont, depuis que le cinéma existe, qui a fait le tour du monde avant d’arriver ces jours-ci à la Cinémathèque québécoise.

Au premier chef, on rencontre Léon Gaumont, fondateur de l’entreprise, ingénieur passionné du cinéma naissant et son assistante devenue la première réalisatrice au monde, Alice Guy. « L’image doit être animée, sonore et en relief », disait l’ingénieur Gaumont, qui, dès 1896, soutient la production de films en couleur, que des dizaines d’ouvrières colorent, au pinceau, image par image. À partir de 1907, la société acquiert une machine à colorier les films. « Ma jeunesse, mon inexpérience, mon sexe, tout conspire contre moi », disait Alice Guy. Les deux collègues avaient eu l’idée de tourner de petits films pour mousser les ventes de leurs caméras. « Et Alice Guy a eu l’idée de raconter de petites histoires sur film », dit Ariane Toscan du Plantier, directrice des communications et du patrimoine pour la compagnie. Sa première oeuvre, La fée aux choux, datée de 1902, est un grand succès. C’est la naissance du cinéma de fiction. Alice Guy réalisera en tout autour de 500 films. Gaumont expérimentera aussi la couleur grâce à un Trichrome, dont on peut voir une photographie dans l’exposition.

L’exposition survole l’oeuvre de grands noms du cinéma français, en partant de Louis Feuillade, l’inventeur du feuilleton cinématographique, l’ancêtre des téléséries d’aujourd’hui, auteur entre autres de Fantomas. On croise Jean Vigo et son Zéro de conduite, considéré comme « antifrançais », qui fut le premier film officiellement interdit par la censure française, Louis Malle le rebelle, Louis de Funès l’inénarrable, Pierre Richard et Jean-Paul Belmondo. En tout, ce sont plus de 1000 films qui forment le catalogue composé par Gaumont au fil du temps.

Pour Ariane Toscan du Plantier, le monde du cinéma français est un monde de saltimbanques. C’est d’ailleurs dans les fêtes foraines que les premières projections, destinées à la collectivité, ont eu lieu. Avant, le cinéma étant avant tout un plaisir élitiste et individuel, pour qui avait la chance de poser un oeil dans la boîte à images, relève Mme Toscan du Plantier. Avec la numérisation, le cinéma redevient d’ailleurs, pour plusieurs, un plaisir solitaire.

Pour accompagner cette exposition, la Cinémathèque présente aussi une rétrospective de onze films produits par Gaumont, de Zéro de conduite, de Vigo, à Cousin, cousine, de Jean-Charles Tacchella, en passant par French Cancan, de Jean Renoir, ou Le grand bleu de Luc Besson, du 27 octobre au 27 novembre.

Aujourd’hui, Gaumont a des bureaux à Los Angeles et collabore avec Netflix, notamment pour la production de Narcos, la télésérie inspirée de l’histoire de Pablo Escobar. Et pour bien marquer que Gaumont évolue avec le XXIe siècle, l’exposition est accompagnée d’un atelier numérique, qui se déroule à partir de vendredi à la Société des arts technologiques (SAT). Au cours de quatre jours de travail, huit participants créeront deux prototypes, réinterprétant des images et des extraits de la cinématographie française signée Gaumont.

Gaumont, depuis que le cinéma existe

À la Cinémathèque québécoise, jusqu’au 25 novembre