Sébastien Pilote décroche les honneurs à Toronto

Le cinéaste Sébastien Pilote admet que son prix ne pouvait mieux tomber, à la veille de la première de son nouveau film.
Photo: Tijana Martin La Presse canadienne Le cinéaste Sébastien Pilote admet que son prix ne pouvait mieux tomber, à la veille de la première de son nouveau film.

Le Québec était à l’honneur en cette remise des lauriers du 43e TIFF dimanche à Toronto.

La disparition des lucioles, fine sonate de Sébastien Pilote (Le vendeur, Le démantèlement), abordant le passage à l’âge adulte d’une jeune rebelle du Saguenay (Karelle Tremblay), a remporté le prix du meilleur film canadien (qu’on croyait destiné à La chute de l’empire américain, de Denys Arcand). Le cinéaste vint déclarer sur scène que ce prix ne pouvait mieux tomber, alors que sa première est ce lundi et que le film prend l’affiche au Québec vendredi. Il souriait, après avoir dit partout que son troisième long métrage n’était pas destiné à remporter des honneurs, mais à toucher les gens. La surprise lui causa un velours et beaucoup d’espoir pour le succès de ses Lucioles en salles.

La Montréalaise Katherine Jerkovic, pour son touchant périple Les routes en février, quête des racines en partie autobiographique d’une jeune Québécoise en Uruguay afin de retrouver sa grand-mère, tourné en espagnol, a remporté de son côté le prix du meilleur premier film canadien. La cinéaste s’est déclarée privilégiée de faire des films, la passion de sa vie, quand tant de femmes sur cette planète n’ont même pas accès à l’eau.

Par ailleurs, le drame familial Brotherhood, de Meryam Joobeur, tourné en Tunisie, fut classé meilleur court métrage canadien, avec mention spéciale à Fauve, de Jeremy Comte, déjà multiprimé partout (beaucoup à Sundance), fable sur les jeux de pouvoir de deux garçons face à la nature grandiose.

Le très convoité Canada Goose Award, laurier du public déjà octroyé d’office par la blogosphère à A Star Is Born, de Bradley Cooper (avec Cooper et Lady Gaga), adoré de l’audience, est allé plutôt à Green Book, de l’Américain Peter Farrelly, retour sur une tournée orageuse en 1960 dans le vieux sud des États-Unis du pianiste classique jamaïco-américain Don Shirley et du videur new-yorkais Tony Lip. If Beale Street Could Talk, poignante histoire d’amour de Barry Jenkins, et l’incandescent Roma, d’Alfonso Cuarón, constituaient les deux autres coureurs de tête.

Place aux dames

Ce fut la journée des femmes, lesquelles, toutes catégories confondues, ont remporté près de la moitié des prix et mentions décernés dimanche, particulièrement au court métrage. Était couronnée dans cette section l’Indienne Sandhya Suri pour The Field, avec mention honorable à la Suédoise Anette Sidor pour Fuck You ainsi qu’à la Belge Emma de Swaef en coréalisation avec Marc James Roels pour l’animation This Magnificent Cake!.

La Fipresci (Critique internationale) décernait son premier prix à Float Like a Butterfly, de l’Irlandaise Carmel Winters, sur les rêves d’une adolescente éprouvée, avec mention honorable à l’Italienne Laura Luchetti pour Twin Flower, sur deux adolescents abusés.

Le prix Netpac remis au meilleur film asiatique revint à la Vietnamienne Ash Mayfair pour The Third Wife, histoire d’une jeune fille du XIXe siècle condamnée à un mariage forcé. En outre, le laurier Eurimage, destiné aux femmes cinéastes, couronnait The Fig Tree, de l’Israélo-Éthiopienne Aäläm-Wärqe Davidian abordant les effets de la guerre civile sur les populations éthiopiennes. Mention était accordée à la Norvégienne Camilla Henriksen pour Phoenix, sur deux enfants aux prises avec la maladie mentale de leur mère.

Cette année, 44 % des films présentés au TIFF étaient réalisés ou coréalisés par des femmes. Par ailleurs, on constatait que les portraits féminins avaient la cote, même chez les réalisateurs masculins, souvent sur fond d’adolescence en crise.