Musique classique sur grand écran

Le documentaire que l’on recommandera très chaudement est Rameau, l’incompris magnifique.
Photo: FIFA Le documentaire que l’on recommandera très chaudement est Rameau, l’incompris magnifique.

Dans le cadre du Festival international du film sur l’art (FIFA), qui a débuté jeudi et se prolongera jusqu’au 29 mars, se nichent quelques perles qui ont pour sujet la musique classique.

C’est en marge du classique proprement dit que se situe le documentaire de Thomas Voigt et Wolfgang Wunderlich sur le projet du ténor Jonas Kaufmann intitulé Berlin 1930. Il s’agit d’un disque (CD et DVD) paru chez Sony, dont nous n’avons, hélas, pas été informés ici par l’éditeur. Ce projet musical s’inscrit dans le courant de la nostalgie pour le Berlin d’avant les nazis. Deutsche Grammophon a ainsi enregistré en 2014 un groupe de chanteurs reprenant les succès des Comedian Harmonists, groupe légendaire démantelé dans les années 30. Kaufmann, lui, reprend les succès popularisés par les inégalés Richard Tauber, Jan Kiepura et Joseph Schmidt. Ce documentaire méticuleux, parsemé de belles archives, est un incontournable pour les germanophiles et nostalgiques de l’opérette berlinoise.

Opéra

Le FIFA a sélectionné une seule capture scénique d’opéra, mais fort originale. Enregistré en 2013 au Teatro Real de Madrid, le spectacle associe deux trublions : le metteur en scène Peter Sellars et le chef Teodor Currentzis. Le sujet est le dernier opéra de Purcell, The Indian Queen. Toute ressemblance avec un opéra existant ou ayant existé s’arrête là, car Sellars pare l’oeuvre inachevée de Purcell d’autres musiques propices à la danse et de textes de l’auteure nicaraguayenne Rosario Aguilar. Le tout transforme l’heure de musique laissée par Purcell en un spectacle coloré et imprévisible de trois heures ! Le sujet est un véritable appel à l’imagination puisque The Indian Queen raconte l’histoire imaginaire de la rencontre entre les Incas, menés par Montezuma, et les Aztèques. Les gardiens du temple purcellien tendent à détester cette relecture en forme d’oeuvre d’art totale. Avec son universalité et son filmage serré et léché, The Indian Queen de Sellars et Currentzis m’a fasciné.

Un documentaire de René-Jean Bouyer fait le point sur la rivalité entre les deux plus grandes cantatrices de l’après-guerre, Renata Tebaldi et Maria Callas. « Cette rivalité médiatisée a favorisé l’amour de l’opéra, qui s’est diffusé dans le monde entier », déclare Dominique Fernandez. Pour tous ceux qui ont entendu parler de cette opposition (« Tebaldi chantait ; Callas interprétait », dit Alain Duault) mais sans vraiment avoir approfondi son cadre historique, ce film de 52minutes fait le point de manière claire et circonstanciée. Et oui, je suis encore plus « tebaldien » après l’avoir vu.

Le très épineux sujet Wagner et les juifs est traité avec beaucoup de tact, et sous un angle historique affûté, par Hilan Warshaw. Ce film de 52 minutes est un apport important à la section Art et politique.

Compositeurs et interprètes

Sa vidéo d’un air du Grand macabre de Ligeti, façon collégienne en minijupe, fait le tour des amateurs de musique sur les réseaux sociaux depuis un mois. Elle y va de déclarations bien senties sur le métier de chef d’orchestre qu’elle ambitionne d’exercer : l’année 2015 semble être celle d’une musicienne pas comme les autres. Elle est Canadienne, elle chante, elle s’appelle Barbara Hannigan, la nature l’a comblée et elle est l’héroïne d’un documentaire captivant. Ce I’m a Creative Animal de Barbara Seiler confirme que le personnage, qui voyage avec ses couteaux de cuisine et son bloc à aiguiser japonais à côté de ses partitions de Ligeti, sort vraiment de l’ordinaire.

Personnage à l’opposé, totalement, l’introvertie Zhu Xiao Mei doute là où Hannigan fonce. Le film Le retour est le mouvement du Tao offre un regard très juste sur la pianiste chinoise, dont le débit si caractéristique en français est un poème à lui seul. Le FIFA diffuse ce film déjà disponible en DVD en complément de la nouvelle interprétation des Variations Goldberg, parution Accentus, que nous vous avions conseillée avant les Fêtes.

Face à ces deux portraits, Ndiphilela Ukucula, narrant le quotidien de trois jeunes chanteurs sud-africains dans une société qui s’ouvre à la musique, et Everywhere and Forever, nouveau documentaire sur Le chant de la terre de Mahler, avec le sempiternel Thomas Hampson et ses mimiques pénétrées, peinent à captiver, sauf à s’intéresser de près aux mutations de l’Afrique du Sud ou à tout collectionner de Mahler. Le sujet Erik Satie, de Satiesfictions, est bien plus rarement traité.

Mais le documentaire que l’on recommandera très chaudement est Rameau, l’incompris magnifique, le second excellent film réalisé sur Rameau après Le vrai Rameau en 2006. Certains témoins (les archivistes) se retrouvent d’un film à l’autre. Côté artistes, Christophe Rousset et Marc Minkowski remplacent William Christie, interlocuteur en chef du film précédent. Le documentaire est bien mené et instructif. Un acteur incarne le compositeur dans de petites scènes. Au moment de visionner le film, nous ne pouvions entendre ce qu’il disait, car ses interventions étaient muettes. Ce sera rétabli pour la projection !

Jonas Kaufmann – Berlin 1930
De Thomas Voigt et Wolfgang Wunderlich, Allemagne, 2014. À la PdA, le 25 mars à 18 h 30, au MBAM, le 29 mars à 16 h.

The Indian Queen
De Peter Sellars, Espagne, 2013. À la Cinémathèque québécoise le 22 mars à 13 h 30, à la PdA le 29 mars à 13 h 30.

Callas vs Tebaldi. La légende de la tigresse et de la colombe
De René-Jean Bouyer, France, 2014. À la PdA le 22 mars à 16 h et le 27 mars à 18 h 30.

Richard Wagner et les Juifs
De Hilan Warshaw, États-Unis–Allemagne, 2013. À la PdA le 21 mars à 18 h 30, au MBAM le 25 mars à 18 h 30 et le 29 mars à 13 h 30.

I’m a Creative Animal
De Barbara Seiler, Suisse-Allemagne, 2014. À la PdA le 25 mars à 18 h 30 et au MBAM le 29 mars à 16 h.

Le retour est le mouvement du Tao
De Michel Mollard, France, 2014. À la PdA le 21 mars à 13 h 30 et à l’UQAM, salle JCL, le 27 mars à 21 h.

Rameau, l’incompris magnifique
D’Olivier Simmonet, France, 2014. Au MBAM le 21 mars à 13 h 30 et à la PdA le 28 mars 16 h.