Les enfants de George A. Romero

À l’image des multiples références cinématographiques de Steeve Léonard et Caroline Labrèche, les sources d’inspiration à la base de «Radius» sont tout aussi éclectiques.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir À l’image des multiples références cinématographiques de Steeve Léonard et Caroline Labrèche, les sources d’inspiration à la base de «Radius» sont tout aussi éclectiques.

Peu importe le moment de l’année, sa mort aurait causé une commotion, et provoqué un torrent de larmes ; l’été dernier, alors que le Festival Fantasia battait son plein et rassemblait ses fidèles, la nouvelle est tombée comme une tonne de briques. Car c’est le 16 juillet 2017 que George A. Romero poussait son dernier souffle, le réalisateur de Night of the Living Dead (1968) laissant orphelins admirateurs et créateurs de cinéma d’horreur, lui qui l’a fortement marqué de son empreinte.

C’est dans ce contexte que Caroline Labrèche et Steeve Léonard se préparaient, quelque peu fébriles, pour la première mondiale de Radius (sortie en salle le 1er décembre), un film à la croisée du fantastique, de la science-fiction et de l’horreur, tourné au Manitoba, aussi bien dire au milieu de nulle part. « Anytown America », précise Steeve Léonard, un peu comme dans certains films de Romero où la banalité du décor n’a jamais contaminé son imagination foisonnante.

Celle de ce tandem de scénaristes réalisateurs, et couple à la ville, puise dans une cinéphilie frénétique, où Romero a sa place. Lors d’un premier visionnement, ce chef-d’oeuvre avait déjà laissé sur eux une marque indélébile. « La fin m’avait traumatisée. Il était possible de finir un film comme ça ? Et que ça finisse mal ? » se souvient Caroline Labrèche. « L’audace du cinéaste, c’était de montrer que les humains étaient le problème, pas les zombies », ajoute Steeve Léonard, lui dont le père, cinéphile vorace, s’était procuré « le premier magnétoscope VHS et Beta sur notre rue ».

On ne croise pas de zombies dans Radius, mais les cadavres s’accumulent à une vitesse folle tout au long de ce périple meurtrier, celui d’un homme (Diego Klattenhoff) à la mémoire chancelante à la suite d’un accident de voiture (c’est du moins ce que l’on suppose), tuant, par sa seule présence, tout ce qui se trouve à moins de 15 mètres de lui. Tout, sauf une femme (Charlotte Sullivan), qui ne comprend pas son invulnérabilité, et qui lui servira d’alliée, découvrant peu à peu qu’au-delà de certains phénomènes naturels, voire surnaturels, beaucoup de choses les unissent.

À l’image de leurs multiples références cinématographiques, les sources d’inspiration à la base de Radius sont tout aussi éclectiques. Les effets de la foudre sur le corps humain, les audaces de Park Chan-wook dans OldBoy, et… Superman se bousculent. « Dans les bandes dessinées des années 1980, souligne Steeve Léonard, ce héros que je trouve assez plate parce que toujours trop fort avait été affublé d’un problème : personne ne pouvait s’approcher de lui à cause de ses pouvoirs, impuissant devant Lois Lane qui se faisait attaquer par des fourmis. Ce fut le point de départ de Radius. »

Tournage catastrophe

Tourner au Manitoba apparaît d’abord et avant tout un choix économique, grâce aux généreux crédits d’impôt de la province, mais pour Caroline Labrèche et Steeve Léonard, écrire et filmer en anglais s’impose maintenant comme une évidence. Car le duo n’en est pas à son premier long métrage. Sans dessein (2009), une comédie fantastique déjantée au budget minimaliste (« On l’a fait pour 15 000 $ », reconnaît Steeve Léonard) n’a que peu circulé à l’extérieur du Québec. « On a essuyé beaucoup de refus, admet Caroline Labrèche, surtout dans plusieurs festivals aux États-Unis, et toujours pour la même raison : c’est en français. Comme on veut se promener, et qu’il y a des facilités à tourner en anglais… »

Facilités, sans aucun doute, mais à écouter le récit du tournage de Radius de la bouche même des deux cinéastes, on se demande s’ils ne fabriquaient pas plutôt un film catastrophe. À commencer par un manque criant de personnel technique à quelques jours du premier coup de claquette, tous accaparés par… deux autres productions, un achalandage jugé exceptionnel. « Trouver un chef électro quand on en compte trois dans toute la province, ce n’est pas simple, déplore Steeve Léonard. Même mon directeur photo n’avait pas d’assistant quatre jours avant le tournage. » « Et on a même dû subir une tornade, se rappelle Caroline Labrèche. Les techniciens tenaient chaque poteau des tentes pour protéger le matériel, et les camions ne pouvaient venir les chercher parce que l’on ne voyait rien sur la route. »

Steeve Léonard tient à rappeler que la devise de cette province est « Friendly Manitoba », et qu’il ne s’agit pas là d’un grossier mensonge. Ce duo de cinéma semble aussi bien déterminé à continuer d’explorer les horreurs qui se cachent derrière « Anytown America ». Et tout le monde sait que ce bled perdu n’existe pas seulement en périphérie de Winnipeg.