Course à l'Oscar: Dolan ému d’avoir déjoué les pronostics

Xavier Dolan et l'actrice Léa Seydoux, à la première de «Juste la fin du monde», à Montréal, en septembre dernier
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Xavier Dolan et l'actrice Léa Seydoux, à la première de «Juste la fin du monde», à Montréal, en septembre dernier

Lauréat du Grand Prix à Cannes, Juste la fin du monde était donné perdant par plusieurs lorsque Téléfilm a annoncé que le plus récent long métrage de Xavier Dolan représenterait le Canada dans la course à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. La raison ? Une couverture médiatique particulièrement acerbe dans les médias américains. Et pourtant, voilà que l’Académie des arts et des sciences du cinéma annonce que Juste la fin du monde est l’un des neuf films présélectionnés.

Le réalisateur de Mommy n’a pas caché avoir été ébranlé par la virulence des attaques dont son nouveau film a fait l’objet auprès de la presse américaine, dite « influente ». À titre d’exemple, la chroniqueuse Anne Thompson, du site Indiewire, s’est fendue d’un texte lapidaire lorsque Téléfilm a confirmé en septembre avoir retenu Juste la fin du monde comme candidat, affirmant que c’était là s’éliminer d’office de la course. « [Le film] passera mal auprès des membres votants de l’Académie », prédisait-elle alors.

Une douce vengeance pour Xavier Dolan ?

« Non, répond le cinéaste après avoir étouffé un fou rire. Ce serait facile et certainement possible de penser comme ça, mais je ressens davantage un sentiment d’apaisement que de vengeance. C’est une première étape, un pas de plus dans la course. Nancy [Grant, productrice du film] et moi étions très émus en apprenant la nouvelle. Ça n’a pas été un parcours lisse ; il y a eu des moments forts, triomphants, et d’autres plus pénibles. Nous sommes tous les deux d’autant plus fiers que le film n’a pas encore de distributeur américain. »

Efforts soutenus

C’est dire que Juste la fin du monde partait avec un handicap supplémentaire, n’ayant pas d’ancrage « local » à Hollywood pour assurer de la visibilité au film.

« Tous ces efforts-là ont été soutenus par les machines de Téléfilm, de Séville international et d’eOne. Je ne le dis pas par courtoisie, mais par gratitude. Tout le monde a vraiment travaillé fort pour ça ; on y a cru. De toute évidence, le film n’était dans aucun pronostic. La rumeur concernant le film était pratiquement inexistante à Los Angeles, et il a fallu travailler à travers toute sorte de détours pour que le film soit vu. C’est un moment heureux », conclut Xavier Dolan, dont c’est là la toute première présélection.

Fort de celle-ci, Juste la fin du monde doit dès à présent entreprendre un dernier sprint promotionnel afin de maximiser ses chances s’il espère atterrir sur la « liste courte » définitive.

Catégorie imprévisible

Les huit autres films présélectionnés sont Tanna de Bentley Dean et Martin Butler (Australie), Land of Mine de Martin Zandvliet (Danemark), Le client d’Asghar Farhadi (Iran), The King’s Choice d’Eric Poppe (Norvège), Paradise d’Andrei Konchalovsky (Russie), A Man Called Ove de Hannes Holm (Suède), Ma vie de Courgette de Claude Barras (Suisse), ainsi que le favori, Toni Erdmann de Maren Ade (Allemagne).

Carolle Brabant, directrice générale de Téléfilm, était manifestement ravie que celui de Xavier Dolan soit du lot : « On est très, très, très heureux. On avait notre réception de Noël à Téléfilm jeudi soir, et cette annonce a été le moment magique de la soirée. »

Quant à la suite des choses, l’Académie révélera le 14 janvier quels sont les cinq finalistes qui se disputeront l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. Déjà, l’absence des opus de Pedro Almodóvar, Julieta, et de Paul Verhoeven, Elle, en a fait sourciller plus d’un, mais il est vrai que ce n’est pas la première fois que de telles surprises surviennent.

En effet, cette catégorie-là s’avère souvent des plus imprévisibles.

Et, la plupart du temps, imperméable aux préférences de la critique, américaine ou autre.