Gabrielle et Enemy triomphent aux Écrans canadiens

Comme aux anciens prix Genie, désormais jumelés avec les BAFTA de la télévision canadienne, les cinéastes québécois, d’un cru à l’autre, tendent à dominer la course aux Écrans canadiens, côté films. Rebelote en 2014, alors que Gabrielle, de Louise Archambault, histoire d’amour et de solidarité, remportait à Toronto dimanche soir au Sony Center for the Performing Arts, l’Écran du meilleur film et son interprète principale, Gabrielle Marion-Rivard, atteinte du syndrome de Williams, celui de la meilleure actrice.

 

La soirée était animée par l’humoriste Martin Short. Et on considère souvent que ces résultats sont un peu prémonitoires pour les Jutra décernés aux artisans du cinéma québécois.

 

Enemy, premier long métrage en anglais (tourné avant Prisoners) du Montréalais Denis Villeneuve, thriller psychologique et production canadienne adaptée d’un roman de José Saramago et campée à Toronto, n’est pas en reste avec cinq trophées : meilleure réalisation pour Villeneuve, meilleures images à Nicolas Bolduc, meilleur montage à Matthew Hannam, meilleure musique originale à Danny Bensi et Saunder Jurriaans, et meilleure actrice de soutien à la Torontoise Sarah Gadon, fine et nuancée dans un rôle de femme enceinte, qui se sent trompée par son conjoint.

 

Les Québécois n’avaient pas dit leur dernier mot, puisque Louis Cyr de Daniel Roby, champion aux guichets du Québec, repartait avec les statuettes de la meilleure direction artistique pour Michel Proulx et des meilleurs costumes pour Carmen Alie.

 

C’est sans surprise que le trophée du meilleur acteur a été remis à Gabriel Arcand, sans rival pour son rôle d’éleveur de moutons qui se dépouille pour aider sa fille, dans Le démantèlement de Sébastien Pilote. Le laurier du meilleur acteur de soutien couronnait Gordon Pinsent. Il incarne un des aînés du village terre-neuvien dans The Grand Seduction de Don McKellar, remake réussi de la comédie de Jean-François Pouliot.

 

Un autre grand lauréat

 

Un des grands lauréats de la soirée (4 prix en plus de la bobine d’or du film le plus populaire en salles canadiennes) fut The Mortal Instruments : City of Bones (La cité des ténèbres), de Harald Zwart, dans la lignée des Twilight avec terreur et zombies. À lui les lauriers techniques des meilleurs maquillages, meilleur son d’ensemble, meilleur montage sonore, meilleurs effets visuels.

 

Empire of Dirt, de Peter Stebbings, valut à Shannon Masters l’écran du meilleur scénario, alors que The F Word, de Michael Dowse, écrit par Elan Mastai à partir de la pièce de T. J. Dawe, remportait la palme du meilleur scénario adapté.

 

La palme du meilleur long métrage documentaire est allée à l’impressionnant Watermark, de Jennifer Baichwal et Edward Burtynsky, d’après les photos autour du monde de ce dernier, témoignant de notre rapport à l’eau. Chi, d’Anne Wheeler, gagnait le laurier du meilleur court métrage documentaire pour son portrait des derniers mois de vie de l’actrice de Vancouver Babz Chula. Le brillant et vertigineux Subconscious Password, de Chris Landreth (l’oscarisé de Ryan), a remporté celui du meilleur court métrage d’animation et Noah, de Patrick Cederberg et Walter Woodman, tourné sur un ordinateur, déjà primé au Festival de Toronto, celui du meilleur court métrage dramatique.

 

David Cronenberg, fils génial de Toronto, a remporté un prix hommage alors qu’Emanuel Hoss-Desmarais repartait avec le prix Claude-Jutra du meilleur premier long métrage pour son fascinant Whitewash.

 

Côté télévision en langue anglaise, Call me Fitz, de Sheri Elwood, et la minisérie Jack sur la vie du défunt Jack Layton, ont récolté le gros des honneurs.

2 commentaires
  • Zohra Joli - Inscrit 10 mars 2014 09 h 44

    Vive le cinéma québécois

    Côté qualité , le cinéma québécois est le seul exportable au Canada.
    Côté originalité et créativité, il est des années lumiere en avance sur le cinéma américain ( toujours des re-remake à gros gros budgets )

  • robert morin - Inscrit 10 mars 2014 16 h 29

    Vive la différence!

    Espérons qu'un jour, certains comprendront enfin que le talent artistique du créateur, c'est ce qui le différencie, c'est son identité réelle et profonde. Malheureusement, nos créateurs ne semblent pas tous rendus à ce constat et plusieurs considèrent encore leur identité à une minorité francophone en Amérique du Nord comme une sorte de «faiblesse», un handicap dans une perspective que l'on pourrait qualifier de «colonisée» par rapport à ce qui se fait, par exemple aux É.-U. D'autres n'évaluent la création artistique qu'à l'aulne de la «grosseur du marché» et à l'ampleur des moyens matériels ($), ce qui, encore une fois est une grave erreur. Marcel Proust, dans le Temps retrouvé, explique qu'il a longtemps douté de son talent, mais qu'il a enfin trouvé sa voie le jour où il a compris que ce qu'il avait toujours perçu comme étant sa «faiblesse», sa différence, son handicap, c'était cela qui constituait en vérité l'essence de son talent de créateur. Avis à tous les artistes québécois qui passent du côté anglophone, qui choisissent le principe de «I want to pogne», qui renoncent à leur identité pour des raisons commerciales => c'est une impasse qui, par définition, tuera votre talent d'artiste.