Le plasticien Christo, emballeur du Pont-Neuf et du Reichstag, n’est plus

L’artiste d’origine bulgare s’est fait connaître pour ses réalisations monumentales, comme son emballage du Pont-Neuf de Paris, en 1985.
Photo: Bertrand Guay Archives Agence France-Presse L’artiste d’origine bulgare s’est fait connaître pour ses réalisations monumentales, comme son emballage du Pont-Neuf de Paris, en 1985.

L’artiste plasticien Christo, célèbre pour ses réalisations monumentales consistant notamment à emballer des monuments comme le Pont-Neuf à Paris et le Reichstag de Berlin, est mort dimanche à l’âge de 84 ans, ont indiqué ses collaborateurs sur son compte Facebook officiel. L’artiste, né Christo Vladimirov Javacheff, en Bulgarie, « est décédé de causes naturelles le 31 mai 2020 à son domicile à New York », selon un message publié par son « bureau » sur sa page Facebook.

Cet homme à la silhouette élancée, aux cheveux mi-longs devenus blancs, avait formé avec sa femme, Jeanne-Claude, l’un des couples les plus médiatisés de l’art contemporain, qu’ils ont marqué par leurs œuvres in situ, nécessitant des années de conception et des millions de dollars pour ne durer que quelques jours. Inventeur d’un genre artistique nouveau, « l’entoilage de l’espace », Christo avait notamment emballé dans du tissu le Pont-Neuf à Paris (1985) et le Reichstag de Berlin (1995).

Quelques chiffres donnent la mesure — ou la démesure — de son travail : 26 millions de dollars pour planter des parapluies géants en Californie et au Japon, 26 ans pour avoir l’autorisation d’installer des milliers de portiques à New York, 650 000 m2 de tissu pour entourer des îlots en Floride, 5 millions de spectateurs venus voir le parlement allemand empaqueté…

« Christo a vécu sa vie pleinement, non seulement en imaginant ce qui semblait impossible, mais en le réalisant. L’œuvre de Christo et Jeanne-Claude a réuni des gens dans des expériences partagées à travers le monde, et leur travail se perpétue dans nos cœurs et nos souvenirs », écrivent ses collaborateurs dans leur message.

Né le 13 juin 1935 à Gabrovo, en Bulgarie, Christo avait fui en 1956 dans un train de marchandises le régime communiste et le réalisme soviétique enseigné aux beaux-arts de Sofia. Il avait rencontré, en 1958 à Paris, sa femme française, Jeanne-Claude Denat de Guillebon, décédée en 2009. Révolté par la construction du mur de Berlin, il entasse en 1962 des barils de pétrole dans une rue de Saint-Germain-des-Prés, signant son premier coup d’éclat. En 1968, le couple emballe pour la première fois un monument : la Kunsthalle de Berne (Suisse).

« Chaque œuvre est une expédition », relevait cet artiste particulièrement tenace, qui rechignait à s’appesantir sur le sens de leur production. Pour le Reichstag, un vote des députés allemands a même été nécessaire (292 voix pour, 223 contre). « Il n’y a pas de message, notait-il à propos de son mastaba de Hyde Park, installé en 2016. Qu’elle soit critique ou positive, toute interprétation est légitime. »

Son dernier projet en préparation, l’emballage de l’Arc de triomphe de l’Étoile à Paris, qui s’annonçait comme l’un des événements les plus spectaculaires de la rentrée de septembre, avait été reporté d’un an en raison des incertitudes liées au coronavirus. Cette réalisation reste « sur les rails » pour la période du 18 septembre au 3 octobre 2021, précise son entourage sur Facebook.

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