La présidente de l’Académie déplore le manque de diversité

Le dévoilement jeudi dernier des vingt interprètes, tous blancs pour une deuxième année d’affilée, nommés pour un Oscar d’interprétation a déclenché une controverse qui n’a cessé d’enfler depuis. Cinéaste aussi loquace que respecté, Spike Lee, entre autres, a appelé à un boycottage de la cérémonie. Interpellée de toutes parts, la présidente de l’Académie des arts et des sciences du cinéma, Cheryl Boone Isaacs, est finalement sortie de son mutisme lundi soir en faisant paraître un long communiqué. Se déclarant « navrée », elle a laissé entendre que des mesures aussi concrètes qu’expéditives seraient très bientôt mises en place.

Troisième femme seulement à occuper cette prestigieuse fonction, madame Boone Isaacs se trouvait dans une position d’autant plus inconfortable qu’elle est elle-même afro-américaine.

« Bien que nous célébrions les accomplissements extraordinaires [des personnes nommées], je suis à la fois navrée et frustrée par le manque d’inclusion. C’est une conversation difficile mais importante, et le temps est venu pour de grands changements. L’Académie prend dès à présent des mesures drastiques afin de modifier sa composition. Dans les prochains jours et semaines, nous allons procéder à une révision de notre recrutement afin d’intégrer une diversité essentielle pour 2016 et au-delà. »

On se souviendra qu’en 2012, une enquête du Los Angeles Times avait révélé les chiffres suivants au sujet des membres de l’Académie : leur âge moyen était de 62 ans, 94 % étaient caucasiens (Blancs), 77 % étaient des hommes, les Noirs et les Hispaniques ne comptaient que pour environ 2 % chacun.

« Le changement ne vient pas aussi vite que nous le voudrions. Nous devons faire plus, et mieux, et plus rapidement », a insisté madame Boone Isaacs.

Boycottage inévitable ?

De telles mesures ne sont pas sans précédent. De fait, au cours des années 1960-1970, un afflux massif de nouveaux membres avait été organisé dans le but de rajeunir l’organisation, qu’on jugeait alors déconnectée.

« En 2016, le mandat est l’inclusion dans toutes ses facettes : genre, ethnicité, orientation sexuelle », a indiqué la présidente de l’Académie, ce dernier point constituant une référence à peine voilée à l’exclusion inexplicable de la catégorie des meilleurs films de Carol, un récit ultimement positif d’amour lesbien.

Qu’à cela ne tienne, dans une entrevue publiée mardi dans Variety, le révérend Al Sharpton, un animateur et un activiste influent proche du président Obama, invite la population à ne pas regarder la soirée des Oscar le 28 février. Le but : que la perspective de cotes d’écoute plus basses entraîne une dévaluation, même légère, des onéreuses cases publicitaires. « Les annonceurs doivent faire des affaires, a argué le révérend Sharpton. Hollywood écoute un jour ou deux et passe à autre chose. Il est maintenant temps de s’assurer que nous ne serons plus ignorés. »