Une application pour voir la collection permanente du MBAM autrement

Martine Letarte
Collaboration spéciale
L’œuvre Didon d’Andrea Mantegna, vue à travers l’application Écho
Photo: Jean-François Brière/MBAM L’œuvre Didon d’Andrea Mantegna, vue à travers l’application Écho

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

Des artistes, des athlètes, des journalistes et des professionnels du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) ont choisi chacun une œuvre de la collection permanente et racontent pourquoi en format vidéo ou audio. Le tout sur l’application Écho directement sur votre téléphone intelligent grâce à l’exploitation de la technologie de reconnaissance d’image que vous pouvez utiliser lors de vos visites au MBAM.

C’est au quatrième étage du MBAM, où aucune des autres personnalités n’avait osé s’aventurer, que Stéphane Aquin, le directeur général, a choisi l’œuvre qu’il présente dans Écho. Il s’agit de la peinture Didon d’Andrea Mantegna créée vers 1500, à la fin de la vie de l’artiste.

« C’est une petite œuvre, mais vraiment l’un des trésors du musée d’un des plus grands artistes de la Renaissance italienne », affirme M. Aquin, joint à New York, « le centre mondial de l’art ».

Il souligne d’ailleurs que le MBAM est le seul musée canadien à avoir une œuvre de Mantegna et l’un des très rares en Amérique du Nord. « C’est aussi une œuvre qui raconte l’histoire de Didon, qui était la reine de Carthage, et d’Énée, qui a fui Troie, explique-t-il. Il tombe amoureux de Didon, mais il doit aller fonder Rome, alors il quitte Didon qui, misérable comme les pierres, se suicide. L’œuvre montre Didon avec un glaive et avec le vase que lui a donné Énée en arrivant à Carthage, puis à ses côtés, le bûcher sur lequel elle va s’immoler. C’est une œuvre très belle, avec de fausses textures. »

L’application, codéveloppée par le MBAM et l’entreprise montréalaise La Maison Jaune Laboratoire d’innovation, permet aussi de découvrir les coups de cœur de Marie-Philip Poulin, hockeyeuse multiple médaillée olympique (elle a notamment remporté l’or à Pékin), Joséphine Bacon, poétesse innue, Matthieu Dugal, animateur et journaliste, Denis Gagnon, designer de mode et Annabel Soutar, dramaturge.

« Avant, nous avions l’audioguide, soit un texte souvent écrit par un conservateur du musée lu par quelqu’un qui a une voix radiophonique, explique M. Aquin. Avec l’application Écho, nous voulions adopter un autre ton. Il y a toutes sortes de façons de parler d’art et des œuvres. Les progrès technologiques nous permettent de développer des outils de médiation plus inclusifs et plus flexibles. »

Sortie l’automne dernier, l’application Écho voit son contenu régulièrement enrichi. « Par exemple, nous en avons ajouté pour le pavillon Bourgie, puis il y en aura pour le pavillon Stewart, puis nous en créerons pour la collection de netsukes japonais, ces petites statuettes en ivoire, affirme M. Aquin. C’est facile pour nous d’ajouter du contenu et les nouveautés ne font pas disparaître le reste. L’application pourra vraiment être riche après plusieurs années. »

Dernière chance pour Écologies : ode à notre planète

Jusqu’au 3 avril, on peut visiter au MBAM l’exposition Écologies : ode à notre planète. Les œuvres, issues majoritairement de la collection permanente du MBAM, témoignent de la relation entre l’humain et la nature. Si le mot écologie évoque des écosystèmes peuplés d’une abondante variété d’espèces qui cohabitent dans des habitats diversifiés, il fait aussi inévitablement référence à la crise environnementale. Une crise qui touche en premier les peuples qui vivent en étroite relation avec la nature, comme les Autochtones.

On trouve dans cette exposition près de 90 œuvres en rotation : dessins, installations, peintures, photographies et sculptures réalisés par des artistes comme BGL, un collectif d’artistes de Québec. On y découvre leur installation Arctic Power au cœur de laquelle une motoneige est suspendue à la manière d’une carcasse gelée et rappelant comment cette machine est venue transformer les modes de transport dans le Grand Nord et causer des dommages écologiques.

On y retrouve aussi l’artiste Edward Burtynsky, de l’Ontario, avec son œuvre Déversement de pétrole no 1, REM Forza, golfe du Mexique, 11 mai 2010.

Adrian Stimson, membre de la nation Siksika en Alberta, est aussi à l’honneur dans cette exposition avec Irrémédiablement perdus, une œuvre réalisée en 2010 qui présente un bison naturalisé et des peaux de cet animal qu’il utilise comme symbole de la destruction du mode de vie autochtone.

On voit aussi dans Écologies : ode à notre planète la verdure de Lorraine Gilbert avec Plaines LeBreton, Ottawa et Couverture de la forêt boréale, La Macaza (Québec) de la série « Il était une forêt ». Comme quoi il y a aussi un peu de vie, dans cette exposition. Et on en a bien besoin.

À voir en vidéo