La Croisette sans long métrage québécois?

Grande année en vue pour le jury dirigé par Pedro Almodóvar
Photo: Alvaro Barrientos Associated Press Grande année en vue pour le jury dirigé par Pedro Almodóvar

On a beau scruter nos sources, elles n’ont rien à livrer pour l’instant. Il est possible qu’aucun long métrage québécois n’atterrisse au 70e Festival de Cannes du 17 au 28 mai, en Sélection officielle, à la Semaine de la critique ou à la Quinzaine des réalisateurs. Il faut dire que la présence répétée de Xavier Dolan (cinq fois) au long des derniers crus, celle de Denis Villeneuve, sous bannière américaine (Arrival) et québécoise (Polytechnique), celle de Kim Nguyen avec Two Lovers and a Bear, de Denis Côté avec Carcasses, de Chloé Robichaud avec Sarah préfère la course, de Sébastien Pilote avec Le démantèlement, nous ont habitués depuis 2009 à une présence long métrage continue dans une section ou l’autre. À moins d’une annonce de dernière minute…

Les films de la Sélection officielle seront annoncés le 13 avril, les autres sections, les jours suivants.

Sinon, les rumeurs vont bon train sur les sites spécialisés, dont celui de Télérama, qui avance comme film d’ouverture possible Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve (on l’attend plutôt à Venise ou à Toronto). Grande année en vue pour le jury dirigé par Pedro Almodóvar. Plusieurs cinéastes de pointe, souvent des habitués de la compétition, ont des films en mains.

Parmi les longs métrages à peu près assurés de la compétition : Happy End de l’Autrichien Michael Haneke, deux fois palmé d’or, avec incursion dans la jungle de Calais, avec Jean-Louis Trintignant, Isabelle Huppert, Mathieu Kassovitz.

L’Américaine Sofia Coppola devrait revenir avec The Beguiled, remake sur fond de guerre de Sécession, avec Colin Farrell, Nicole Kidman, Kirsten Dunst, Elle Fanning. Autres candidats américains présumés : Alexander Payne, avec le fantastique Downsizing, avec Matt Damon, Todd Hayne pour Wonderstruck sur la surdité, avec Julianne Moore et Michelle Williams. George Clooney hors concours avec son polar Suburbicon, scénarisé par les frères Coen, avec Matt Damon et Julianne Moore.

La France en majesté

La France offre une sélection tellement forte que bien des grosses pointures seront recalées de la compétition. Abdellatif Kechiche, palmé pour La vie d’Adèle, devrait quand même monter haut avec Mektoub Is Mektoub, histoire de cinéma et d’amour à la distribution secrète. Aussi, Arnaud Desplechin avec Les fantômes d’Ismaël, sur le même thème, avec Marion Cotillard, Charlotte Gainsbourg et Mathieu Amalric. Quant au cinéaste de The Artist, Michel Hazanavicius, son scénario de Le redoutable semble taillé pour Cannes : la rencontre de Jean-Luc Godard (Louis Garrel) et de la comédienne Anne Wiazemsky (Stacy Martin), bientôt sa femme.

Roman Polanski, sous bannière française, a dans sa manche D’après une histoire vraie, passage à vide d’une romancière, avec Emmanuelle Seigner et Eva Green. Bruno Dumont s’est colleté à l’enfance de Jeanne d’Arc d’après Péguy, dans la comédie musicale Jeannette.

Ajoutez le dernier Jacques Doillon, Rodin, biofilm de l’illustre sculpteur, avec Vincent Lindon et Izia Higelin en Camille Claudel. Nos années folles d’André Téchiné traite d’un déserteur (Pierre Deladonchamps) déguisé en femme, Les gardiennes de Xavier Beauvois, de femmes de soldats (Nathalie Baye et Laura Smet). Autres candidats potentiels : Julia, polar noir d’Éric Zonca, avec Vincent Cassel, Romain Duris et Sandrine Kiberlain, ainsi que La douleur, adapté par Emmanuel Finkiel du roman de Duras. François Ozon y va d’un thriller érotique : Amant double (Marine Vacth et Jérémie Renier) et Mathieu Amalric d’un antibiofilm sur la chanteuse Barbara, avec lui-même et Jeanne Balibar. Deniz Gamze Ergüven, cinéaste de Mustang, a signé Kings sur l’affaire Rodney King, avec Halle Berry et Daniel Craig. Claire Denis a adapté l’inadaptable Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes, avec Juliette Binoche et Gérard Depardieu. Isabelle Huppert joue encore dans Madame Hyde de Serge Bozon et Marvin d’Anne Fontaine.

