On ne naît pas femme, on le devient

John Gelman et Martine Stonehouse, le couple du documentaire «Tranfixed»
Photo: Source Filmoption International John Gelman et Martine Stonehouse, le couple du documentaire «Tranfixed»

Martine Stonehouse et John Gelman ne forment pas un couple typique. D’abord, ils sont tous les deux atteints du syndrome d’Asperger. Ils ont également vécu un changement de sexe. C’est le combat de Martine Stonehouse pour obtenir l’opération chirurgicale qui lui a permis d’avoir des organes génitaux féminins qui est l’objet de Transfixed, un documentaire d’Alon Kol qui prend l’affiche à Montréal.

Martine Stohehouse est une transgenre donc. Le film débute avec sa lutte pour que le gouvernement de l’Ontario annule sa décision de ne plus financer les frais des interventions chirurgicales pour les transgenres. Le gouvernement ontarien est revenu sur sa décision, mais Martine Stonehouse n’était pas au bout de ses peines.

Dans la vie, elle est en couple avec John Gelman, atteint du syndrome d’Asperger comme elle. John lui a toujours dit qu’il l’épouserait seulement si elle se faisait opérer pour avoir un vagin. Cependant, le seul médecin au Canada à faire ce genre d’opération est à Montréal. C’est le docteur Pierre Brassard.

Lorsque Martine, qui habite Toronto, va le voir, il lui répond que son embonpoint ne fait pas d’elle une bonne candidate pour l’opération. Martine Stonehouse tente alors en vain de perdre du poids. Sans se décourager, elle fait finalement appel à un médecin américain qui accepte de l’opérer.

Sur plusieurs années

Le documentaire suit donc les protagonistes durant plusieurs années à travers les épreuves, jusqu’au mariage et au-delà. La caméra va jusque dans la salle d’opération où Martine subit sa chirurgie.

« Je trouve qu’il est bon que les gens voient des transgenres dans la vie de tous les jours, ailleurs que dans les images qu’on voit généralement dans les médias ou dans les talk-shows », dit Martine Stonehouse.

Lorsqu’il a filmé sa chirurgie, Martine Stonehouse a dit au réalisateur : « Filmez-la si vous voulez, mais moi je ne veux pas la voir. » Ceci étant dit, elle est tout de même contente du résultat. « S’ils avaient filmé l’opération au complet, la plupart des spectateurs n’auraient pas pu soutenir la scène. »

Aujourd’hui, Martine Stonehouse et John Gelman sont toujours ensemble. Ils seront d’ailleurs à Montréal pour répondre aux questions sur le film.

Pas de regret

Martine Stonehouse ne regrette pas non plus d’avoir subi son opération, même si celle-ci a entraîné quelques complications, la forçant entre autres à marcher avec une canne.

« Je me sens plus complète », dit-elle. Elle rappelle cependant que l’opération chirurgicale d’un transgenre ne donne pas un coup de baguette magique qui change complètement la vie, même sexuelle. « En fait, on reste sensiblement la même personne après l’opération », dit-elle.

C’est en rencontrant Martine Stonehouse qu’Alon Kol a eu l’idée de réaliser ce film. « Quand je l’ai rencontrée, j’ai immédiatement compris que c’était quelqu’un de très spécial, raconte Kol. Et puis, je l’ai vue avec John Gelman et il y a eu une chimie entre nous. »

Martine Stonehouse intéressait aussi Alon Kol parce qu’elle avait ressenti une attirance pour les femmes avant de ressentir une attirance pour les hommes, et pour John Gelman en particulier.

« C’est une femme très honnête », dit-il. « Ils ont ouvert mes horizons », ajoute-t-il à propos des protagonistes de son documentaire.

Martine Stonehouse est aussi une femme très engagée pour la cause des transgenres. Le jour de notre entretien, elle avait travaillé à un programme de suivi de soins auprès des transgenres ayant subi une opération, pour ne pas qu’ils soient obligés de retourner à l’endroit où cette opération a eu lieu.

D’ailleurs, selon Martine Stonehouse, le Dr Pierre Brassard est toujours le seul médecin à pratiquer ce genre d’opération au Canada. « Et il commence à avoir une liste d’attente très longue », dit-elle.

Transfixed sera projeté du 3 au 9 juin au Cinéma du Parc. La projection sera suivie d’une période de questions avec les protagonistes.