Images plurielles du Québec au FIFA

Alfredo Jaar a réalisé un art plastiquement fort qui éveille les consciences autour de sujets politiques comme le coup d’État de 1973 au Chili, pays où il est né, ou le génocide au Rwanda.
Photo: Festival international du film sur l’art Alfredo Jaar a réalisé un art plastiquement fort qui éveille les consciences autour de sujets politiques comme le coup d’État de 1973 au Chili, pays où il est né, ou le génocide au Rwanda.

Que voir au Festival international du film sur l’art (FIFA) dans le domaine des arts visuels ?

Le film Lida Moser photographe : odyssée en noir et blanc est une des grandes trouvailles de cet événement. Joyce Borenstein — la fille du peintre Sam Borenstein — a réalisé un court métrage qui mélange astucieusement animation et photographies anciennes, afin de nous raconter une histoire passionnante. Plusieurs années avant que Gabor Szilasi se soit penché sur le Québec traditionnel, entre autres celui de Charlevoix, la photographe new-yorkaise Lida Moser (1920-2014) était venue au pays afin d’y réaliser un reportage pour le magazine Vogue. Mais c’est le Québec qui finalement captiva totalement Moser. Elle sillonna en 1950 ce coin du monde avec l’ethnographe Luc Lacourcière qui enregistrait alors de très anciennes chansons et récits folkloriques québécois. Des centaines de photographies résulteront du voyage de Moser, photos qui sont mises en scène par Borenstein dans un film aussi élégant et sensible que les images qu’il montre. Un portrait d’un Québec qui a disparu, un Québec très rural encore figé dans un passé lointain, un Québec bien plus pauvre que celui que nous connaissons, un Québec pullulant d’enfants… Un territoire que Moser sillonna aussi avec Paul Gouin, fils et petit-fils de premier ministre, qui était alors conseiller à la culture pour Maurice Duplessis et qui collectionnait avec passion les sculptures en bois.

À cet égard, il faut dire comment on a beaucoup exposé et analysé la sculpture réalisée par des hommes au Québec, en particulier celle faite par Vaillancourt, Roussil, Archambault, Daudelin, Poulin, Granche, Goulet… Heureusement, quelques historiens de l’art — comme Serge Fisette avec son livre La sculpture et le vent paru en 2004 — se sont penchés sur l’apport des femmes à ce domaine longtemps considéré comme masculin, semblant nécessiter une force physique virile… Dans cet esprit de relecture nécessaire de l’histoire de l’art, le scénariste et réalisateur Bruno Pucella nous plonge dans le monde de la sculpteure Lisette Lemieux, une oeuvre qui s’échelonne sur plus de quarante ans. Le film Chemin d’empreintes et d’emprunts — Lisette Lemieux nous permet de voir ou de revoir une exposition montée par le célèbre historien de l’art Laurier Lacroix à la Galerie d’art de l’Université de Sherbrooke en 2017.

Un autre artiste québécois est aussi à l’honneur au FIFA dans le film Jean-Paul Jérôme : la couleur, la lumière, la forme signé par André Desrochers. Jean-Paul Jérôme (1928-2004) fut cosignataire avec Fernand Toupin, Louis Belzile et Jauran du Manifeste des plasticiens de 1955, mouvement qui défendit l’abstraction géométrique au Québec. Dans ce film, vous entendrez Belzile décrire ce mouvement comme ayant mis de l’âme et du feu dans l’art de son époque. Cette énergie créative, le critique d’art Paul Gladu, dans Le petit journal, l’avait alors soulignée en titrant « Les plasticiens partent en guerre »… Avec entre autres des témoignages de l’historien de l’art François-Marc Gagnon et de la galeriste Lorraine Palardy.

Toujours du côté de l’art québécois, mais cette fois contemporain, il faudra aussi aller voir le film conçu par l’artiste Raphaëlle de Groot. Placé dans la riche section FIFA expérimental, ce documentaire poétique est intitulé Subsistances.

Les autres films à surveiller

Son oeuvre est engagée sans être littérale, défi que beaucoup d’artistes n’arrivent pas à relever. Alfredo Jaar a réalisé un art plastiquement fort qui éveille les consciences autour de sujets politiques comme le coup d’État de 1973 au Chili, pays où il est né, ou comme le génocide au Rwanda (The Rwanda Project, réalisé entre 1994 et 2000). Ce film débute par un énoncé qui annonce toute une vision de l’art : « Je suis un artiste, car je ne comprends pas le monde. Mais j’aimerais le comprendre. J’ai besoin de comprendre. Quand je comprends, j’agis. Voilà pourquoi je fais mon oeuvre. » Le documentaire Jaar, Lament of the Images a été scénarisé par Paula Rodríguez Sickert.

On ira aussi voir le film Aby Warburg : Metamorphosis and Memory de Judith Wechsler. Un film qui nous fait saisir comment la prolifération des images — le désir d’images — n’est pas une question apparue avec Internet et les médias sociaux comme Instagram ou Facebook. L’historien de l’art Aby Warburg (1866-1929) était obsédé par les livres ainsi que les images. À travers une collection de photos, il établit des liens culturels entre des arts d’époques et de lieux bien différents. De la sorte, il élabora un projet d’Atlas Mnémosyne visuel et universel dont ce film traite avec intelligence.