«Skate Kitchen»: le skate au féminin

«Skate Kitchen» offre une incursion sincère et passionnante dans la culture du skate.<br />
 
Photo: Métropole Films «Skate Kitchen» offre une incursion sincère et passionnante dans la culture du skate.
 

Les rencontres ne sont jamais le fruit du hasard. C’est du moins ce que l’on pourrait croire en regardant le film Skate Kitchen, inspiré d’un groupe de skateuses éponyme de New York dont les prouesses font vibrer des milliers d’admirateurs sur les réseaux sociaux.

C’est à bord d’un train que la réalisatrice Crystal Moselle (The Wolfpack) a fait connaissance avec les membres de la bande, attirée par les planches qu’elles tenaient en main. Après le tournage d’un court métrage documentaire pour la marque Miu Miu, la réalisatrice a eu envie de poursuivre la collaboration. Elle a donc créé pour chacune d’entre elles un personnage et une histoire, et s’est appuyée sur leur complicité et leur univers pour offrir un récit initiatique d’une simplicité et d’une authenticité saisissante.

Interdite de planche par sa mère, Camille (Rachelle Vinberg), une jeune fille introvertie et isolée, fait défiler son fil d’actualités, enfermée dans sa chambre d’une résidence de Long Island, lorsqu’elle apprend que le groupe Skate Kitchen recrute de nouvelles membres.Prétextant des travaux à la bibliothèque, elle fuit à New York pour tenter sa chance.

Immédiatement adoptée par la bande, Camille laisse tranquillement éclore sa personnalité. Sa solitude et sa méfiance se dissipent au rythme où se consolident son amitié et son assurance sur la planche.

Cette oscillation entre isolement et confiance, entre doute et audace, est brillamment présentée par Moselle. Sa caméra déambule avec nonchalance dans la jungle new-yorkaise, virevoltant en symbiose avec les figures et les glissades des protagonistes, pour mieux se reculer dans leurs discussions intimes et banales. Elle laisse toute la place à la candeur et à la spontanéité des adolescentes alors qu’elles abordent avec une nonchalance rarement exploitée à l’écran des thèmes des plus banals aux plus controversés, de la toxicité des tampons aux conséquences psychologiques d’une agression sexuelle.

C’est dans cette interprétation authentique et dénuée d’artifice du quotidien que la cinéaste se révèle la plus habile. À travers ce groupe soudé, hétéroclite et multiculturel, elle parvient avec finesse et sans complaisance à exposer les insécurités qui accompagnent la fin de l’enfance, ainsi que les multiples défis, provocations et jugements auxquels font face les femmes évoluant dans un milieu d’hommes.

Bien que le scénario du film se distingue peu de la formule traditionnelle des récits sur les adolescents — les sentiments de Camille pour un skateur d’une bande rivale (Jaden Smith) mettront en péril ses amitiés et la forceront à remettre ses priorités en question —, il offre une incursion sincère et passionnante dans la culture du skate et dans son désir de liberté et d’émancipation, si représentatif de sa génération et magnifiquement évoqué par le talent et la témérité des protagonistes.

Skate Kitchen

★★★ 1/2

Drame de Crystal Moselle avec Rachelle Vinberg, Dede Lovelace, Nina Moran. États-Unis, 2018, 106 minutes.