Sur le radar: Trois questions à Jean Gagnon

L’auteur nous parle de «Vidéocaméléon», qui retrace les premières années de l’art vidéo au Québec.
Photo: Somme toute L’auteur nous parle de «Vidéocaméléon», qui retrace les premières années de l’art vidéo au Québec.

Vidéocaméléon retrace les premières années de l’art vidéo au Québec (1972-1992). L’auteur base sa recherche sur le fonds PRIM déposé à la Cinémathèque québécoise, qui met en ligne, pour l’occasion, plusieurs des œuvres citées.

Pourquoi avoir fait ce livre ?

Pour écrire une histoire, pour tenir la chronique de l’art vidéo, comme on disait dans les années 1970 et 1980. Mon objet n’est pas la vidéo comme technologie, mais comme un ensemble de pratiques avec une technologie qui fut un temps un nouveau média. Je fais ressortir la programmation de Véhicule art (années 1970) et de PRIM (années 1980) montrant un milieu énergique, voire volontariste, et avant-gardiste.

Le sort de la vidéo tient à la difficulté des uns et des autres à prédire son avenir. À une époque, certains qualifient même la vidéo de maladie. Sa principale caractéristique serait-elle sa capacité à se camoufler, d’où ce Vidéocaméléon ?

René Payant disait en 1986 : « Il y a la rumeur des vidéophobes. Mais il y a surtout la montée insistante de la vidéo-manie. » Le terme « vidéocaméléon » avait été proposé par le vidéaste et cinéaste Luc Bourdon pour faire passer les œuvres vidéo pour du cinéma, à défaut de les voir diffusées à la télé. Drôle d’idée. Je reprends le terme parce […] qu’il s’agissait de la confluence de la technologie avec des courants artistiques, des mouvements sociaux et politiques. La vidéo s’amalgamait à la performance et à la danse, à la musique et à la poésie, documentaire ou fiction, télévision ou cinéma. Elle frayait aussi avec l’informatique et les idées de la cybernétique. « Vidéocaméléon » me permet de qualifier le destin de la vidéo, car à partir des années 1990, elle s’effacera en devenant omniprésente dans l’environnement médiatique.

Si sa valeur artistique n’est plus contestée, la vidéo demeure-t-elle actuelle ?

Si nous regardons attentivement les œuvres d’il y a 40 ou 50 ans, si nous parcourons cette histoire, nous y verrons de nombreux traits qui, encore aujourd’hui, définissent en partie le rôle de la vidéo dans l’univers des réseaux et bientôt des métavers. Ça promet ! Souvenons-nous de ce qu’affirmait la critique américaine Rosalind Krauss en 1976 : que la vidéo produit une esthétique du narcissisme ! On peut dire que cette dimension ne se dément pas.

Vidéocaméléon Chroniques de l’art vidéo au Québec, de Vidéo Véhicule à PRIM vidéo, 1972-1992

Jean Gagnon, Somme toute, Montréal, 2021, 240 pages

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