«La haine qu’on donne»: Black Lives Matter ou la fin du silence

Amandla Stenberg incarne habilement les différentes facettes de l’évolution d’un personnage confronté à un drame indescriptible.
Photo: 20th Century Fox Amandla Stenberg incarne habilement les différentes facettes de l’évolution d’un personnage confronté à un drame indescriptible.

« The Hate U Give Little Infants Fucks Everybody. » Cette phrase, rendue célèbre par le rappeur Tupac sous l’acronyme « THUG LIFE », est maintes fois répétée dans le roman The Hate U Give d’Angie Thomas. Cet ouvrage, qui figure depuis 2017 dans le palmarès du New York Times des livres les plus populaires, offre un portrait saisissant, accessible et rigoureux de la brutalité policière et du racisme systémique aux États-Unis.

Adapter une oeuvre d’une telle densité au cinéma aurait pu s’avérer fort périlleux. Or, malgré l’effet d’engorgement qui menace au départ d’altérer le réalisme de l’oeuvre, le réalisateur George Tillman Jr. parvient à tirer son épingle du jeu, un exploit qui repose en grande partie sur l’interprétation bouleversante d’Amandla Stenberg, qui incarne habilement les différentes facettes de l’évolution d’un personnage confronté à un drame indescriptible.

« Si un policier t’interpelle, tu fais ce qu’il te dit. Tu mets tes mains bien en vue, tu ne répliques pas. » Starr Carter (Stenberg) a neuf ans lorsque son père, Maverick (Russell Hornsby), convoque sa famille pour « la discussion ». Ce dernier, ancien membre d’un gang de rue déterminé à offrir un meilleur avenir à ses enfants, est bien conscient, malgré sa fierté envers ses origines, du risque que représente le corps de police pour les membres de la communauté noire.

Quelques années plus tard, malgré la prudence et les avertissements, Starr est témoin de la mort de son ami d’enfance Khalil aux mains d’un policier ayant confondu la brosse à cheveux de la victime avec un fusil.

Dès lors, l’équilibre précaire que l’adolescente tentait de maintenir entre le quartier pauvre où elle a grandi et l’école aisée, majoritairement blanche, qu’elle fréquente est rompu. Sous les pressions des deux communautés, la jeune fille cherche sa voie, déterminée à faire justice à son défunt ami.

Sans jamais tomber dans la dichotomie ou les lieux communs, The Hate U Give met en scène, à travers les questionnements, les prises de position et les expériences de Starr, la complexité et l’unicité de l’expérience noire aux États-Unis.

Sont abordés sans aucun complexe les guerres de gang, la violence, le trafic de stupéfiants, les perspectives d’avenir restreintes et la force des préjugés, rendue évidente par l’aveu de l’oncle de l’adolescente, un policier, qui affirme avoir lui-même une attitude plus défensive lorsqu’il interpelle des individus de sa propre communauté.

Le film expose également avec courage l’utopie des discours égalitaires. « Si tu ne vois pas la couleur, c’est que tu ne me vois pas vraiment », réplique Starr à son copain qui affirme ne percevoir aucune différence en elle liée à sa couleur de peau.

Récit initiatique fondé sur la recherche identitaire, la plus grande force de l’oeuvre demeure sa grande accessibilité. Malgré la délicatesse de son sujet, le film ne néglige pas les aspects universels et divertissants du passage à l’âge adulte, y intégrant avec honnêteté et intelligibilité une problématique capitale qu’on se contente trop souvent d’effleurer.

La haine qu’on donne (V.F. de The Hate U Give)

★★★ 1/2

Drame de George Tillman Jr. Avec Amandla Stenberg, Regina Hall, Russell Hornsby, KJ Apa, Algee Smith, Lamar Johnson, Issa Rae et Sabrina Carpenter. États-Unis, 2018, 132 minutes.