L’humanité des frères Dardenne

Les frères Luc (à gauche) et Jean-Pierre Dardenne et leur actrice vedette, Marion Cotillard
Photo: Associated Press Alastair Grant Les frères Luc (à gauche) et Jean-Pierre Dardenne et leur actrice vedette, Marion Cotillard

Cannes — La solidarité est-elle soluble dans la crise économique qui secoue l’Europe ? En plein règne du chacun pour soi ? Et servie on the rocks à Cannes, où les films rivalisent de cynisme ?

 

Ça prenait les frères Dardenne pour nager aussi bien à contre-courant des vagues de l’heure, en récoltant pareille salve d’applaudissements. Encore un grand film des doubles palmés d’or (Rosetta en 1999, L’enfant en 2005), fratrie belge pour la sixième fois en compétition, jamais repartie bredouille du palmarès. Certains leur souhaitent le titre de premiers triples palmés. Ils sont formidables, tout en restant dans leur zone de confort avec des films sociaux, plus vrais que nature.

 

Le film s’intitule Deux jours, une nuit. Il est porté par le jeu exceptionnel de Marion Cotillard. « Ce fut pour moi une aventure bouleversante, enrichissante,dit l’oscarisée de La vie en rose. Une des plus belles expériences cinématographiques de ma vie, sinon la plus belle. »

 

Elle a laissé sa peau pour entrer dans celle d’une jeune ouvrière dépressive. Menacée de perdre son emploi, la voici qui se bat avec le soutien de son mari. L’oeuvre est solaire. Ils sont plus optimistes qu’avant.

 

Jean-Pierre est l’aîné, Luc, le plus loquace. Ils se passent la main sur les plateaux depuis si longtemps, qu’eux-mêmes distinguent à peine qui fait quoi. Chose certaine, les répétitions en amont sont nombreuses et fondamentales. Les acteurs deviennent les personnages. Puis ça se joue en plans séquence.

 

Marion Cotillard n’a jamais reçu le prix d’interprétation à Cannes. Souvent pressentie, particulièrement pour son rôle d’amputée dans De rouille et d’os de Jacques Audiard.

 

Depuis le temps qu’elle rêvait de travailler avec les Dardenne, la voici servie. « Un scénario, c’est un coup de foudre,précise-t-elle. J’aime les rôles complexes de femmes qui se battent pour leur survie et découvrent en elles des ressources insoupçonnées. Ça m’apprend sur l’humain de visiter le coeur de ces gens-là. »

 

Dans le film, l’employeur offre un dilemme à ses employés : soit on licencie Sandra, soit vous renoncez à une prime de 1000 euros. Il reste à cette femme une fin de semaine pour tenter de convaincre chacun d’entre eux de l’appuyer. Un thriller moral, façon Dardenne.

 

« Non, la solidarité ne s’est pas effritée,estime Luc Dardenne. Même à l’époque des grands mouvements syndicaux, il n’était pas évident d’appuyer une grève, qui entraînait forcément une baisse de revenus. »

 

Leurs films se déroulent toujours à Seraing où ils ont grandi, ville industrielle belge, et Cotillard développa un léger accent local.

 

Les frères refusent de décrire leur film comme une allégorie. « Mais on veut montrer comment la solidarité et le fait de se battre, de dire non !, peuvent changer quelqu’un. »

 

Fable nippone

 

Vu aussi en compétition, le délicat et joli film de la Japonaise Naomi Kawase, Still the Water. Une histoire d’adolescents amoureux dans une île de beauté, où la mort, l’amour se marient à la renaissance. Des danses et chants traditionnels avec les aînés deviennent des rituels magiques. Le film est poétique, sur des images de nature parfois sublimes, mais il lui manque une force pour s’imposer vraiment, un dénouement original aussi.

 

Ce mercredi, on verra le film Mommy de Xavier Dolan. À bientôt !