Fleuve noir

Photo: MK2 Mile End

Dany, un adolescent sans histoire, s’est volatilisé. Dans l’immeuble où il demeure avec sa mère et sa jeune soeur handicapée ou dans le boisé juste à côté, nul ne l’a vu. Entre en scène le commandant François Visconti, dont la carapace se fissure au contact de la mère éprouvée. Divorcé et alcoolique (évidemment), et qui plus est en conflit avec son propre fils (forcément), Visconti mène l’enquête dans laquelle s’impose bientôt un certain Yann Bellaile, ancien professeur de Dany dont on sait d’office qu’il est innocent puisque le film déploie des trésors de contorsions visuelles et narratives pour en faire le coupable anticipé. En flic à l’hygiène douteuse qui grommelle entre deux lampées d’alcool, Vincent Cassel en fait des tonnes sous son imper Columbo. En suspect de convenance, Romain Duris se la joue maniéré, puisque homosexuel refoulé et d’autant plus louche à cause de cela, entre autres épouvantails machistes. Idem pour les principales partitions féminines, tour à tour victimes, aveugles ou en mal d’être sauvées. Le fait que Sandrine Kiberlain, en mère aux abois, parvienne néanmoins à briller en dit long sur son talent. Coscénarisée par Érick Zonca, qui fignole sa réalisation avec ambiance glauque attendue, et Lou de Fanget Signolet, cette adaptation d’un roman de Dror Mishani pèche par excès d’invraisemblances. On pense, par exemple, à la présence de Visconti dans une enquête secondaire impliquant sa progéniture. Alors que le troisième acte cumule les retournements de situation en une sorte de surenchère du sordide, le grotesque achève de dissiper tout intérêt envers l’intrigue. En passant, il n’est point de sombre cours d’eau dans ce policier empruntant le nom de la célèbre maison d’édition. Un indice supplémentaire d’une approche poseuse.

Horaire en salles

Fleuve noir

★ 1/2

Thriller d’Érick Zonca. Avec Vincent Cassel, Romain Duris, Sandrine Kiberlain. France, 2018, 114 minutes.