Tourner sur les toits de Paris

Le Mathieu de «Dans la brume», incarné par l’acteur, fait partie des rares survivants d’une catastrophe mystérieuse: un brouillard épais et mortel a envahi les rues de la capitale française, forçant les rescapés à prendre de la hauteur.
Photo: Dans la brume Quad section 9 Le Mathieu de «Dans la brume», incarné par l’acteur, fait partie des rares survivants d’une catastrophe mystérieuse: un brouillard épais et mortel a envahi les rues de la capitale française, forçant les rescapés à prendre de la hauteur.

Chacun cherche son chat. Pour les cinéphiles, ce virelangue est associé à une fascinante déambulation dans un Paris en mutation. Troisième titre de Cédric Klapisch, Chacun cherche son chat (1996) faisait cependant du jeune Romain Duris un séducteur bien assis derrière sa batterie. Vingt ans et bon nombre de rôles de Parisien plus tard, l’acteur plonge encore une fois dans une fiction tournée dans sa ville.

Dans la brume, quatrième long métrage du réalisateur québécois Daniel Roby, pousse Romain Duris à plus d’une escapade dans les rues de Paris, et même au-delà des rues : sur les toits. Or, entre Chacun cherche son chat et Dans la brume, il y a tout un monde de distance.

« Oui, on est dans un autre univers, acquiesce le Parisien de naissance. Dans la brume est un peu un film d’anticipation, il n’a rien de Chacun cherche son chat, qui est un film d’auteur, dans un Paris en train de disparaître. »

Romain Duris n’aurait pu mieux choisir son mot. Car en matière de disparition, le récit que met en images Daniel Roby n’en est pas avare. Paris est englouti par une brume venant de ses entrailles, sortie par la bouche de ses stations de métro. Avec Klapisch, on observe la métamorphose sociale, alors qu’avec le film de Roby, on parle plutôt d’un scénario catastrophe. Ce n’est pas seulement la ville qui disparaît, mais les Parisiens qui tombent comme des mouches.

 
Photo: Jean-Claude Lother «Je ne voulais pas participer à un film catastrophe tourné dans les codes», dit Romain Duris, à propos de son introduction au genre.

Le Mathieu de Duris, son ex Anna (Olga Kurylenko) et leur fille Sarah (Fantine Harduin) sont parmi les rares survivants. Le salut passe par des refuges en hauteur, ou alors par la fuite.

Un défi supplémentaire pour nos héros : Sarah, malade, est condamnée à vivre dans une chambre entièrement aseptisée. Pour quitter Paris et sa brume de plus en plus menaçante, il faut non seulement des masques et des bonbonnes d’oxygène, mais aussi une combinaison spéciale pour l’adolescente.

Faire du Cruise à la française

Figure emblématique du cinéma d’auteur français, grand fidèle de Klapisch (du Péril jeune à Casse-tête chinois), mais aussi à Tony Gatlif (de Gadjo dilo à Exils), Romain Duris n’est pas connu pour ses rôles physiques. Durant la quinzaine de minutes qu’aura duré l’entretien, il prend quand même la peine de rappeler que dans sa filmographie pointe un Arsène Lupin (2004), de Jean-Paul Salomé, « un film d’action ».
 

L’action de Dans la brume l’amène cependant à un niveau supérieur dans le genre, avec des courses désespérées, une saucette dans la Seine, un saut dans le vide avec un rival armé… On le voit même grimper aux murs. Voilà la nouveauté dans cette ville mille fois filmée : un Romain « Tom Cruise » Duris.

« J’adore les films d’action, dit-il, au téléphone. Après, il faut que ce soit… La force de celui-ci, c’est de rester en France, de rester un film français et non pas [devenir] un projet à la manière américaine. »

Mais encore ? lui demande-t-on. « On a fait quelque chose qui a raison d’être dans notre pays, avec nos moyens. Je ne voulais pas participer à un film catastrophe tourné dans les codes, mais rester dans une histoire vraie, concrète. Dans le quotidien, quoi. »

Un Canadien à Paris

Le quotidien parisien, certes, mais porté à l’écran par un « Canadien ». Or, pour Romain Duris, tourner avec Daniel Roby n’aura été pas si différent que de la faire avec un Français. Les équipes techniques, l’organisation du plateau, la langue de travail… Tout est similaire.

« Après, finit-il par admettre, vous avez peut-être moins peur des grandes journées. Nous, on fait des dix heures et chez vous, parfois, ça va à quatorze. »

Nous étions en forme, assure Duris à son sujet et à celui de sa partenaire, jadis une ex-Bond Girl (Quantum of Solace, 2008), mais il est vrai que les scènes embrumées étaient plutôt exigeantes. Et ralentissaient tout le monde, pas juste les interprètes. « On ne voulait pas tricher, on ne voulait pas faire dans les effets spéciaux », dit celui qui portait vraiment sur le dos sa bonbonne d’oxygène.

Dans la brume est un peu un film d’anticipation, il n’a rien de Chacun cherche son chat, qui est un film d’auteur, dans un Paris en train de disparaître

Le plus dur, c’était ça. « Jouer un homme blessé, avec son masque, l’oxygène, c’est lourd, dans les escaliers… Ça fait beaucoup. La première prise, c’est amusant. La sixième, on commence à être essoufflé. »

Détrompez-vous, avertit l’acteur. Il a vraiment aimé l’expérience, découvert un cinéaste avec qu’il accepterait illico de retravailler.

Et le meilleur souvenir de ce tournage, alors, ce serait quoi ?

« Les toits, répond-il, sans hésitation. Je me sens bien sur les toits de Paris. J’ai adoré tourner en équipe réduite sur les toits, avec les cordes. C’était super. »

Romain Duris semble avoir amorcé sa carrière québécoise, puisqu’il sera aussi du film de Maxime Giroux, La grande noirceur, annoncé au prochain Festival international du film de Toronto. À noter qu’il est aussi en haut de l’affiche de Fleuve noir, un thriller d’Érick Zonca.