«Boundaries»: thérapie sur quatre roues

Certains comparent déjà «Boundaries» à «Little Miss Sunshine», autre illustration d’une Amérique libre et volage vue du pare-brise d’une bagnole déglinguée.
Photo: Métropole Films Certains comparent déjà «Boundaries» à «Little Miss Sunshine», autre illustration d’une Amérique libre et volage vue du pare-brise d’une bagnole déglinguée.

Le road movie thérapeutique traîne depuis longtemps dans le paysage du cinéma américain, un genre nécessitant une variété infinie de décors qui en disent souvent long sur la psyché des personnages ou leur statut social. Dans ce contexte, qu’un film comme Boundaries se déroule principalement en Californie et soit peuplé de vieux hippies donne une foule de signaux sur la direction à prendre.

La cinéaste Shana Feste (Country Strong, Endless Love) exécute ici quelques sorties de route, mais s’en tient principalement aux parcours familiers, ceux entre rires et larmes, ceux surtout des réconciliations familiales, même devant une certaine irresponsabilité parentale. Sans doute parce qu’il est défendu par le toujours suave et un brin malicieux Christopher Plummer, le patriarche qui domine cette course sinueuse entre Portland et Los Angeles semble parfois le plus équilibré du trio désaccordé imaginé par Shana Feste, qui signe également le scénario.

Ce n’est pas anodin que le tout démarre dans le bureau d’une psy, là où Laura (Vera Farmiga, qui déploie en toutes circonstances le meilleur d’elle-même) s’épanche sur ses rapports difficiles avec Jake, son père fantomatique, à qui elle refuse de parler malgré ses coups de fil répétés. Le vieil homme est un peu beaucoup dans l’embarras, forcé de quitter sa maison de retraite pour cause de trafic de drogue — une habitude solidement ancrée chez lui. De son côté, Henry (Lewis MacDougall), le fils de Laura, expulsé pour avoir signé des dessins scabreux, doit s’inscrire dans une école spécialisée, mais sa mère n’en a pas les moyens. Or, celle-ci finit par conclure un pacte avec Jake, aussi bien dire avec le diable, pour le conduire chez son autre fille, tout aussi désaxée, habitant dans un modeste studio — vous avez déjà compris que tout est en place pour un échec assuré.

Jake multiplie les prétextes pour s’arrêter un peu partout, surtout chez de vieux amis (Christopher Lloyd et Peter Fonda dans des apparitions éclair rigolotes), moins pour sympathiser que pour leur vendre de la marijuana — il y en a pour 200 000 $ dans le coffre arrière de la Rolls-Royce vintage du père ingrat, détail qu’ignore Laura, mais pas son fils Henry… Vous avez donc là un voyage familial aux sautes d’humeur prévisibles, sans compter la parenthèse avecl’ex-conjoint de Laura, incarné par le débonnaire Bobby Cannavale, autre exemple cinématofreudien de « j’ai fait la gaffe d’épouser la copie conforme de mon père/ma mère ». Et la propension de cette femme à bout de souffle à recueillir chiens et chats errants, au point de transformer sa maison en refuge, et la voiture de Jake en animalerie, en dit déjà long sur son désordre intérieur.

La Californie campagnarde vue par l’œil aiguisé de la directrice photo montréalaise Sara Mishara défile ici comme autant de décors interchangeables pour des affrontements à forte teneur psychanalytique. À ce jeu, la figure de Jake demeure tour à tour insolente, impassible ou ironique, sorte de paratonnerre à ces débordements émotifs dont la conclusion n’échappera à personne. Certains comparent déjà Boundaries à Little Miss Sunshine ou à Captain Fantastic, autre illustration d’une Amérique libre et volage vue du pare-brise d’une bagnole déglinguée. Aller au-delà de ce parallèle serait trop complaisant, car ce film n’en mérite pas tant.

Boundaries

★★ 1/2

Comédie dramatique de Shana Feste. Avec Vera Farmiga, Christopher Plummer, Lewis MacDougall, Bobby Cannavale. États-Unis, 2018, 105 minutes.