Vingt galeries en quatre jours

Leila Zelli, «Les paysages sacrés», à la PFOAC
Photo: Leila Zelli Leila Zelli, «Les paysages sacrés», à la PFOAC

Paris a été une des premières à en tenir, en 2014. Depuis, Berlin, Beijing, Londres, Buenos Aires, Mexico aussi ont la leur. Et d’autres villes, surtout en Europe. Quoi ça ? Une fin de semaine de festivités dans les galeries d’art. Dans quelques jours, Montréal monte dans le train, grâce à l’initiative de l’Association des galeries d’art contemporain (AGAC).

Le mouvement mondial des Gallery Weekend aura donc son antenne québécoise : Galerie Weekend Montréal, du 10 au 13 juin. « On l’a francisé, le “gallery” », signale Julie Lacroix, directrice de l’AGAC. Ces quatre jours d’expositions et d’activités spéciales se terminent sur un fait inusité : des galeries ouvertes le dimanche.

L’idée derrière l’événement est simple, résume Julie Lacroix : miser sur des circuits organisés et permettre aux gens de simplifier leur journée. « Là, c’est l’année COVID, dit-elle, mais en temps normal, on regroupe les vernissages le même jour. Pour cette première année, on crée un buzz festif post-pandémie. »

Galerie Weekend Montréal, ce sont vingt galeries, regroupées en quatre parcours, plus de cent artistes et dix-huit activités — des rencontres avec les artistes, essentiellement. Le dossier de presse de l’AGAC parle d’une occasion « d’appréhender l’art d’un autre point de vue ».

Photo: Jean-Pierre Gauthier Jean-Pierre Gauthier, «Générateur stochastique», à la galerie Ellephant

« Ce ne sont pas des expositions pour vendre des œuvres, mais pour vivre une expérience », soutient Christine Redfern. Dans le cas de son enseigne, la galerie Ellephant, ce sera une expérience immersive, déclinée en trois œuvres, dont une nouvelle machine sonore aux formes vintage signée Jean-Pierre Gauthier.

Éric Devlin, un des galeristes actifs ayant le plus d’ancienneté, estime qu’au sortir du confinement, l’événement sera salutaire. « On a été privés de quelque chose. Faire la tournée de galeries, ce n’est pas comme voir l’art sur l’ordinateur. »

Pour Abdelilah Chiguer, un des trois directeurs de la galerie 3, cette fin de semaine a peu à voir avec celle de la foire Papier. « On aura le temps de voir les œuvres, on pourra bénéficier du galeriste qui joue les intermédiaires. La foire, c’est un autre charme. »

Viser local

Depuis deux ans, l’AGAC avait en tête un événement sur le « modèle collaboratif » des Gallery Weekend. Le projet n’était qu’au stade d’une potentielle « carte à jouer », selon la directrice de l’organisme. La pandémie a précipité les choses.

La première Galerie Weekend a double mission : rallumer la flamme des sorties culturelles et mettre en valeur la scène locale. « On a besoin de dynamiser le secteur, après cette période morne et triste, dit Julie Lacroix. On est dans une dynamique de début d’été, de bonne énergie, on veut en profiter, attirer le public qui aime le culturel, mais qui fréquente peu les galeries. »

« Le timing est là », soutient-elle, enthousiaste, en pensant au relâchement des mesures sanitaires [Montréal passera en zone orange le 7 juin], même s’il faudra limiter le nombre de visiteurs. Il y a un plus : l’événement coïncide avec le début d’une campagne visant à stimuler l’achat d’art québécois, du type « les fromages d’ici ».

L’AGAC a obtenu pour cela de l’aide de Québec — 720 000 $, qu’elle partage avec le Conseil des métiers d’art du Québec. « Ça nous permet d’avoir un rayonnement qu’on ne peut s’offrir en temps normal. On lance un message : retrouver l’art d’ici », dit Julie Lacroix.

L’événement montréalais, qui n’a rien à voir avec ceux à Londres ou à Paris et leurs cent et quelques adresses à visiter, s’inscrit néanmoins dans un courant moins tourné vers l’étranger. Selon un article récent paru dans The Arts Newspaper, le phénomène Gallery Weekend pourrait supplanter les foires internationales, malmenées avec la pandémie de COVID-19. « Il y a plusieurs raisons pour lesquelles ces week-ends font sens. Le plus important, c’est qu’ils attirent les collectionneurs dans les galeries, ce qu’elles ont toujours souhaité. »

Même si des galeristes montréalais disent que la pandémie ne les a pas affectés — de Hugues Charbonneau, dont les artistes qu’il représente ont fait des « pas de géants », à Simon Blais, qui admet avoir eu « une année formidable » —, tous apprécient le caractère rassembleur de ce premier « Weekend ».

« On le fait pour nous, oui, pour stimuler le marché, pour rappeler que nous sommes encore ici, pour montrer nos artistes et se sentir mieux, dit Patrick Mikhail. Mais on veut apporter cette excitation et cet optimisme à toute la ville, aux gens, pour qu’eux aussi se sentent bien. »

Photo: Kittie Bruneau Kittie Bruneau, «Sur le Saint-Laurent», à la galerie Eric Devlin

Quelques exemples

Quelque part entre la Journée des musées montréalais et la foire Papier, Galeries Weekend est une fête entièrement gratuite — à un cas près (l’exposition à Ellephant). La fin de semaine sera comme aucune autre, assure-t-on, ne serait-ce que par la présence d’artistes.

Patrick Mikhail a voulu offrir davantage que des discussions libres. Il a repoussé le solo qu’il avait prévu afin d’inviter six artistes à réaliser des œuvres inédites, plus expérimentales.

Hugues Charbonneau n’a pas, lui, repoussé le projet de maîtrise de David Lafrance, tant il le trouve opportun. Les tableaux réalisés dans la proximité et le respect de la nature, là où s’est réfugié le peintre, donnent sinon l’occasion de rencontrer quelqu’un de fascinant à écouter, de l’avis du galeriste.

Des six artistes qui exposent à la galerie Simon Blais, quatre se présenteront devant les visiteurs pour parler de leurs techniques. Julie Ouellet y sera avec du matériel qu’elle utilise pour ses dessins, alors que le photographe Serge Clément expliquera comment il exploite les dérapages numériques « glitch ».

L’exposition à la galerie Pierre-François Ouellette art contemporain, qui réunit trois artistes d’origine iranienne, sera l’occasion de souligner la toute récente bourse Claudine et Stephen Bronfman obtenue par Leila Zelli.

La grande singularité de l’événement concerne cependant trois galeries pop-up. Les deux qui viennent de Québec, galerie 3 et galerie.a, s’installent au Belgo, au centre-ville. Après neuf mois sans galerie, Éric Devlin réapparaît dans un local au-dessus d’un salon funéraire bien connu du boulevard Saint-Laurent, avec une exposition saluant trois artistes récemment décédés : Francine Simonin, Louis-Pierre Bougie, Kittie Bruneau.

 

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