Voyage intergalactique en perspective à l'exposition «Écho»

«Spheres», d’Eliza McNitt, a reçu le 8 septembre le Grand Prix de la Meilleure œuvre en réalité virtuelle à la Mostra de Venise. Cette série de trois épisodes explore l’univers sonore du cosmos.
Photo: Eliza McNitt «Spheres», d’Eliza McNitt, a reçu le 8 septembre le Grand Prix de la Meilleure œuvre en réalité virtuelle à la Mostra de Venise. Cette série de trois épisodes explore l’univers sonore du cosmos.

Dans quelques secondes, nous plongerons à l’intérieur d’un trou noir. La bonne nouvelle est que nous en ressortirons ensuite. Nous sommes dans Spheres, la création de réalité virtuelle d’Eliza McNitt qui vient de remporter le Grand Prix de sa catégorie à la Mostra de Venise.

L’oeuvre est présentée en première canadienne dans le cadre de la nouvelle exposition de réalité virtuelle Écho : réverbération dans l’espace, au Centre Phi de Montréal jusqu’au 20 janvier.

Coiffé de lunettes spéciales, on n’y fait rien de moins qu’un fabuleux voyage intergalactique en trois volets.

Mais au-delà des images, créées par ordinateur à partir des connaissances scientifiques que nous avons de l’espace, la jeune créatrice américaine de 27 ans a voulu explorer le son du cosmos, à partir du big bang jusqu’à aujourd’hui.

« Ma première création s’appelait Le festival des étoiles, dit Eliza McNitt en entrevue. Elle explorait la naissance et la mort d’une étoile vue à travers le télescope Hubble. En faisant ce travail et en étudiant l’univers, je me suis mise à me demander ce qui arriverait si on écoutait ce qui se passe dans le cosmos. Et c’est comme ça que ce projet a vu le jour. »

Ce sont les voix de Patti Smith, de Jessica Chastain et de Millie Bobby Brown que l’on entend dans Spheres. Malheureusement, cette narration n’est pour l’instant proposée qu’en anglais.

« C’est très compliqué de traduire une bande sonore de réalité virtuelle », dit Myriam Achard, commissaire de l’exposition.

Le disque d’or

Le Centre Phi est par ailleurs un endroit unique en Amérique pour exposer ces oeuvres de réalité virtuelle, qui ne circuleraient autrement que dans les festivals.

« Il n’y a pas d’endroit aux États-Unis qui comprenne aussi bien la réalité virtuelle que le Centre Phi, et où les créations peuvent être exposées pendant des mois », dit Jess Engel, coproductrice de Spheres.

La thématique du cosmos, qui est abordée dans plusieurs oeuvres de l’exposition Écho, est aussi reprise dans la pièce Beethoven’s Fifth, de Jessica Brillhart.

C’est à l’occasion du 40e anniversaire du voyage dans l’espace de la sonde Voyager, en 2017, que la créatrice s’est intéressée au contenu du fameux « disque d’or ». Ce disque d’or, envoyé sur Voyager, avait pour mission de détailler la vie des humains, s’il était intercepté par des extraterrestres. On y avait enregistré toutes sortes de bruits, des cris de nourrissons au grondement du tonnerre, et diverses musiques, dont le premier mouvement de la Cinquième symphonie de Beethoven, enregistré par l’Orchestre Philharmonia de Londres.

Le projet de Brillhart mêle donc une répétition de l’Orchestre et un voyage sur Voyager. Au début, le spectateur s’y déplace comme s’il était lui-même un musicien de l’orchestre. Brillhart a aussi reproduit des images basées sur des informations captées par Voyager.

« C’est un peu ce que Beethoven aurait vu s’il était allé dans l’espace avec Voyager », dit-elle en entrevue.

Le groupe montréalais Félix et Paul Studios, qui a travaillé notamment sur le film L’île aux chiens, présente ici, quant à lui, un documentaire sur différents astronautes qui ont travaillé à bord de la navette spatiale internationale.

Parmi les oeuvres québécoises, on peut voir aussi un vidéoclip en réalité virtuelle de la chanson Coast, du groupe Valaire. Le vidéoclip a été réalisé par le groupe Turbulent.

« On avait envie d’explorer la réalité virtuelle et le monde de la musique dans un projet commun. On trouvait que le vidéoclip était un bon point de départ puisque c’est un format que les gens connaissent », dit Claire Buffet, du groupe Turbulent.

« Nous, on a le beau rôle, on fait de la musique, dit Luis Clavis, du groupe Valaire. Ce qu’on avait à faire, c’est un remue-méninges pour déterminer la forme et la couleur qu’on voulait que ça prenne. »

Ce vidéoclip pourra être vu à domicile avec un casque Oculus Go, moins cher que d’autres casques de réalité virtuelle.

La musique de Valaire et la chanson Coast, de nature évolutive, se prêtaient bien, selon les concepteurs de Turbulent, à cette immersion. « Ça nous emmène vraiment ailleurs », dit le musicien France, de Valaire.

La conception de vidéoclip en réalité virtuelle n’est pas encore courante dans le monde de la musique. « À ma connaissance, au Québec et au Canada il n’y en a pas d’autres », dit Claire Buffet.