«Nostalgia»: histoires d’objets

Dans «Nostalgia», John Hamm incarne un connaisseur du milieu de la revente d'articles sportifs de collection.
Photo: Capture d'écran Dans «Nostalgia», John Hamm incarne un connaisseur du milieu de la revente d'articles sportifs de collection.

Tous les films regorgent d’objets, symboliques ou décoratifs, mais ils prennent une importance démesurée dans Nostalgia, un drame dans lequel le cinéaste Mark Pellington opte pour un ton très personnel, lui dont la carrière zigzague depuis longtemps entre tous les genres, de l’horreur (The Mothman Prophecies) à la comédie grinçante (The Last Word).

Loin d’être aussi ambitieux et élégant que La ronde de Max Ophüls, Nostalgia affiche tout de même cette idée de la course à relais, celle où un personnage nous conduit vers un autre, s’éclipsant une fois sa tâche narrative accomplie. Ce n’est pas si systématique dans cette valse de sinistrés et d’éclopés, unis par un attachement à des choses qu’ils accumulent de manière compulsive, qu’ils ont vu partir en fumée ou qui ont été laissées derrière par des parents partis au soleil pour profiter de leur retraite. Dans tous les cas, le tri, le carnage ou l’impuissance devant cet amas d’artefacts d’une vie plus ou moins remplie provoquent un certain vertige.

Autant de sentiments entremêlés qu’affronte chaque jour Daniel (John Ortiz), agent d’assurances si calme, si bienveillant qu’on pourrait le confondre avec un psychologue. C’est ainsi qu’il se comporte auprès d’un vieil homme enfermé dans son capharnaüm (Bruce Dern), ou d’une vieille dame dont la maison est partie en fumée (Ellen Burstyn). Son désarroi la pousse à vendre une balle de baseball autographiée par une légende, et valant son pesant d’or, ce que constate tout de suite un connaisseur (Jon Hamm), concluant la vente du bien précieux avant de retrouver sa soeur (Catherine Keener) pour trier les derniers vestiges de leur famille dans une maison où le temps s’est arrêté.

Cette enfilade de situations larmoyantes culmine avec un drame qui dépasse en proportions tragiques tout ce qui précédait, permettant une fois au plus aux personnages de disserter à loisir sur la fragilité des choses (dont à l’ère du numérique) et l’importance des traces, si minimes soient-elles, que chacun laisse dans son sillage. Toutes ces considérations sont livrées par une impressionnante galerie d’acteurs ayant visiblement accepté le principe du « trois p’tits tours et puis s’en va »… Une structure narrative qui, comme on le sait, possède ses charmes, mais utilisée de manière télégraphique dans Nostalgia.

À dire vrai, on n’a guère le temps de s’attacher à ces porte-parole de la misère existentielle, eux qui déambulent dans cet univers à coups d’images au ralenti et sous des éclairages parfois sophistiqués, effets de mise en scène qui relèvent davantage de l’esbroufe que d’une volonté réelle de rehausser un discours plus près de la philosophie de comptoir. Évidemment, qu’elle soit déclinée par autant de visages connus permet à l’affaire d’être relativement digeste, et tous souhaitent rencontrer des rois de l’assurance aussi compréhensifs que celui défendu par John Ortiz, conscient que c’est sûrement la dernière personne que les gens ont envie de voir. S’ils étaient tous un peu poètes et psychanalystes comme celui-là…

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Nostalgia

★★ 1/2

Drame de Mark Pellington. Avec Jon Hamm, Catherine Keener, John Ortiz, Ellen Burstyn. États-Unis, 2018, 114 min.