Sur la planète ciné

Côté britannique, Stephen Frears avec sa production d’époque Victoria and Abdul, pourrait en être, comme Lynne Ramsay avec You Were Never Really Here, thriller de violence et de guerre avec Joaquin Phoenix.

On imagine mal une compétition sans Sunset, le dernier opus du Hongrois Laszlo Nemes (Le fils de Saul). Et sans In the Fade de l’Allemand d’origine Turque Fatih Akin. D’Allemagne aussi, Wim Wenders, moins inspiré en fiction ces dernières années, pourrait y lancer Submergence, sur fond de prise d’otage en Somalie. Le Russe Andreï Zviaguintsev, cinéaste de Léviathan, devrait émerger avec Loveless, et le Grec Yorgos Lanthimos avec son film américain The Killing of a Sacred Deer (Nicole Kidman, Colin Farrell).

Du Mexique, on pressent Roma d’Alfonso Cuarón et Where Life Is Born de Carlos Reygadas. D’Australie, sans doute Sweet Country de Warwick Thornton, d’Arabie Saoudite, Mary Shelley d’Haifaa Al-Mansour, sur la créatrice de Frankenstein, du Tchad, Une saison en France de Mahamat Saleh Haroun, de Suède, Euphoria de Lisa Langseth, avec Eva Green et Alicia Vikander.

Deux Sud-Coréens sont attendus : Bong Joon-ho avec Okja (Jake Gyllenhaal, dans le registre fantastique). Surtout Hong Sang-soo, qui tourna avec Isabelle Huppert un film au titre rohmerien La caméra de Claire… au Festival de Cannes.

1 commentaire
  • Yves Côté - Abonné 29 mars 2017 04 h 24

    Normal

    "Il est possible qu’aucun long métrage québécois n’atterrisse au 70e Festival de Cannes" ?...
    Normal.
    Vue de France, c'est l'ordre prévisible des choses.
    Depuis une dizaine d'années, les mots eux-mêmes de "cinéma québécois" ont entièrement disparus de l'écran et des micros. Et en plus, avec l'assentiment tacite de ces créateurs et artistes qui jamais ne manquent une occasion de se taire devant les média et alors que les qualificatifs "Canadien, canadien et du Canada" s'y sont faits de plus en plus exclusifs pour parler de leurs oeuvres (sauf Gilles Vignault et à sa suite, ces quelques Lynda Lemay et autres Cowboys Fringuants qui restent constants et fidèles...).
    Eux de se taire par convenance, par indolence, par complicité peut-être ? Je ne le sais pas, bien que l'observation de la généralisation de la chose additionnée à l'intérêt nationaliste en en matière de communication internationale du Canada fait que je doute que ce soit geste parfaitement innocent de nos artisssss...
    Mais toujours en est-il : "de se taire" en participant aux efforts grandissants du Canada à prendre toute la place en à effacer le Québec de partout. Et pas que du Festival de Cannes, et pas qu'en cinéma non-plus.
    Donc, vue de France où j'habite depuis quand même un peu plus de vingt ans, après les années de présentation où les productions artistiques québécoises s'accompagnent automatiquement dans le discours de "canadiennes", je dirais de 1995 à 2008, et des années d'absence de productions artistiques "québécoises" elles qui ne sont plus présentées que comme "canadiennes", nous voici donc maintenant arrivés aux années où l'absence de production artistique canadienne est prévisible lorsque celles-ci conjugueront deux particularités. Deux handicaps...
    Ceux-ci étant d'être en français et de venir du Québec.
    Du Canada en anglais ? Tout bon pour diffusion.
    En français d'ailleurs que le Québec ? Parfait.
    Du Québec en anglais ? OK.
    Du Québec en français ?
    Malheureux, taisez-vous !

    Tou