«Debbie Ocean 8»: l’arnaque griffée

Mais d’où sortent ces cambrioleuses de stature olympique?
Photo: Warner Bros. Mais d’où sortent ces cambrioleuses de stature olympique?

Le documentaire The First Monday in May, d’Andrew Rossi, décrit en détail l’organisation de l’événement mondain le plus couru, le plus médiatisé et le plus flamboyant aux États-Unis : le bal du Metropolitan Museum of Art de New York. Comme ni vous ni moi n’y serons jamais invités, ce film explique pourquoi les stars s’y bousculent, tandis que d’autres paieraient cher pour s’y faire voir.

Les héroïnes de Debbie Ocean 8, de Gary Ross (Seabiscuit, The Hunger Games), n’ont pas reçu d’invitation, mais rien ne va les empêcher de participer à la fête, et surtout d’y trouver leur compte. Mais d’où sortent ces cambrioleuses de stature olympique ? D’abord des succès de Steven Soderbergh qui, avec Ocean’s Eleven (2001) et deux autres variations sur le même thème, a renouvelé de belle façon un film au parfum de 1960 qui mettait en vedette Frank Sinatra et Dean Martin, visiblement tourné entre deux dry martini. Soderbergh en a fait de véritables festins pour les yeux et d’étourdissants manèges pour brigands patentés.

Il n’agit ici qu’à titre de producteur, mais la filiation est évidente, même si Debbie Ocean 8 n’atteint jamais la virtuosité d’antan, Gary Ross optant pour la légèreté, et une absence délibérée d’adrénaline : nous sommes plus près de la charmante chorégraphie que des pirouettes dangereuses. Cela s’explique par le talent de la sœur de Danny Ocean, qui bientôt sortira de prison, déterminée à tirer un trait sur son passé criminel. Mais c’est bien mal connaître Debbie (Sandra Bullock, maîtresse du jeu), qui fera du magasinage extrême, et illicite, entre les rayons du célèbre Bergdorf Goodman, donnant ainsi le ton à tout ce qui va suivre. Car l’arnaqueuse a dans sa mire un magnifique collier de la maison Cartier, qu’une jeune star (Anne Hathaway, dans une interprétation autoparodique) pourrait porter à l’occasion du bal de ce musée à l’orée de Central Park.

Un tel coup ne se planifie pas en solitaire, on s’en doute, Debbie appelant à la rescousse les amies d’autrefois, dont l’impertinente Lou (Cate Blanchett en récréation) et plusieurs partenaires féminines d’âges divers et de compétences variées, allant de la haute couture (Helena Bonham Carter, névrosée comme dans un film de Woody Allen) au piratage informatique (la chanteuse Rihanna, le maillon faible). Rapidement s’enclenche une mécanique narrative familière, celle de la présentation (fort amusante) de chaque protagoniste en action, ainsi qu’une belle enfilade de prouesses en vêtements griffés — on n’aura jamais vu un tel étalage de robes depuis les jours glorieux d’Elizabeth Taylor dans Cléopâtre.

Gary Ross, qui signe également le scénario avec Olivia Milch, a décidé d’en mettre plein la vue, et avec pareil sujet dans un cadre aussi glamour, la commande n’était pas bien exigeante. Mais sait-il insuffler un quelconque sentiment de peur, de fébrilité, de danger, pendant l’exécution de ce coup fumant dans une des plus grandes institutions culturelles du monde ? Il a visiblement autre chose à faire, réglant de manière méthodique cet imposant embouteillage de stars qui, disons-le, rigolent ferme, sans pour autant se dépenser sans compter.

Ce n’est pas le but de la manœuvre dans Debbie Ocean 8, archétype de la production estivale d’une réjouissante vacuité, distillant un plaisir contagieux où l’arnaque devient un des beaux-arts, le cabotinage, une nécessité, et où l’harmonie des couleurs et des tissus est aussi essentielle que le minutage d’un cambriolage.

Debbie Ocean 8 (V.F. de Ocean’s 8)

★★★ 1/2

Thriller de Gary Ross. Avec Sandra Bullock, Cate Blanchett, Anne Hathaway, Helena Bonham Carter. États-Unis, 2018, 110 minutes.