Arts visuels: chanterons-nous avec les machines?

Kelly Jazvac, «Browsing», 2017-2020. Une oeuvre tirée de l’exposition «La machine qui enseignait des airs aux oiseaux», au MAC.
Photo: Guy L’Heureux Kelly Jazvac, «Browsing», 2017-2020. Une oeuvre tirée de l’exposition «La machine qui enseignait des airs aux oiseaux», au MAC.

Musées, galeries et centres d’artistes sont en ébullition dans l’attente du grand déconfinement qui nous viendra, tôt ou tard. Quand les portes ouvriront, il y aura une multitude d’expositions à expérimenter. D’ici là, les options ne manquent pas. Voici la liste de nos envies futures et présentes, en présence comme en numérique.

Cinq expos qu’on attend avec impatience

La machine qui enseignait des airs aux oiseaux. Pour une exposition qui mise sur la présence (d’objets, de sons, de… visiteurs) et sur la matérialité des œuvres, la fermeture des musées fait mal. Menée par le conservateur Mark Lanctôt, la visite virtuelle, et partielle, fait saliver. Trente artistes de la scène locale ont été réunis autour des thèmes de la mécanisation des techniques, du langage corporel et de la transmission des savoirs. Expo déjà en place, pas encore inaugurée. Au Musée d’art contemporain de Montréal.

Riopelle, à la rencontre des territoires nordiques et des cultures autochtonesAutre expo mise en place à la fin de 2020, toujours en attente des premiers visiteurs. Cet inusité projet autour de Riopelle comprend, outre certaines parmi ses plus grandes peintures, des œuvres d’artistes autochtones, ainsi qu’une précieuse documentation scientifique. L’expo est aussi offerte en ligne, faute de mieux pour le moment. Au Musée des beaux-arts de Montréal.

UNION. Le charbon, à la fois matière et outil, et le noir sont les traits caractéristiques chez Lee Bae, peintre et sculpteur sud-coréen basé à Paris. Après la pause sanitaire, la fondation du Vieux-Montréal rouvrira ses portes avec le premier solo en terres canadiennes de celui qui, une fois exilé, a fait du charbon de bois « une extension physique, mentale et spirituelle de la mémoire ». Ouverture prévue en février. À la Fondation Phi pour l’art contemporain.

Photo: Courtoisie de l'artiste et Perrotin Galerie d'art Lee Bae, «Issu du feu ch-66» (détail), 2003, à la Fondation Phi.

Terra Nova. Pour souligner son quart de siècle (oui, 25 ans !), la galerie privée située en bordure de la Plaza Saint-Hubert ne fera pas dans la rétrospective, si on se fie au sous-titre de cette expo regroupant plus de trente artistes. Portée par un « regard sur le présent et le futur », elle veut appeler à des changements immédiats pour bâtir un monde meilleur. Optimistes, les directeurs ont déjà fixé les dates : du 9 février au 24 avril. À la galerie Art mûr.

Julie OuelletEn vingt ans de pratique du dessin (et de la peinture), Julie Ouellet a eu son lot d’expositions individuelles, mais celle annoncée par le centre d’art de la rue Notre-Dame Ouest sera sans doute sa plus importante. On y proposera un parcours rétrospectif porté par la répétition du tracé et scindé en trois thèmes, le corps, le nœud et la forêt. Date d’ouverture prévue : 18 mars. Au 1700 La Poste.

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Cinq propositions pour déjouer l’attente

Sak vid pakanpe ! Depuis septembre, la Galerie de l’UQAM diffuse QUADrature, programme Web inspiré d’une pièce… pour la télévision :QUAD (1980) de Beckett. Conçue par le Musée d’art actuel/Département des invisibles, la troisième expo, intitulée d’après un proverbe créole (le sac vide ne tient pas debout !), réunit les artistes Francisco Gonzalez-Rosas, Marie La Vierge, Yonel Charles, Anahita Norouzi et Eliza Olkinitskaya autour de l’idée que le corps est véhicule politique et vecteur de changements sociaux. En cours. À la Galerie de l’UQAM.

Photo: Anahita Norouzi Anahita Norouzi, «It Looks Nice from a Distance», 2020, à la Galerie de l’UQAM.

Jeu. La biennale de Québec n’aura pas lieu comme prévu cet hiver. Reportée à 2022, elle a été remplacée par une (seule) exposition, mais ambulante. Bonne nouvelle : portées par les thèmes du plaisir ou du délire, les images de Jacynthe Carrier seront visibles de la rue. Jusqu’au 30 avril, trois lieux se partagent tour à tour l’exposition, en place déjà à Expo-Cité, dans Limoilou. Dans le cadre de la Manif d’art.

Photo: Manif d'art «Jeu», Jacynthe Carrier, 2018-2019. Du 15 janvier au 31 avril, Manif d’art présentera, en collaboration avec la Ville de Québec, l’exposition ambulante de l’artiste.

Art souterrainZone rouge ou pas, l’événement envahira pour le treizième hiver les espaces publics et intérieurs du centre-ville de Montréal. Les œuvres seront accessibles « dans des espaces sécuritaires », promet-on. Choix audacieux, ou prise de risque supplémentaire, l’art vivant sera plus présent que jamais : aux artistes de la performance s’ajoute un programme danse. Des « rendez-vous », transmis en direct depuis le Palais des congrès sur les plateformes numériques, sont à surveiller. Dès le 20 février.

L’atelier ouvert. Non seulement l’atelier est-il ouvert, mais le public est invité à participer aux échanges (d’idées, de confidences, de regards) entre deux artistes, Raphaëlle de Groot et Jennifer Alleyn. Bien sûr, cela se passe par le biais des écrans. Étalée sur une semaine, cette « fouille biographique » vise à « dégager une matière à partager » et se décline en plusieurs activités, dont des vidéoconférences. Inscriptions àatelierouvert@daredare.org. Premier rendez-vous : le 29 janvier. Au centre Dare-Dare.

Termes. La galerie universitaire de Concordia n’a pas chômé depuis l’éclosion de la pandémie. Son offre en ligne, riche, concerne autant des expos inaccessibles dans ses espaces réels que des projets autonomes. La série Termes scrute ainsi les multiples sens d’un mot socialement connoté. En février, on y abordera la notion de vulnérabilité technologique avec, notamment, des vidéos d’Elizabeth Vander Zaag et des expérimentations numériques d’Anne-Marie Trépanier. À la galerie Leonard et Bina Ellen.

 

Du côté des centres d’artistes

Partagés entre optimisme (réouverture prochaine) et pessimisme (rien avant mai), les centres d’artistes offrent de tout. Optica propose un entretien vidéo et un mini-catalogue pour remplacer l’exposition actuellement suspendue de Sandra Brewster sur la réalité paradoxale d’une personne noire, soit le fait d’être à la fois très visible et invisible. Fin janvier, Dazibao passe à la diffusion en ligne de vidéos, dont une de Duke Battersby qui raconte la vie d’un personnage jusqu’à sa mort en… 2040. Articule inaugurait le 22 janvier, virtuellement et en vitrine, rue Fairmount, l’exposition d’un collectif dénonçant les développements urbains à Calgary. À Gatineau, AXENÉO7 espère présenter une installation de grands dessins par laquelle Andréanne Godin simule une marche nocturne en forêt. L’expo, organisée par la collègue Marie-Ève Charron, débutera le 10 mars. Si tout va bien.