«Qu’est-ce qu’on attend?»: vivre, et agir, autrement

Les habitants se sont attaqués à la transition écologique de leur village en favorisant l’agriculture biologique et les circuits courts.
Photo: Diffusion Les habitants se sont attaqués à la transition écologique de leur village en favorisant l’agriculture biologique et les circuits courts.

« L’exemple, ce n’est pas le meilleur moyen de convaincre, c’est le seul », disait Gandhi, une réflexion souvent reprise à son compte par Jean-Claude Mensch, maire d’Ungersheim, village alsacien au coeur d’une grande révolution.

Or, il faudrait plutôt parler de transition, écologique pour être plus précis, celle qui s’éloigne toujours un peu plus de l’énergie fossile et nucléaire, favorise l’agriculture biologique et les circuits courts. Un vaste programme qu’embrassent les 2200 habitants de cette enclave gauloise, fief de résistants qui envisagent l’avenir avec un optimisme prudent, et créatif.

Cela ne pouvait qu’intéresser Marie-Monique Robin, d’abord et avant tout journaliste, dont les documentaires sont souvent de vastes enquêtes qui ébranlent les colonnes du temple, comme celles d’un ancien empire agrochimique (Le monde selon Monsanto). Elle sait aussi humer l’air du temps, consciente qu’une certaine « green fatigue », ou lassitude écologique, gagne une partie de la population. Son dernier film, Qu’est-ce qu’on attend ?, ressemble à une invitation à agir, mais en se tenant loin des discours catastrophistes.

Cette chronique campagnarde a d’ailleurs tout ce qu’il faut pour séduire : des paysages bucoliques, une jolie architecture villageoise dominée par une église, des personnages en parfaite harmonie avec les valeurs défendues par les autorités locales et les petits entrepreneurs, tous guidés par le développement durable. Car il en faut, de la cohésion et de la solidarité, pour se convertir à l’énergie solaire, opter pour une calèche comme moyen de transport scolaire, favoriser l’alimentation biologique dans les écoles des environs et redonner une seconde vie aux fruits et légumes rejetés par une industrie obsédée de perfection esthétique.

Pour parvenir à ce qui ressemble à une véritable réussite bien plus qu’à une simple transition, il faut des leaders inspirants, et la cinéaste a trouvé en Jean-Claude Mensch son porte-étendard. Maire depuis 1989 (!), reconnu pour avoir « une idée à la seconde », selon un de ses collaborateurs, cet ancien mineur au ton posé, peu flamboyant, tient farouchement à son plan rédigé de manière collective depuis déjà quelques années : 21 actions pour le XXIe siècle. À la suite de son élaboration, les réussites ne se comptent plus, dont celles qui raviront les tenants du tout-à-l’économie : gel des impôts, économies d’échelle pour les infrastructures municipales, création d’emplois, etc.

Qu’est-ce qu’on attend ? maintient ce ton jovialiste, et rares sont les moments où cette transition apparaît douloureuse, voire conflictuelle. Il y a bien ici et là l’expression de doutes (on revient sur les railleries que le projet a suscitées ou sur la nostalgie des plus âgés devant ce qu’ils perçoivent comme un retour en arrière) ou le récit de faits moins glorieux (selon le maire, c’est un noyau dur de 50 personnes qui pousse tout le village vers ce changement).

En fait, comme souvent dans les films de Marie-Monique Robin, la journaliste d’enquête s’impose davantage que la documentariste, plus soucieuse d’établir les faits, de les répéter souvent, que de les offrir dans une démarche visuelle attrayante, pas toujours soumise à la parole des protagonistes. En somme, on attend un peu qu’elle fasse du cinéma.

Qu’est-ce qu’on attend ?

★★★

Documentaire de Marie-Monique Robin. France, 2016, 116 minutes.