La ministre Nathalie Roy va revoir la Loi sur le MBAM

Le Musée des beaux-arts de Montréal
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le Musée des beaux-arts de Montréal

Le rapport de l’expert mandaté par Québec pour étudier la situation au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) confirme « l’existence d’un problème avéré » de relations de travail au Musée, a conclu la ministre Nathalie Roy. Celle-ci promet de revoir la Loi sur le MBAM pour dépoussiérer toute la structure de gouvernance de l’institution.

« Il ressort très clairement du rapport qu’il y a un problème de gouvernance au Musée et qu’on n’a pas les meilleures pratiques possibles », a-t-elle indiqué en entretien au Devoir jeudi. « En tant que ministre responsable — on donne 16 millions par année —, il est impératif de faire des correctifs. »

« La Loi sur le MBAM date de 1972 », dit-elle. « Je ne veux pas en faire un musée d’État, mais je veux pouvoir m’assurer d’une reddition de comptes. »

Dans son rapport (souvent caviardé), Daniel Beaupré tranche une question fondamentale dans le débat entourant le congédiement de la directrice générale, Nathalie Bondil : « Les faits recueillis dans le cadre de notre mandat permettent de dire que le conseil d’administration a agi de bonne foi, en faisant primer l’intérêt du MBAM et l’obligation de se conformer à ses obligations envers les employés », écrit le professeur à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM.

Le mandat octroyé par Québec dans la foulée de la crise déclenchée par le renvoi de Mme Bondil a permis à Daniel Beaupré de consulter le fameux rapport interne sur le climat de travail qu’avait réalisé au début 2020 la firme Cabinet RH, à la demande du conseil d’administration. Ce document confidentiel a souvent été évoqué par le président démissionnaire du conseil, Michel de la Chenelière, pour expliquer les fondements du congédiement de la flamboyante conservatrice.

M. Beaupré indique que la firme indépendante a suivi une « méthodologie rigoureuse et conforme aux bonnes pratiques », et que ses conclusions étaient basées sur des « perceptions des employés, mais aussi des éléments factuels ».

« Les résultats de ce diagnostic sont considérés comme valides et crédibles », estime-t-il. Et ce diagnostic montrait que « le problème du climat de travail au MBAM » était « significatif ». Nathalie Bondil a souvent dit de son côté que le rapport ne faisait pas état d’un climat de travail « toxique ».

Daniel Beaupré note tout de même qu’il « ne s’est passé que cinq mois » entre le dépôt du rapport et le renvoi de Nathalie Bondil — qui vient de déposer une poursuite de 2 millions contre le conseil d’administration du Musée. « C’est relativement court pour améliorer les processus internes », remarque-t-il.

Gouvernance

Daniel Beaupré met surtout l’accent sur la nécessaire réforme de la gouvernance du MBAM. Il recommande notamment de moderniser la Loi sur le MBAM, mais aussi le Règlement sur l’administration générale et l’organigramme du Musée.

M. Beaupré relève que la crise actuelle a mis en lumière des « incohérences, des incompréhensions et des imprécisions quant aux éléments de loi et de réglementation ». Il parle de « quiproquos considérables » quant au rôle et aux responsabilités des uns et des autres (ce que le processus d’embauche de Mary-Dailey Desmarais comme directrice de la conservation a bien illustré, dit-il).

Il souligne aussi la nécessité d’améliorer les pratiques de gestion des ressources humaines de l’institution. Le département mis sur pied par Nathalie Bondil « ne semble pas avoir les conditions de succès nécessaires pour bien remplir son rôle », écrit-il.

Parmi les changements que M. Beaupré suggère, il y a ceux de doter le CA d’un comité de gouvernance et d’éthique, ou de diminuer la taille du conseil (actuellement composé de 21 membres).

Mais M. Beaupré soulève également plusieurs questions — le caviardage empêche de bien situer sa réflexion sur plusieurs enjeux. Il demande par exemple s’il est normal qu’un grand donateur du Musée puisse aussi être administrateur, considérant que la Loi sur le MBAM précise qu’« aucun membre du conseil d’administration ne peut avoir un intérêt direct ou indirect dans une affaire mettant en conflit son intérêt personnel et celui du Musée ».

L’enjeu n’est pas théorique : le nouveau président désigné du conseil d’administration, Pierre Bourgie, est un donateur important du Musée. « Comment faire pour établir concrètement une séparation adéquate de l’argent (les donateurs) et du pouvoir [dont disposent les administrateurs] ? », interroge Daniel Beaupré.

Le Musée prend acte

Le MBAM a dit « prendre acte des recommandations » du rapport. « Déjà, des conversations cordiales ont eu lieu avec le cabinet de la ministre, prélude à des échanges qui permettront de trouver des voies de passage satisfaisantes pour toutes les parties », a indiqué Pierre Bourgie par communiqué.

Le rapport Beaupré et le positionnement de la ministre Roy étaient attendus par plusieurs membres et donateurs du Musée, qui tient le 29 septembre son assemblée générale des membres. Mme Roy a mentionné qu’elle « anticip[ait] de collaborer avec [le] nouveau conseil d’administration à la mise en œuvre de nouvelles règles suivant les recommandations du rapport indépendant. »

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