Trois questions à Ibghy & Lemmens

L'euvre de Richard Ibghy
et Marilou Lemmens, «1+1+1 = 1»
Photo: Ibghy & Marilou Lemmens L'euvre de Richard Ibghy et Marilou Lemmens, «1+1+1 = 1»

Une œuvre de Richard Ibghy et Marilou Lemmens vient d’être inaugurée au CHUM. Intitulée 1+1+1 = 1, elle traite des trois hôpitaux qui en constituent sa base.

 
 

Votre œuvre montre-t-elle comment le système hospitalier est avant tout un réseau de liens humains ?

L’œuvre aborde des événements et des sujets aussi disparates que le flux de soldats blessés revenant de la guerre en Ohio en 1755, la somme des lits consacrés aux « maladies des femmes » à la fin du XIXe siècle ou la quantité de linge lavé toutes les dix minutes dans les années 1980. En prêtant attention aux gestes de soin et d’amour, mais aussi aux transformations des pratiques et aux technologies médicales, nous voulions renouveler notre regard sur les institutions hospitalières et leur rapport à la société, tout en développant une manière différente de représenter l’histoire.

Pourquoi ces couleurs vives dignes du pop-art et ces totems à la Brancusi ?

La couleur fait du bien à l’âme, et peut-être aussi à la ville. Brancusi a développé un travail du motif abstrait qui peut être répété à l’infini. Cette modularité se retrouve plus tard dans l’art minimal et conceptuel. Pour notre part, c’est la possibilité de donner une expression concrète à quelque chose d’abstrait qui nous intéresse. Il s’agit d’utiliser l’abstraction comme forme de représentation de l’histoire. Chacune des quinze sculptures qui composent l’œuvre représente un moment dans la vie d’un hôpital sous la forme de données. Un motif sculptural unique a été créé pour faire référence à chacun de ces éléments (une paire de lunettes, un kilo de linge, un paramètre sanguin, etc.), et c’est la combinaison de ce motif et d’un nombre qui dicte la forme de la sculpture.

Votre art nous dit que notre société produit des données, mais que celles-ci engendrent des rapports au monde et même des formes ?

Notre rapport au monde se construit à travers les formes de production du savoir que nous considérons comme valides. Le fait de créer un portrait historique basé sur les données reflète la place que ce mode de connaissance occupe à notre époque.

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