«Juste la fin du monde» sacré «Meilleur film»

Xavier Dolan a récolté les prix Iris du Meilleur film et de la Meilleure réalisation.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Xavier Dolan a récolté les prix Iris du Meilleur film et de la Meilleure réalisation.

C’est sur un tendre baiser échangé par les animatrices Guylaine Tremblay et Édith Cochrane qu’a débuté le premier Gala Québec Cinéma. « Oui, le premier ! » ont-elles insisté en faisant tout pour ne pas prononcer le nom de l’ancien gala. D’une grande complicité et diablement en forme, les deux dames ont profité de l’occasion pour blaguer sur la parité hommes-femmes, soulignant qu’il n’y avait que trois films réalisés par des femmes en nomination cette année.

Après avoir gagné chacun trois prix Iris lors du premier Gala des artisans jeudi dernier, où ont été remis quatorze prix, Juste la fin du monde, de Xavier Dolan, et Nelly, d’Anne Émond, totalisent respectivement cinq et quatre prix Iris.

De fait, lors du premier Gala Québec Cinéma hier soir, où l’on a distribué douze prix, le film de Xavier Dolan a récolté les prix Iris du Meilleur film et de la Meilleure réalisation. Nelly, d’Anne Émond, a pour sa part valu à Mylène Mackay l’Iris de la Meilleure interprétation/Premier rôle féminin. En recevant son premier prix, Xavier Dolan a remercié les acteurs pour «leur dévotion et leur intelligence» et les artisans du film avec qui il a tourné dans «l’intensité, l’humour et la passion». En revenant sur scène pour cueillir le prix du Meilleur film des mains de Sylvain Bellemare, lauréat de l’Oscar du Meilleur montage sonore pour Arrival, de Denis Villeneuve, le jeune cinéaste, abonné d’Apple TV et de Netflix, a tenu à dire que «la plus grande sensation, c’est encore de voir un film en société, c’est ça le cinéma!»

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L'actrice Mylène Mackay

Visiblement émue, Mylène Mackay a remercié Anne Émond d’écrire «d’aussi beaux rôles et grands rôles féminins». En saluant la mémoire de «l’insaisissable» Nelly Arcan, elle a livré un élégant plaidoyer pour la diversité des corps et pour qu’on «laisse la vie se déposer sur nos visages».

Les mauvaises herbes, de Louis Bélanger, s’est distingué à deux reprises alors que Louis Bélanger et Alexis Martin ont reçu l’Iris du Meilleur scénario et Luc Picard, celui de la Meilleure interprétation/Second rôle masculin. L’acteur a dédié son prix à l’amour de sa vie, son inspiration, son fils Henri.

Devançant Juste la fin du monde, de Xavier Dolan, Les mauvaises herbes, de Louis Bélanger, ainsi que Les 3 p’tits cochons 2 et Votez Bougon, de Jean-François Pouliot, 1:54, de Yan England, a remporté le Prix du public. Ce prix remplace le Billet d’Or qui couronnait le film ayant récolté les meilleures entrées en salle.

Devant la caméra

Au cours de ce gala ponctué d’amusantes capsules où Guylaine Tremblay et Édith Cochrane auditionnaient notamment pour Nelly, Les 3 p’tits cochons et 1:54, Gabriel Arcand s’est illustré en remportant l’Iris de la Meilleure interprétation/Premier rôle masculin pour son rôle dans Le fils de Jean, de Philippe Lioret. Céline Bonnier est repartie avec l’Iris de la Meilleure interprétation/Second rôle féminin pour sa prestation dans Embrasse-moi comme tu m’aimes, d’André Forcier.

L’acteur Rykko Bellemare a remporté l’Iris de la Révélation de l’année, nouvelle catégorie, pour sa performance dans Avant les rues, de Chloé Leriche, premier film réalisé en langue atikamekw. Le jeune acteur a d’ailleurs remercié la réalisatrice et les artisans du film dans la langue atikamekw et en français.

Par ailleurs, en début de soirée, les animatrices ont rappelé, en parlant du film de Chloé Leriche, le sort réservé aux autochtones, de la fondation de Montréal jusqu’à l’infernal processus de sélection de la SODEC. Un peu plus tard dans la soirée, Léane Labrèche-D’or et Pier-Luc Funk, qui animaient le Gala des artisans jeudi dernier, ont évoqué la question de l’identité sexuelle en dénonçant les étiquettes attribuées aux films : « Laissez les films être ce qu’ils veulent ! » Aux côtés de Mariana Mazza, Mehdi Bousaidan a plaidé en faveur de la diversité culturelle en saluant Émile Gaudreault de lui avoir offert un vrai rôle dans De père en flic 2 et non celui de « l’Arabe de service ».

