«L’infini» met l’espace en espace

Vue de l’expérience «L’infini»
Photo: Centre Phi Vue de l’expérience «L’infini»

En janvier 2019, alors que l’astronaute David Saint-Jacques se trouvait dans la Station spatiale internationale (SSI, ou ISS, selon l’acronyme anglais), une compagnie de production québécoise en divertissement immersif s’est invitée à bord — par le biais de caméras 3D munies d’une vision sur 360 degrés. De ce coup d’audace des Studios Felix & Paul, autorisé certes par la NASA, émane L’infini, une expérience multisensorielle et interactive en réalité virtuelle proposée par le Studio Phi dès la mi-juillet à l’Arsenal, là où le diffuseur présente Carne y Arena, d’Alejandro G. Iñárritu.

L’infini repose sur 250 heures d’images du quotidien des astronautes. Ce projet, pensé d’abord comme un documentaire en quatre épisodes pour plateformes virtuelles, Space Explorers : The ISS Experience, prendra une forme plus fragmentaire dans Griffintown, à coups de capsules de 40 à 120 secondes. On y verra Saint-Jacques et consorts manger, jogger, se tenir la tête en bas, discuter d’apesanteur et de la vue qu’ils ont sur la Terre.

La Station spatiale, comme si vous y étiez : c’est le propos au cœur de cette « exposition/expérience ». Sauf qu’il y a plus que la vie à l’intérieur de l’habitacle spatial. Le parcours « inspiré par les missions de la NASA » se déclinera en sept zones, certaines à découvrir avec des lunettes de réalité virtuelle, d’autres non. Aux artisans de Felix & Paul se sont ajoutés deux créateurs de renom, la femme de théâtre Marie Brassard et l’artiste japonais Ryoji Ikeda.

Portés par le souhait de rendre accessible l’espace aux communs des mortels, alors que seulement 250 humains ont visité la SSI, les studios montréalais ont développé une expertise dans le documentaire hors Terre. Félix Lajeunesse, un des fondateurs, assure que ce qui l’anime n’est pas de faire voyager à peu de frais, mais de raconter une histoire humaine.

« Dès le départ de l’aventure de Space Explorers, on savait que l’œuvre ne se rendrait pas à tous. Ce n’est pas tout le monde qui a des lunettes de réalité virtuelle à la maison, dit-il, lors d’un entretien en marge de la conférence de presse au centre Phi. On savait aussi que le format exposition permettrait une expérience que les plateformes ne permettent pas. »

La visite à l’Arsenal sera collective, insiste-t-il, tel le vivre-ensemble qu’expérimentent les astronautes. Dans la zone « L’exploration de la Station », les gens se déplaceront doublement : un pas virtuel égale un pas réel, dit pour sa part Julie Tremblay, productrice à Phi. « C’est du free-roaming, précise-t-elle. On circulera librement dans l’espace virtuel et dans l’espace physique. »

« Chacun pourra interagir avec les autres [grâce à] leurs avatars, choisir des contenus de façon intuitive, en utilisant son corps, dit Félix Lajeunesse. Cette composante d’interactivité est un gros facteur d’immersion, de présence, d’engagement en réalité virtuelle qu’on voulait avoir. Il fallait [pour ça] une exposition. »

Hommage à la curiosité

« Le récit s’inspire de la quête des astronautes. C’est un hommage à la curiosité, un parcours physique et émotionnel, presque spirituel », dit Marie Brassard. C’est elle qui signe la trame narrative de ce qu’elle qualifie de « création théâtrale ».

L’actrice et metteuse en scène a pris connaissance des paroles recueillies dans la SSI par Felix & Paul — « 600 pages de témoignages », ajoute-t-elle. Elle en a été émue, trouvant chez ces hommes et femmes de science une humanité et une humilité « extraordinaires ».

« Les astronautes parlent de la planète comme d’une petite pointe dans l’univers. L’idée des frontières prend une autre signification. Leur humanité découle de l’émerveillement à notre existence. C’est ce qu’on a voulu suggérer. »

Fragmenté en sections, comme la SSI, L’infini puise son inspiration à la fois dans le voyage spatial et dans nos connaissances sur le cosmos. La visite débutera par un « départ vers l’inconnu », selon les termes de Marie Brassard, et se conclut par « L’origine », zone qui énonce « un monde à venir ». Entre ces deux pôles, le public naviguera sous d’autres environnements, dont une représentation du vortex — ou trou de ver. « Il s’agit d’un espace théorique qu’on doit traverser pour passer d’un trou noir à un trou blanc », commente la metteuse en scène, qui a fait de la lumière un motif récurrent dans chaque segment.

Une zone sera exclusive à Ryoji Ikeda, de retour dans la sphère Phi dix ans après une exposition monographique. L’artiste basé à Paris a créé pour l’occasion une installation sonore et visuelle traitant de l’énigme de l’univers et de sa nature tant microscopique que macroscopique.

Inédit et produit « maison », L’infini est lancée dans l’orbite médiatique alors que Carne y Arena se poursuit toujours. Pendant un mois, les deux spectacles immersifs occuperont la presque totalité du rez-de-chaussée de l’Arsenal. L’infini, qui couvre une superficie de 12 500 pieds carrés, soit le double de la première, ira par la suite à Houston et dans onze autres villes nord-américaines encore à déterminer.

L’infini

Des Studios Felix & Paul et Studio Phi. À l’Arsenal, du 21 juillet au 7 novembre.



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