2016, difficile année pour le cinéma québécois

«1 : 54», succès-surprise de Yan England, a franchi le cap du million en retombées.
Photo: Films Séville «1 : 54», succès-surprise de Yan England, a franchi le cap du million en retombées.

2016 n’aura pas été une cuvée championne pour les films québécois en salle, comme l’a recensé l’agence Cinéac, qui compile les chiffres pour l’ensemble de nos écrans. La part de marché du cinéma maison est passée de 7,2 % à 5,1 % et, en ce qui a trait aux revenus bruts, de 13 032 017 $ en 2015 à 8 836 934 $ pour l’année écoulée.

Il s’agit du rendement le plus faible pour les films québécois après 2012, année qui avait atteint un creux historique depuis 2000 avec 4,8 % de parts de la tarte.

De toute façon, les grands écrans ont attiré au Québec moins de spectateurs que l’an dernier, soit une baisse de 4,9 %, passant de 182 736 238 $ à 173 780 926 $ côté recettes. Les habitudes de consommation de films, dispersés désormais sur diverses plateformes, y étant sans doute pour quelque chose. « La fréquentation globale avait augmenté l’an passé de 6,4 %, rappelle Patrick Roy, président des Films Séville. Ça varie beaucoup selon les pays. 2016 est une année record aux États-Unis, montre une hausse en France et en Angleterre, mais une baisse en Allemagne. Les fluctuations du cinéma local ont un impact important sur l’ensemble. »

Seul champion québécois à se hisser dans le top 20 annuel des films les plus populaires, toutes origines confondues, la comédie Les 3 p’tits cochons 2 de Jean-François Pouliot y occupe le 15e rang, avec des recettes de 2 762 695 $. 1 : 54, succès-surprise pour le bon film de Yan England, et Votez Bougon, toujours de Jean-François Pouliot, à la barre de bien des films populaires, ont franchi aussi le cap du million. Dans le cas de Votez Bougon, sorti le 16 décembre, ses gains, qui dépassent déjà la barre du million de dollars, devraient déborder sur 2017, et il n’est pas exclu qu’il soit millionnaire deux années de suite.

Juste la fin du monde, de Xavier Dolan, arrive en quatrième position, suivi de Nitro Rush d’Alain Desrochers. En gros, le cru de la dernière année a produit peu de perles, même côté qualité. « Des films ont sous-performé par rapport à nos attentes, précise Patrick Roy. Mais en 2017, on espère une hausse avec Bon cop, bad cop 2, De père en flic 2, Hochelaga »

2015 avait été plus glorieuse pour nos films en matière de fréquentation, avec une remontée de 28 % par rapport au cru précédent et quatre productions millionnaires.

Hausse des parts du cinéma américain

Dans ce top 20 des chouchous de 2016, tous les films, sauf Les 3 p’tits cochons 2, sont américains, Hollywood ayant encore de beaux jours devant lui. De fait, les films à grand déploiement dominent le peloton.

Deadpool de Tim Miller, sur un héros aux superpouvoirs, a engrangé le gros lot, suivi par l’animation 3D The Secret Life of Pets et Rogue One : A Star Wars Story, tous trois ayant dépassé les 5 millions au guichet sur nos écrans. Disney termine l’année en tête avec 21,9 % des parts de marché au Québec. Le cinéma américain, qui battait de l’aile en 2015, a remonté la côte, ses parts de 79 % ayant grimpé ici à 88,44 %.

Le septième art français, qui pique du nez chez nous depuis longtemps, a connu une légère baisse en 2016, passant de 4 % à 3,8 %, malgré la sortie de films importants et primés comme Dheepan de Jacques Audiard, Mustang de Deniz Gamze Ergüven et Marguerite de Xavier Giannoli, pour ne nommer qu’eux. Les oeuvres des autres pays ont fait une chute vertigineuse de 9,5 % à 2,3 %, mais 007 Spectre était britannique l’an dernier et Mad Max, australien.

Pas de blockbusters étrangers en 2016. Le cinéma d’auteur international nous avait offert en 2016 des oeuvres de grande qualité, telles que Le fils de Saul du Hongrois Laszlo Nemes, The Lobster du Grec Yorgos Lanthimos, Mia Madre de l’Italien Nanni Moretti, L’étreinte du serpent du Colombien Ciro Guerra, sans compter les autres.

Un système de distribution souvent déficient et la perte d’Excentris, voué au cinéma d’auteur, n’ont guère aidé la cause de la diversité en salle. « En 2017, Demain tout commence et Dalida sont des films français qui devraient marcher chez nous », prévoit Patrick Roy.

2 commentaires
  • Claude Bélanger - Abonné 11 janvier 2017 07 h 25

    Stratégie de sortie en salle

    J'ai adoré le film de Xavier Dolan qui sera parmi les classiques du cinéma québécois. S'il était sorti en salle la semaine qui a suivi sa présentation à Canne, il aurait eu une meilleure audience en ayant profité du tourbillon médiatique. Peut-être que ce genre de film n'a pas asez de poids pour se tailler les meilleures dates de sortie en salle. Ceci dit, ce film aura une meilleure carrière, à long terme, que certains qui auront eu une bonne audience l'année de leur sortie. Les Ptits cochons seront-ils encore là dans 20 ans? On peut en douter.

  • Jean Richard - Abonné 11 janvier 2017 10 h 57

    Le cinéma dit étranger

    « Le septième art français, qui pique du nez chez nous depuis longtemps, a connu une légère baisse en 2016, passant de 4 % à 3,8 %, »

    Certes, la France traverse une période de morosité sur le plan culturel, mais elle mérite peut-être mieux que ces piètres performances. C'est à se demander si le mauvais accueil de la critique n'y est pas pour quelque chose. Je pense entre autres aux critiques entendues à la radio publique fédérale, celle qui a pour mission de nous assimiler, de nous canadianiser, ce qui passe par l'américanisation.

    La diversité culturelle exigerait un peu plus d'ouverture. Le presque plein contrôle des Américains sur nos salles de cinéma vont à l'envers de l'ouverture car la porte est fermée à bien des productions qu'on s'obstine à qualifier d'étrangères. Le cinéma européen existe encore, mais on ne l'invite plus dans nos salles. Idem pour le cinéma latino-américain, qui a tout au plus droit à un mini-festival de quelques jours pour ensuite mieux disparaître le reste de l'année.

    Quant au cinéma en ligne, ce n'est guère mieux. Ce n'est pas sur Netflix que vous aurez accès au cinéma dit d'auteur.