«Hotel Artemis»: bunker, palace, hôpital

«Hotel Artemis» est dominé par la détermination farouche de Jodie Foster.
Photo: Global Road Entertainment «Hotel Artemis» est dominé par la détermination farouche de Jodie Foster.

Deux choses que l’on a souvent tendance à oublier concernant Jodie Foster : son aisance implacable à jouer les héroïnes déterminées (The Silence of the Lambs, Panic Room, Flightplane, etc.), et celle à manier la langue française.

Jamais elle n’en abuse dans Hotel Artemis, premier film de Drew Pearce, surtout connu comme scénariste et producteur, principalement à la télévision et dans le domaine des jeux vidéo. Il y a d’ailleurs une part d’amusement survitaminé dans cette vision futuriste de Los Angeles, nettement moins flamboyante que celle de Ridley Scott dans Blade Runner, mais tout aussi chaotique étant donné le nombre de coups de feu que l’on entend et les incendies d’immeubles illuminant le ciel du centre-ville.

Le caractère futuriste se décline surtout dans la manière dont se pratique la médecine dans cet hôtel d’un autre âge, dont la décoration de certaines pièces évoque parfois celle de l’Overlook dans The Shining de Stanley Kubrick, mais en format réduit. Ce palace en décrépitude fait à la fois office d’hôpital et de bunker, un endroit très sélect où de puissants escrocs peuvent se faire soigner en toute impunité. Quant aux autres, policiers, bandits de grand chemin, itinérants ou simples citoyens, ils sont condamnés à errer dans une ville où la loi et l’ordre ont pris la poudre d’escampette.

L’établissement est tenu d’une main de fer par « The Nurse » (Foster, solide), qui a fait des lieux sa demeure — autant dire une prison puisqu’elle n’en sort jamais, prise de panique à l’idée qu’elle pourrait mettre le nez dehors. Ses puissants patients viennent à elle, le plus souvent amochés après quelque violente bagarre, et deux d’entre eux, des frères inséparables, amorceront le dérèglement de cette mécanique médicale jusque-là bien huilée.

Au milieu de ce jeu de cache-cache, où le monde extérieur se résume à de sombres ruelles et à des bretelles d’autoroutes, divers résidents se croisent, chacun ayant quelque chose à cacher, et donc constamment sur leurs gardes. Bien protégée par sa routine et des directives immuables, l’infirmière zélée, habitée par des visions en apparence oniriques, commence à baisser la garde, provoquant malgré elle un désordre sanglant.

Avant de devenir un immense carnage, ce petit ballet de mensonges et de trahisons est souvent dominé par la détermination farouche de Jodie Foster, très à l’aise dans la peau d’héroïnes à la fois détestables et bienveillantes. Plongée dans des climats crépusculaires et étouffants, spectatrice d’affrontements entre protagonistes au profil diversifié (du mastodonte au gringalet en passant par la femme fatale), elle reste au centre de cette succession de règlements de compte dans un univers où plus rien ne tient, mis à part le pouvoir de l’argent et celui des trafics d’influence.

Hotel Artemis, métaphore de l’Amérique d’aujourd’hui, ou de celle qui se prépare à chaque nouvelle tuerie de masse ? Drew Pearce cherche d’abord à rendre le séjour efficace et trépidant, convoquant quelques figures connues (Jeff Goldblum, Zachary Quinto) aux côtés d’autres qui rêvent de se tailler une meilleure place (Sofia Boutella, Charlie Day et surtout Sterling K. Brown en crapule athlétique). Au passage, il offre la rédemption aux âmes tourmentées et repentantes : dans ce registre également, Jodie Foster possède un réel talent.

Hotel Artemis

★★★

Thriller de Drew Pearce. Avec Jodie Foster, Sterling K. Brown, Sofia Boutella, Dave Bautista. États-Unis–Grande-Bretagne, 2018, 94 minutes.