On tourne La maison du pêcheur à Percé

Pontiac Parisienne, Maison du pêcheur reconstruite à l’identique : on se prépare à tourner une scène.
Photo: Thierry Haroun Pontiac Parisienne, Maison du pêcheur reconstruite à l’identique : on se prépare à tourner une scène.

Le long métrage La maison du pêcheur, qui porte sur la genèse de la cellule Chénier, est en plein tournage à Percé : ce lieu mythique qui a été le théâtre, à l’été 1969, d’événements qui marqueront les esprits et l’histoire du Québec.

Il est un peu avant 9 h du matin. Sous un soleil rayonnant à quelques pas du rocher Percé, des techniciens sortent leur matériel et travaillent en collégialité avec l’équipe de réalisation, afin de préparer le plateau de tournage en vue des scènes de la journée. Plus loin, des figurants attendent tandis qu’à l’intérieur de la célèbre Maison du pêcheur, reconstruite pratiquement à l’identique, un comédien s’amuse au piano pour passer le temps. Il joue Blue Rondo a la Turk de Dave Brubeck. Vous êtes ? lui demande Le Devoir. « Je m’appelle Jean-François Poulin. Je joue le personnage de “docteur”. C’est un premier rôle qui incarne un musicien. J’ai bien voulu intégrer cette pièce de Brubeck dans le film, mais Alain Chartrand, le réalisateur, n’a pas voulu », lance-t-il avec humour.


La reconstitution de l’intérieur du bâtiment transpire l’époque, le penchant révolutionnaire du temps : ici, une affiche illustrant Castro en compagnie du Che et de Camilo ; là, une affiche de Pierre Bourgault frappée du sceau du RIN. L’équipe de production a poussé les détails jusque dans la bibliothèque qui donne accès à La vie de Lénine (de Louis Fisher) ou encore au Traité d’économie marxiste (d’Ernest Mandel). Sur un des murs vieillis, on a accroché un drapeau du Québec sur lequel on a paraphé en noir le mot « libre ».


Dehors on se prépare à tourner une scène entourée d’une Chevrolet Bélair 1969 et d’une Pontiac Parisienne. Le réalisateur Alain Chartrand raconte la scène à venir. « On va tourner la rencontre à Percé du ministre du Tourisme sous le gouvernement unioniste de Jean-Jacques Bertrand avec Paul Rose. Le ministre lui offre une grosse somme d’argent pour que les jeunes décollent de la Maison du pêcheur. Mais Paul Rose ne changera pas d’idée ». Nous y sommes.


À l’été 1969, les frères Jacques et Paul Rose ainsi que Francis Simard ont mis le cap sur Percé, là où ils rencontreront le jeune Gaspésien Bernard Lortie, avec une idée en tête, c’est-à-dire d’ouvrir une Maison du pêcheur et en faire un lieu de rassemblement pour conscientiser les jeunes à la politique et au fait que les pêcheurs gaspésiens étaient exploités. Seulement voilà, leur passage a tourné à la violence et à la confrontation avec les commerçants, les autorités policières et municipales. Voilà de quoi traite ce film produit par le Groupe PVP, de Matane, au coût de 4,3 millions de dollars.


Pour l’histoire, on rappellera que ces quatre personnages adhéreront l’année suivante au FLQ pour former la tristement célèbre cellule Chénier qui enlèvera en octobre 1970 le ministre du Travail d’alors, Pierre Laporte.


Le producteur Vic Pelletier qui assistait au tournage de la scène à Percé tient à souligner en entrevue que si le film débute avec l’arrestation de Bernard Lortie, chemin Queen Mary à Montréal, « on fait ensuite un flash-back pour voir ce qui a amené Bernard à vivre cette situation-là à Montréal. Le film s’intéresse à l’histoire de Bernard Lortie, ce jeune Gaspésien qui, par manque de travail, va rencontrer à Percé des amis [les frères Rose et Francis Simard] et va adopter leur philosophie et leur pensée révolutionnaires. » Le film a été écrit par Jacques Bérubé, Alain Chartrand et Mario Bolduc. Le directeur de la photographie est Pierre Mignot et le film, distribué par Christal Films, devrait prendre l’affiche en octobre 2013.


La distribution comprend notamment Raymond Bouchard (qui joue le maire), Luc Picard (en commerçant), Kevin Parent (en charpentier), Jocelyn Bérubé (en pêcheur), Mikhail Ahooja (Bernard Lortie), Guillaume-Vincent Otis (Paul Rose), Benoît Langlais (Jacques Rose) et Charles-Alexandre Dubé (Francis Simard).

 

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