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’acteur Rykko Bellemare

Vues du réel

Passé presque inaperçu lors de sa sortie en salle, Manoir, de Martin Fournier et Pier-Luc Latulippe, a été primé à titre de Meilleur documentaire. Rappelons que, jeudi dernier, Étienne Roussy avait remporté le prix de la Meilleure direction de la photographie/Film documentaire pour Gulîstan, terre de roses, de Zaynê Akyol, et Catherine Legault celui du Meilleur montage/Film documentaire pour La démolition familiale, de Patrick Damien.

Après que le ministre de la Culture et des Communications Luc Fortin eut annoncé que Pour la suite du monde, de Pierre Perrault, Michel Brault et Marcel Carrière, était reconnu comme un événement historique, Hugo Latulippe et Anaïs Barbeau-Lavalette ont interpellé les élus afin qu’ils continuent d’appuyer financièrement le documentaire.

Côté courts

D’une drôlerie corrosive, Mutants, d’Alexandre Dostie, etle magnifique Vaysha l’aveugle, de Theodore Ushev, ont respectivement remporté l’Iris du Meilleur court métrage/Fiction et celui du Meilleur court métrage/Animation. Profitant de l’absence de monsieur Ushev, retenu à Sofia, sa ville natale, où il recevait les clés de la ville, le producteur du film a demandé aux exploitants de salles de présenter davantage de courts métrages québécois au grand écran.

Une soirée réussie

Dans une ambiance décontractée rappelant celle des Golden Globes, Guylaine Tremblay et Édith Cochrane, dont la bonne humeur et l’humour ne sont pas sans rappeler ceux d’Amy Poehler et de Tina Fey, ont mené de main de maître la cérémonie. Bien qu’elles aient annoncé au début du gala que «ce ne serait pas tight», le tout s’est déroulé sans malaise, ni scandale ni pépin technique. «Le gala risque d’avoir le même nom l’an prochain», a lancé Guylaine Tremblay. «À moins d’une grosse controverse au Jardin botanique», a répliqué Édith Cochrane.

Les gagnants

Meilleure interprétation | Second rôle masculin
Luc Picard dans Les mauvaises herbes

Meilleur court métrage | Fiction
Mutants d’Alexandre Dostie

Meilleur court métrage | Animation
Vaysha l’aveugle de Theodore Ushev

Meilleur scénario
Les mauvaises herbes de Louis Bélanger et Alexis Martin

Meilleure interprétation | Second rôle féminin
Céline Bonnier dans Embrasse-moi comme tu m’aimes

Révélation de l’année
Rykko Bellemare dans Avant les rues

Meilleur film documentaire
Manoir de Martin Fournier et Pier-Luc Latulippe

Prix du public
1:54 de Yan England

Meilleure interprétation | Premier rôle masculin
Gabriel Arcand dans Le fils de Jean

Meilleure interprétation | Premier rôle féminin
Mylène Mackay dans Nelly

Meilleure réalisation
Xavier Dolan pour Juste la fin du monde

Meilleur film 
Juste la fin du monde de Xavier Dolan
 
4 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 5 juin 2017 05 h 12

    … Iris !

    « le premier Gala Québec Cinéma. « Oui, le premier ! » ont-elles insisté en faisant tout pour ne pas prononcer le nom de l’ancien gala. » (Manon Dumais, Le Devoir)

    De ce « premier », de celui de la dernière fois ?, il est remarquable d’observer que le Cinéma québécois possède un beau répertoire de films, dotant plus jolie qu’il est en bonne réputation et santé !

    Bravos tant aux lauréats qu’aux gagnants des prix …

    … Iris ! - 5 juin 2017 -

  • Robert Morin - Abonné 5 juin 2017 08 h 57

    Omission...

    Je crois qu'en rapportant seulement que «le jeune cinéaste, abonné d’Apple TV et de Netflix, a tenu à dire que «la plus grande sensation, c’est encore de voir un film en société, c’est ça le cinéma!», vous omettez l'essentiel de son intervention et du message qu'il a voulu lancer hier soir, à savoir qu'il faut que nos gouvernements se tiennent debout pour protéger le principe de la diversité culturelle et notre culture française d'Amérique fortement menacée, tant par la remise en cause de l'exception culturelle dans les traités comme l'ALENA que par les machines à monoculture que sont Netfilx et Apple. Et il a terminé en insistant sur l'urgence de ce garde-à-vous de nos gouvernements, les dernières paroles de Dolan étant «Ils doivent le faire ET MAINTENANT!».

    Alors pourquoi cette omission dans votre article?

  • Raymond Vallée - Abonné 5 juin 2017 09 h 23

    Jutra.

    Bravo M.Dolan pour votre pris Jutra.

    • Hélène Paulette - Abonnée 5 juin 2017 13 h 13

      Ils auraient au moins pu conserver le magnifique trophée de Daudelin... Et on se demande ce qui est advenu de la sculpture que l'on a retirée du l'ex-parc Claude Jutra. Quels bande de crétins nous sommes... Que représente au juste ce nouveau trophée. à part un phallus?