«Airpocalypse» dans le regard des artistes

Xu Tan, «When my Mother Lost in the Woods», 2015-2018
Photo: Guy L'Heureux Xu Tan, «When my Mother Lost in the Woods», 2015-2018

Les catastrophes liées aux activités humaines se suivent et se font parfois vite oublier. En 2016, la manchette des journaux faisait état de l’« airpocalypse » sévissant en Chine, dont les grandes villes étaient englouties par le smog. Au fil des années témoin de ce phénomène préoccupant, la commissaire Yan Zhou a convié dix artistes d’ici et de la Chine à créer pour l’expo Breathing des œuvres explorant les relations de l’être humain avec le smog.

Malgré la nature du sujet, les propositions ne font pas dans l’énoncé scientifique ni dans le militantisme écologiste. Elles adoptent plutôt des approches métaphoriques qui élargissent au sens figuré la question de la pollution atmosphérique ; l’époque fait face à un climat général d’asphyxie en raison des politiques économiques qui misent sur la croissance au détriment de la planète et de la santé.

La commissaire évoque en fait la croyance chinoise voulant que le corps soit un système « micrométéorologique » en phase avec sa contrepartie à l’échelle macro, le temps. Cette idée embryonnaire aurait mérité des précisions, tout comme une mise en contexte des œuvres pour lesquelles la galerie B-312 prévoyait heureusement d’ajouter un cartel. Autrement, la visite tient un peu d’une avancée dans le brouillard, faute de repères pour les artistes chinois encore jamais présentés ici.

Énergie vitale

L’exposition ouvre cependant, et c’est judicieux, avec la figure familière de Yam Lau, artiste d’origine hongkongaise basé à Toronto. Il apparaît dans une installation vidéo en pratiquant le tai-chi dans les nuages, manière peut-être d’apprivoiser, aux sens propre et figuré, la fumée toxique ambiante en renouant avec un art traditionnel chéri. Une cohabitation aussi contradictoire caractérise la sculpture murale de Ren Jie, qui combine des polyèdres en feutre noir à une grille blanche, tels des parasites tenaces.

Tandis que cette proposition formelle peut évoquer le problème global de la pollution engendrée par l’industrie textile, celle de Mireille Lavoie, qui a fait une résidence à Beijing, investit le registre de la santé personnelle. La poudre de talc, volatile comme les particules nocives, esquisse sur le mur des motifs de poumons et de plantes en référence à l’asthme dont elle souffre, un enfer sûrement au contact du smog.

Pour échapper à l’air sale, plusieurs citadins chinois aisés ont d’ailleurs fui pour la campagne, creusant encore les inégalités sociales par rapport à la pollution. Architecte de jour, Zhang Qingfan dit, elle, trouver refuge le soir en dessinant à l’encre, une pratique qu’elle associe à la respiration. Sur un lutrin de fortune, un livre fait voir ses irrésistibles jardins imaginaires. Li Ming adopte aussi une technique classique chinoise, la peinture de paysages. Il la pratique à partir de l’eau résiduelle de son purificateur d’air sur des feuilles de journaux officiels chinois. Il confronte ainsi la réalité actuelle (un appareil palliant la pollution et la presse contrôlée) aux représentations d’un passé où la nature était encore intacte, voire idéalisée.

Visite attendue

Chose rare, Li Ming sera en visite à Montréal à la mi-février pour des activités avec le public, ainsi que Xu Tan, artiste remarqué au Guggenheim en 2017 dans l’expo Art and China After 1989 pour ses travaux critiques sur la croissance accélérée des villes, dont Guangzhou. Il a développé le concept de « botanique sociale » qu’il incarne dans une série de vidéos faisant des portraits de la résistance là où elle n’est pas soupçonnée.

Breathing

De Jean-François Côté, Dong Dawei, Alexandre David, Ren Jie, Yam Lau, Mireille Lavoie, Li Ming, Zhang Gingfan, Xu Tan, Zhang Xiao. Commissaire : Yan Zhou. À la galerie B-312, 372, rue Sainte-Catherine O., espace 403, jusqu’au 15 février.