Sur le radar: Trois questions à Joana Joachim, derrière «Blackity»

La commissaire présente «Blackity», une exposition qui dresse un riche parcours de l’art contemporain noir au Canada.
Photo: Paul Litherland La commissaire présente «Blackity», une exposition qui dresse un riche parcours de l’art contemporain noir au Canada.

Voilà un événement rare. Est-ce la première fois qu’une expo se penche aussi exhaustivement sur ce sujet ?

Plusieurs expositions en ont parlé, dont Black Wimmin : When and Where We Enter (1989), The Creation… of the African-Canadian Odyssey (1992), Tribute : The Art of African Canadians (2005) et bien sûr Here We Are Here : Black Canadian Contemporary Art (2018). Blackity est un espace dans lequel ces moments historiques peuvent exister ensemble pour révéler qu’il y a depuis longtemps des gens qui mettent en valeur la riche histoire culturelle des artistes noirs d’ici.

Pourquoi nos musées ne se sont-ils pas plus intéressés à cette histoire ?

C’est une grande question ! Les dirigeants des musées sont les seuls à pouvoir y répondre. De mon point de vue, il y a plusieurs facteurs à prendre en compte : le manque d’éducation par rapport à l’histoire des Noirs au Canada, la compréhension des formes que peut prendre le racisme anti-Noir dans les contextes institutionnels tels que les musées… Il y a aussi le manque de prise de responsabilité à l’échelle institutionnelle — c’est-à-dire un effort pour revoir et changer de façon permanente la composition des conseils d’administration et de direction, les politiques d’acquisitions et d’expositions, ainsi que les comportements des employé.es des musées envers les communautés PANDC [personnes autochtones, noires et de couleur]. Historiquement, les changements sont venus au compte-gouttes et sont encore trop souvent superficiels. Je ne peux qu’espérer que la récente vague d’efforts sera plus durable.

Quels sont les défis rencontrés quand on veut rendre visible un art souvent poussé vers la marge ?

Un des plus grands défis auquel je fais face, c’est de trouver de la documentation. Mis à part l’esclavage au Canada, où elle abonde, plus on remonte dans le temps, moins de traces sont visibles. Ce n’est que récemment que nos institutions ont commencé à essayer de rattraper le travail de conservation des histoires des Noirs au pays. 

Blackity

Au Centre Artexte, jusqu’au 26 mars

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