Les charmes de la mélancolie selon Jean-Paul Rouve

Le cinéaste français Jean-Paul Rouve s’est senti inspiré par l’œuvre littéraire de David Foenkinos, plus particulièrement par le roman «Les souvenirs».
Photo: François Guillot Agence France-Presse Le cinéaste français Jean-Paul Rouve s’est senti inspiré par l’œuvre littéraire de David Foenkinos, plus particulièrement par le roman «Les souvenirs».

Tout a commencé quand le cinéaste français Jean-Paul Rouve s’est senti inspiré par l’oeuvre littéraire de David Foenkinos (Charlotte, Nos séparations, La délicatesse). Faut dire qu’en France, on adapte des romans plus allégrement qu’au Québec, sans doute pour y lire davantage. « J’aimais le regard que David posait sur les petites choses qui en cachent de plus importantes et de plus profondes, en les servant avec humour, dit Jean-Paul Rouve, alors j’avais envie de porter son univers à l’écran. Ça tombe bien, car il a collaboré au scénario des Souvenirs avec beaucoup de générosité. »

Or donc, le cinéaste de Nos jours heureux et de Quand je serai petit, également acteur (il s’est donné un petit rôle dans le film), porta son choix sur le roman Les souvenirs, à ses yeux collé aux réalités de notre modernité consommable jetable. Sont abordés la vieillesse, la retraite, la vie de couple, la jeunesse en quête d’elle-même, l’usure du couple et les générations qui communiquent entre elles d’une manière différente d’auparavant.

Il a voulu à sa suite, tout en créant aussi des personnages inédits, poser des regards obliques sur les liens familiaux à la fois tendus et distendus de nos modernités, le tout sans tristesse mais avec une légèreté posée sur elle. « La mélancolie est un sentiment cinématographique intéressant. Une chanson perdue, une rive entre deux eaux, un spleen baudelairien », dit-il. Son film en sourire en coin sur des drames de la vie gagne nos écrans vendredi prochain.

Distribution de qualité

La distribution est impressionnante, avec Annie Cordy dans la peau de la grand-mère en fugue, Michel Blanc dans celle du père déboussolé avec Chantal Lauby qui joue son épouse aspirée dans le vide, et le jeune Mathieu Spinosi en fils rêveur. « En quête d’acteurs, on va vers les gens qui nous ressemblent, déclare le cinéaste. Moi, je suis fou de Chaplin, de Woody Allen et de Monty Python. Mes acteurs ont souvent fait du music-hall. On a les mêmes réflexes. » Jean-Paul Rouve fut membre de la troupe Robin des Bois à l’humour absurde déployé au théâtre et à travers des gags télévisuels. Il aime travailler avec des acteurs qui oeuvrent à l’instinct.

Annie Cordy, qui jouait déjà au cinéma en 1954 dans Boum sur Paris de Maurice de Canonge, il a pensé à elle très vite. « Elle est tout le temps en concert. C’est chouette qu’elle ait accepté de jouer sans maquillage, sans artifices. C’est une femme formidable dotée d’une énergie folle. Elle porte la vie en elle, se tourne toujours vers demain. Mon film s’intitule Les souvenirs, mais n’est pas nostalgique, précise le cinéaste. Il se sert du passé pour avancer, comme le fait Annie Cordy. J’aime parler des gens qui ne sont pas à leur place sans jamais les juger. »

Humour et émotion

Dans son adaptation, Jean-Paul Rouve cherchait un humour présent à parts égales avec l’émotion. « J’ai privilégié un mélange d’absurde et de concret. Le rire met de la pudeur sur cette vie décalée. Tous les personnages du film, je les ai rencontrés quelque part : le pompiste qui donne des conseils de vie, la directrice de maison de retraite qui mène son univers tambour battant. Prenez la vie de famille, le rapport aux parents, aux grands-parents, elle est en constante évolution. Pourtant, on passe tous par les mêmes chemins à 20 ans, 60 ans, 86 ans. Quand on devient parent, on comprend mieux ce que les nôtres ont vécu. »

Il aimerait que dans 30 ans, la France de 2015 renaisse saisie sur le vif à travers Les souvenirs. « Mon film est aussi une critique sociale. Le fait d’être vieux est considéré comme un problème dans notre société occidentale. Ça implique une coupure générationnelle. J’en ai parlé avec un Thaïlandais qui ne comprenait rien à nos comportements. On a besoin de transmission, d’apprendre les leçons d’humanité des aînés. »

Dans Les souvenirs, la grand-mère se sauvera de sa maison de repos pour personnes âgées, le père à la retraite perdra ses raisons d’être, le jeune homme qui travaille comme veilleur de nuit caressera des aspirations littéraires. « Regardez le personnage de Michel Blanc, sa vie s’est déroulée sans qu’il prenne une pause et voici que la société lui indique que c’est fini. Mais pourquoi cette mise au rencart ? Le jeune de son côté cherche des assises pour se construire tout en étant le personnage le plus droit, le plus adulte du lot. Tous les autres sont demeurés des enfants. Le couple en usure ne sera sauvé que par la poésie. J’ai une vision romanesque et romantique de l’amour.Les gens emploient le thème réducteur de feel good movie, mais l’étiquette est facile. Moi, j’adore raconter des histoires. Avec David Foenkinos, on va écrire un scénario original et on s’en amuse déjà comme des enfants. »

La mélancolie est un sentiment cinématographique intéressant. Une chanson perdue, une rive entre deux eaux.