Paris - Sitôt remis, sitôt contesté

Photo d’une statuette représentant Jules Raimu prise le 18 décembre 2006 à l’Espace Cardin à Paris, lors de la première cérémonie des prix Raimu de la comédie du théâtre et du cinéma français.
Photo: Agence France-Presse (photo) Photo d’une statuette représentant Jules Raimu prise le 18 décembre 2006 à l’Espace Cardin à Paris, lors de la première cérémonie des prix Raimu de la comédie du théâtre et du cinéma français.

À qui appartient l'adaptation théâtrale du film Le Déclin de l'empire américain en France? À son idéateur, Denys Arcand, ou à son adaptateur et metteur en scène, Claude-Michel Rome? Le jury des nouveaux prix Raimu a tranché en faveur du cinéaste québécois en lui remettant lundi le prix Raimu 2006 de l'auteur de théâtre. La nouvelle a fait bondir le metteur en scène et adaptateur français, qui est monté au front hier pour contester ce choix.

Dans un communiqué publié hier, Claude-Michel Rome revendique carrément la paternité de l'adaptation théâtrale. «Si Denys Arcand a écrit et réalisé ce film-culte, la pièce est bien de Claude-Michel Rome», indique l'agent artistique du metteur en scène, qui s'est dit «très surpris» par la décision prise par le jury.

Interrogée par l'AFP, Patricia Lasou, l'un des deux créateurs de ces nouvelles récompenses, a défendu le choix du jury en disant que l'attribution du trophée à Denys Arcand «se justifie pleinement». Selon elle, le cinéaste québécois reste celui qui a donné toute son âme à la pièce. «Claude-Michel Rome n'est que l'adaptateur», a estimé Mme Lasou.

À Montréal, Denys Arcand allait de surprise en surprise hier. Non seulement ignorait-il qu'il avait reçu un prix Raimu, mais il ne savait rien de la controverse soulevée par le metteur en scène Claude-Michel Rome. «On n'était même pas au courant qu'il avait reçu un prix, on l'a appris dans les journaux ce matin», a expliqué sa conjointe, la productrice Denise Robert.

La situation est d'autant plus inconfortable pour le cinéaste qu'il n'a pas lu l'adaptation qu'en a faite Claude-Michel Rome. «On n'a pas vu la pièce. Denys ne pourrait même pas savoir si ce sont ses dialogues ou non qui ont été repris», explique Denise Robert. Impossible donc pour lui de se prononcer sur la valeur de l'adaptation, encore moins sur sa paternité.

«Quand tu adaptes du Michel Tremblay, ça reste du Michel Tremblay. Tu montes une pièce de Shakespeare, tu l'adaptes, ça reste du Shakespeare ou ça devient du Normand Chaurette? C'est une bonne question, mais on n'a pas la réponse», poursuit Mme Robert.

À l'affiche depuis la mi-juillet à Paris sur la scène du petit théâtre Daunou, Le Déclin de l'empire américain a reçu un bon accueil en France, où il devrait tenir l'affiche jusqu'en février prochain. Dans un papier publié le mois dernier, le correspondant de la Presse canadienne à Paris, Michel Dolbec, avait comparé l'adaptation de Claude-Michel Rome à un «boulevard intello». «Le scénario d'Arcand, avec ses répliques-cultes et crues, n'a rien perdu de son efficacité», avait-il noté.

Dans Le Figaro, le critique Jean-Luc Jeener avait qualifié le spectacle de «réussi», sans négliger de lever son chapeau à Denys Arcand. «À condition de ne pas être allergique au style café-théâtre, on passera un bon moment. C'est dû, évidemment, d'abord, aux dialogues percutants du sieur Arcand mais aussi aux comédiens pleins de verve.»

Tout ce bruit ne peut que donner un nouvel élan à la carrière française du Déclin, mais aussi à sa suite, Les Invasions barbares, qui intéresse aussi le beau milieu. «Je sais qu'il y a du monde en France qui aimerait adapter Les Invasions barbares pour le théâtre», confirme Mme Robert.

Décernés pour la première fois cette année, les prix Raimu de la comédie du théâtre et du cinéma ont été nommés ainsi en l'honneur de l'acteur Jules Raimu (1883-1946), célèbre complice de Fernandel. Treize films et pièces comiques, ainsi que leurs comédiens, ont été récompensés lors de la première cérémonie, qui a été tenue lundi soir à l'espace Cardin, à Paris.

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1 commentaire
  • Jean-Michel Laprise - Inscrit 20 décembre 2006 12 h 06

    Pauvre M. Rome...

    Ce qui est certain, c'est qu'il ne leur serait pas venu en tête de donner le prix à Shakespeare ou à Molière, si l'un des deux avait été "l'auteur" de la pièce en question. C'est sans doute parce que Arcand est encore vivant que le dilemme est apparu comme tel.

    Pourtant, l'adaptation est un art en soi, et il est absurde de considérer Arcand comme l'auteur d'une pièce dont il n'avait pas même entendu parler. Je suis certain qu'il aurait retiré le même plaisir et la même gloire si le prix avait été remis à M. Rome, ce qui aurait reconnu à sa juste valeur le travail des deux hommes.

    L'autre solution aurait été de faire comme aux Oscars, et remettre des prix distincts pour la meilleure adaptation et le meilleur texte original.