À la rencontre des voix autochtones au Musée McCord

Caroline Rodgers
Collaboration spéciale
La première salle de l'exposition fait découvrir les savoirs autochtones et l’ingéniosité de certains objets traditionnels (dont ces raquettes algonquiennes).
Photo: Musée McCord La première salle de l'exposition fait découvrir les savoirs autochtones et l’ingéniosité de certains objets traditionnels (dont ces raquettes algonquiennes).

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

Deux choses frappent d’emblée quand on visite Voix autochtones d’aujourd’hui : savoir, trauma, résilience, la nouvelle exposition permanente du Musée McCord. La première, c’est cette impression de pénétrer dans une forêt, et la deuxième, c’est la rencontre de personnes qui ont des choses importantes à nous dire.

L’exposition, bâtie à partir des trois thèmes déclinés dans son titre, soit le savoir, le trauma et la résilience, a véritablement été pensée comme une rencontre par sa commissaire, Elisabeth Kaine, chercheuse huronne-wendate. Pour concevoir cette création et le parcours du visiteur à travers celle-ci, elle est partie des suggestions des Autochtones eux-mêmes, en allant recueillir leurs témoignages.

« Ce que voulait vraiment faire Elisabeth Kaine, c’est de favoriser la rencontre, explique Jonathan Lainey, commissaire aux affaires autochtones du musée. Elle a demandé aux gens des différentes nations autochtones comment ils voulaient être présentés, ce qu’ils voulaient que le public sache. On a accumulé des centaines de témoignages audio et vidéo. »

« Elizabeth a élaboré le scénario de l’exposition en partant du principe que pour mieux se réconcilier, il faut faire un effort, se déplacer, aller vers l’autre pour le rencontrer et mieux le connaître. On découvre des gens qui nous parlent de leur histoire, de leur vie, de leurs rêves. Ce sont leurs mots. L’audiovisuel est un moyen important à cet égard, car en voyant les gens s’exprimer, le message est renforcé par le non-verbal, la langue, l’accent, tous ces moyens que l’écrit ne pourrait pas transmettre. »

Le scénario et les émotions

 

C’est également à partir de ces témoignages que le scénario de l’exposition a été mis au point, et ses trois étapes sont conçues de manière à susciter une réflexion, mais aussi des émotions chez le visiteur. On entre dans une forêt verte et lumineuse pour découvrir les savoirs autochtones à travers des objets étonnants, pour ensuite arriver dans une salle sombre qui représente le trauma.

Le contraste est frappant, car après s’être émerveillé devant les objets, on comprend mieux, dans la deuxième salle, l’ampleur de la dévastation subie. Au fond de cette deuxième salle, une grande photo de la forêt détruite par le feu symbolise cette destruction des cultures et des savoirs traditionnels entraînée par la colonisation.

La première salle nous fait découvrir les savoirs autochtones par les thématiques du déplacement, de la place de l’animal dans le mode de vie et la conception du monde et de la place centrale de l’enfant dans les sociétés autochtones ainsi que le design et l’ingéniosité de ces objets traditionnels; la deuxième section, elle, explique comment la colonisation et ses différentes politiques ont brisé cet équilibre.

« En appréciant la première section, on réalise mieux le drame dans la deuxième, dit Jonathan Lainey. Ce contraste est amplifié visuellement dans la scénographie. On a joué avec ces images pour créer le sentiment désiré de cassure, de dépossession. On est dans le ressenti, et non dans le rationnel. Cela vient clairement d’une demande des Autochtones, qui ont dit à Elisabeth Kaine qu’ils ne voulaient pas être analysés par des chercheurs qui leur disent qui ils sont, mais plutôt l’exprimer eux-mêmes. »

L’effet est réussi. On passe ensuite à la troisième étape, qui représente la résilience et qui clôt la visite sur une note d’espoir.

« On ne voulait pas terminer l’exposition sur une note négative, car la deuxième section est dure, on parle de choses extrêmement difficiles, dit Jonathan Lainey. On ne voulait pas dépeindre les Autochtones comme des victimes de l’histoire, alors on termine en se tournant vers l’avenir.

On présente des projets de revitalisation, de reconstruction, de réaffirmation, et de collaboration. Des collaborations entre Autochtones et non-Autochtones, il y en a, et c’est positif. On réussit à s’apprécier pour ce que l’on est et à se respecter. On peut faire de belles choses ensemble, dans différents domaines. Cette section montre donc une quinzaine de projets de cet ordre. »

Pour Jonathan Lainey, des expositions comme celle-ci peuvent contribuer à changer les perceptions.

« Il faut être lucide et pas trop utopique, mais dans une exposition de musée où les gens veulent apprendre et vivre une expérience, cette contribution permet des changements. Des gens ressortent émus. On réussit à apporter une meilleure compréhension des cultures autochtones, et ce sont les Autochtones qui s’expriment. Tout est écrit au “nous”. Ce n’est pas le savoir autoritaire d’une institution qui s’adresse au public, il n’est pas de source universitaire et scientifique. Ce sont les utilisateurs du territoire et de ces objets qui nous parlent. »

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