Tapis rouge au cinéma belge à la Cinémathèque québécoise - Au-delà des Dardenne

Les crises politiques qui ont secoué la Belgique ces dernières années n'ont pas (encore) mené le pays à l'éclatement. Tandis que certains Flamands rêvent de ce scénario catastrophe et que des Wallons envisagent une possible annexion à la France, le plat pays de Jacques Brel demeure encore le foyer de deux cultures, et deux langues.

Dès aujourd'hui et jusqu'au 1er novembre, la Cinémathèque québécoise va devenir à son tour le foyer de ce cinéma des deux solitudes grâce à l'événement Tapis rouge, qui en avait défilé un semblable au cinéma suisse en 2007. Ce regard sur la production récente comporte 10 longs métrages, tous précédés d'un court, question d'associer la relève à un cinéaste chevronné, ou l'animation à la fiction.

Comme pour tant d'autres cinématographies nationales vues de l'étranger, le cinéma belge se résume souvent à un seul nom et dans ce cas, le nom se multiplie par deux: les frères Dardenne. Ce Tapis rouge a le mérite de rappeler à notre mémoire une réalisatrice comme Marion Hänsel (Les Noces barbares) qui, bien des années après Dust, effectue un retour sur le continent africain. Cette fois, dans Si le vent soulève les sables, elle suit une famille de réfugiés fuyant la guerre, la misère... et un désert qui étend inexorablement son emprise.

Quant au documentariste Thierry Michel, il a depuis longtemps l'Afrique dans le sang et avec Congo River, il traîne sa caméra sur le fleuve Congo pour évoquer l'histoire du pays, celle de ses compatriotes colonisateurs et de certains dirigeants comme Patrice Lumumba et Joseph Désiré Mobutu.

Preuve que les cinéastes belges ont l'âme voyageuse, Frank Van Mechelen illustre, dans Hell in Tangier, le voyage cauchemardesque d'un chauffeur d'autobus accusé à tort de trafic de drogue. L'homme croupit dans une prison du Maroc mais à Anvers, sa famille se mobilise pour le sortir de là. De son côté, Sam Garbarski, originaire d'Allemagne, s'associe régulièrement avec l'un des meilleurs scénaristes belges, Philippe Blasband, et c'est à Londres qu'ils ont imaginé l'histoire d'Irena Palm, une veuve prête à tout, vraiment à tout, pour sauver son petit-fils malade. Et avec Marianne Faithfull en vedette, le périple ne se refuse pas.

Autre figure connue, celle-là impossible à oublier pour cause d'omniprésence, l'acteur Benoît Poelvoorde s'associe au cinéaste Benoît Mariage (Les Convoyeurs attendent) dans Cow-boy, une satire grinçante sur notre obsession de la célébrité. La dernière victime est un journaliste couvrant la sécurité routière qui est déterminé à faire parler de lui grâce à un film-choc signé de sa main. Comme tant d'autres avant lui, il va découvrir les splendeurs et les misères du cinéma.

Et si on commençait par le début? Le film d'ouverture de cet événement ne risque pas de plaire à ceux que de récents scandales financiers ont jetés à la rue ou qui se méfient des magouilles des grandes compagnies. Happy Together, de Geoffrey Enthoven, dissèque tout cela avec une certaine froideur, mais pour mieux révéler l'ampleur du désastre sur les plus faibles. Comme quoi le Québec a bien des points communs avec la Belgique...


Collaborateur du Devoir


- Pour connaître l'ensemble de la programmation: www.cinematheque.qc.ca.