Paroles de femmes à Québec

Une scène d’«Une colonie», premier long métrage de Geneviève Dulude-De Celles
Photo: Colonelle films Une scène d’«Une colonie», premier long métrage de Geneviève Dulude-De Celles

Dans la capitale nationale, le mois de septembre n’annonce pas tant le retour de l’automne que celui, attendu, du Festival de cinéma de la ville de Québec (FCVQ). Depuis 2015, en effet, le FCVQ connaît une résurgence sous l’impulsion de son nouveau directeur, Ian Gailer. Hétéroclite mais de belle tenue, la formule privilégie un mélange d’incontournables et de découvertes passées sous le radar des gros festivals internationaux. Toutefois, ce qui distingue la cuvée 2018, c’est non seulement le nombre élevé d’œuvres dont la protagoniste est une femme, mais le nombre de films qui ont été réalisés par des femmes. Il s’agit, cette année, d’une véritable ligne de force.

Photo: Hélène Bouffard Ian Gailer

Le film d’ouverture, La disparition des lucioles, le 13 septembre, donne le ton. Passé ce plus récent opus de Sébastien Pilote qui conte les désenchantements et la rébellion d’une jeune fille tiraillée entre trois figures paternelles inadéquates, les productions conjuguant au féminin des thèmes tels que la découverte de soi, la fin de l’enfance, l’émancipation et la lutte pour obtenir — et conserver — une place à soi se multiplient, en effet.

Cela, comme on l’évoquait, avec souvent une cinéaste à la barre. En long métrage, en tenant compte de quelques coréalisations mais en excluant les classiques et les films cultes offerts en projection spéciale, on s’approche des 40 %. Pas la parité réclamée encore récemment à la Mostra, mais ça vient.

« C’est le résultat de ce qui pousse en court métrage : il y a beaucoup de films de réalisatrices issues de là, de préciser Ian Gailer. Au FCVQ, on sélectionne les films en masquant le nom des cinéastes. Alors, cette attention ne résulte pas d’un favoritisme, mais bien d’une tendance lourde. Ce qui est une énorme bonne nouvelle. »

Au FCVQ, on sélectionne les films en masquant le nom des cinéastes. Alors, cette attention ne résulte pas d’un favoritisme, mais bien d’une tendance lourde. Ce qui est une énorme bonne nouvelle.

Douleur et lumière

On pourra par exemple découvrir, des États-Unis, Pet Names de Carol Brandt, sur une jeune femme dont le séjour en camping avec son ex se mue en périple initiatique ; All About Nina, d’Eva Vives, sur l’introspection douloureuse d’une humoriste (Mary-Elizabeth Winstead) à l’aube de la gloire.

De France, Volontaire d’Hélène Fillières, sur une femme qui trouve sa voix et sa voie au sein de la Marine nationale ; Gueule d’ange de Vanessa Filho, sur une enfant abandonnée par sa mère (Marion Cotillard) au terme d’une nuit d’ivresse.

D’Espagne, Carmen y Lola d’Arantxa Echevarría, ou le désir de deux amies d’échapper au modèle traditionaliste gitan. D’Israël, Vierges de Keren Ben Rafael, ou lorsqu’une enfant dégourdie se convainc qu’une sirène vit au large d’une station balnéaire tranquille. D’Italie, Figlia mia de Laura Bispuri, ou une fillette déchirée entre celle qui l’a élevée et celle qu’elle croit être sa mère biologique.

D’Argentine, le documentaire Primas de la réalisatrice montréalaise Laura Bari, ou quand deux cousines agressées durant l’enfance se réapproprient leurs corps par la danse, le théâtre...

Vues d’ici

Plus près de nous, on a hâte de découvrir Une colonie, premier long de la douée Geneviève Dulude-De Celles (auteure du court primé La coupe), qui relate les hauts et les heurts d’une préadolescente (Émilie Bierre) déracinée qui s’acclimate à un nouveau milieu en se liant d’amitié avec un camarade de classe autochtone.

Idem pour le documentaire Pauline Julien, intime et politique, que Pascale Ferland a consacré à l’une des figures mythiques de l’histoire du Québec.

Aussi sur le radar

Des histoires inventées, de Jean-Marc E. Roy. Fruit d’une production longue et dévouée, ce documentaire offre un portrait des plus prometteurs du premier enfant terrible du cinéma québécois : André Forcier. En complément de programme, des projections de Bar salon et d’Une histoire inventée, deux des meilleurs crus de Forcier.

La grande noirceur, de Maxime Giroux. Après le romantisme réaliste de Félix et Meira, le cinéaste plonge en plein délire sociopolitique avec sa « muse » Martin Dubreuil. Ce dernier incarne cette fois un acteur canadien-français désargenté qui, au cours des années 1930, a fui la conscription et vivote dans l’Ouest américain, cela alors que les États-Unis sont gouvernés par un despote populiste qui valorise la réussite à tout prix face à une nation qui crie famine.

Festival de cinéma de la ville de Québec

Le FCVQ se tiendra jusqu’au 22 septembre.