Quand les peuples autochtones prennent la parole au Musée McCord

Nathalie Schneider
Collaboration spéciale
À travers des séquences vidéo et des documents d’époque, l'exposition raconte l’impact dramatique de la colonisation, le racisme systémique manifesté à l’égard des Autochtones et la mise à mort d’un mode de vie millénaire.
Photo: Roger Aziz/McCord À travers des séquences vidéo et des documents d’époque, l'exposition raconte l’impact dramatique de la colonisation, le racisme systémique manifesté à l’égard des Autochtones et la mise à mort d’un mode de vie millénaire.

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

Voix autochtones d’aujourd’hui. Savoir, trauma, résilience : la nouvelle exposition permanente du Musée McCord est un cri du cœur des Premières Nations, dont on ne sort pas totalement indemne.

Bienvenue sur mon territoire, semblent nous dire, dès l’entrée, ces voix qui filtrent d’un tewegan au centre d’une forêt réinventée. Cette exposition n’est pas une autre collection d’objets d’art, c’est un voyage à travers la culture, les blessures et la force des Premières Nations du Québec. C’est surtout le résultat d’un long travail consultatif mené par la Huronne-Wendate Elisabeth Kaine, professeure en design à l’Université du Québec à Chicoutimi et spécialiste de l’autoreprésentation des Autochtones.

Les témoignages recueillis auprès de 800 membres des 11 nations du Québec entre 2010 et 2018 ont permis d’identifier des objets et des documents qui portent ce message. « C’est la démarche sur laquelle se fonde cette exposition qui est le plus important », affirme Jonathan Lainey, conservateur Cultures autochtones du Musée et membre de la nation huronne-wendate.

Un savoir millénaire

 

La plupart des objets présentés dans la première salle consacrée au savoir — Nous d’il y a très longtemps — sont anciens, mais ils sont surtout « contextualisés et réinterprétés par les voix autochtones d’aujourd’hui ». Et on voyage beaucoup à travers cette centaine d’objets sacrés ou utilitaires, canot d’écorce, raquettes atikamekw, kayak inuit, sélectionnés par l’Innu Jean St-Onge, de la Maison de transmission de la culture innue Shaputuan, à Uashat.

Ils nous racontent l’incroyable habileté technique des Autochtones imposée par leur mode de vie nomade et leur adaptation à un environnement parfois extrême. Comme ces bottes isolantes en peau de phoque ou encore cet incroyable coupe-vent en intestins d’animal qui ressemble à s’y méprendre aux vêtements techniques modernes.

« Derrière ces objets se dessine une approche contraire à notre civilisation, explique Jonathan Lainey. Quand le modèle répondait parfaitement aux besoins, on le conservait toute sa vie durant. » On savait prélever dans la nature avant épuisement des stocks.

Renaître de ses souffrances

 

Changement d’ambiance dans la salle Notre univers éclaté, tout en rouge et noir, qui fait écho à la violence coloniale : Loi sur les Indiens, femmes autochtones disparues, drames des pensionnats, enlèvement d’enfants, pratiques culturelles bannies, abattage des chiens dans les communautés inuites.

À travers des séquences vidéo et des documents d’époque, cette section raconte l’impact dramatique de la colonisation sur la vie personnelle, le racisme systémique manifesté à l’égard des Autochtones et la mise à mort d’un mode de vie millénaire. « Cette souffrance a besoin d’être entendue pour mener à la réconciliation et à la guérison », dit Jonathan Lainey.

La dernière zone de l’expo, Prendre la place qui nous revient, est un message d’espoir et un regard porté loin vers l’avenir. « Les Autochtones ne sont pas seulement les victimes de l’histoire », dit le conservateur Cultures autochtones du Musée. Ni de l’histoire ni des drames passés. La culture autochtone d’aujourd’hui est aussi ancrée dans la modernité. La preuve, cette Parure de traite, revisitée par l’artiste huron-wendat contemporain, Ludovic Boney, composée de sangles et de retailles recyclées. Une œuvre qui puise dans la tradition les outils pour rebâtir une identité forte et résiliente.

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