Une histoire de transparence et d’opacité au MAC LAU

Luanne Martineau, «Fournier et Meleney», 2019
Photo: Lucien Lisabelle Luanne Martineau, «Fournier et Meleney», 2019

L’histoire de l’art et les musées — tout comme l’histoire en général — fonctionnent par strates qui se superposent. Loin de masquer les couches inférieures, ces strates laissent transparaître les niveaux précédents, qui se révèlent être les structures mêmes sur lesquelles se constitue le présent. Tout comme l’art, lui aussi, travaille souvent sur le passé et sur la mémoire comme matériaux grâce à des superpositions, des réitérations, des détournements d’images, de techniques, de sens…

Même si le MAC LAU — Musée d’art contemporain des Laurentides — n’a pas nécessairement pensé les différentes expositions présentées ces jours-ci comme un tout, le résultat offre une mise en scène très intelligente sur le thème des traces. Cela débute par une salle où c’est la propre histoire du MAC LAU qui est racontée, dans une Généalogie de la collection 2019-1999, sorte de regard dans le rétroviseur de l’histoire de ce musée.

On y apprend, entre autres choses, comment sa collection s’est fondée sur le don de cinq œuvres de deux artistes mexicains à la suite du symposium Mythologie des lieux. Art contemporain et multidisciplinarité. Cette première salle est en lien avec un cubicule placé au cœur de la grande salle d’exposition, cubicule qui donnera accès durant les cinq prochaines années à une sélection de 12 % des réserves du musée — qui comptent 650 œuvres —, œuvres placées sur des panneaux grillagés coulissants sur un système de rails. Cela s’appelle simplement La réserve ouverte, et les visiteurs peuvent ainsi avoir accès à des pièces hétéroclites, d’époques diverses.

Juste à côté, des tableaux de François Lacasse incarnent, eux aussi, cette idée du temps qui joue sur les strates du passé. L’artiste revient à l’acrylique en couvrant totalement d’un seul coup, à chaque coulée, la surface de la toile. Grâce à diverses consistances de l’acrylique, Lacasse arrive à créer des transparences hypnotisantes entre les différentes couches et couleurs. La personne qui regarde n’arrive alors plus à savoir ce qui est en surface ou en profondeur, en arrière-plan ou à l’avant-plan… La surface miroitante de l’acrylique incorpore même l’espace du musée et le temps présent dans ces images-pièges pour le regard.

Dans une salle attenante, un film de l’artiste Anna Hawkins s’approprie des vidéos trouvées sur YouTube. Ces images de départ mettent en scène des femmes qui bougent, qui parfois courent, mais trébuchent et tombent toujours. Ce genre de films est surnommé en anglais par l’expression « Girl fails ». Mais ici, ces images sont détournées, fragmentées. On réutilise ces fragments en les faisant passer d’une image à une autre, dans des bonds qui, eux, sont très réussis. À d’autres moments, ces fragments d’images qui forment des pleins deviennent des creux, des vides formels qui se remplissent par d’autres images. Comme si Hawkins tentait de créer du sens avec ce genre de films sans grand contenu.

Les sculptures feuilletées de Luanne Martineau

N’oublions pas Luanne Martineau, qui fut une des découvertes de la défunte Biennale de Montréal en 2007 et dont nous n’avons pas pu voir le travail en solo à Montréal depuis 2010 au Musée d’art contemporain. Il était temps de savoir où cette artiste en était dans sa création. Certes, au MAC LAU vous ne verrez que quatre de ses œuvres, mais celles-ci sont d’une grande force.

Cette série est un avant-goût d’un solo plus important que le MAC LAU consacrera à Martineau en novembre 2020. La pièce centrale est composée de papiers trouvés et recyclés par Martineau, ce qui donne à l’œuvre finale un aspect feuilleté, comme certains biscuits. Ils forment deux « paysages » qui font plus que s’évoquer l’un l’autre, qui sont en fait la translation de l’un en l’autre dans l’espace avec un angle de 180 degrés. Une œuvre qui joue avec notre perception et l’idée de variations dans la répétition. Martineau a développé un art de la sculpture en papier et en feutre d’une grande originalité. Nous attendrons avec grande impatience son solo l’an prochain.

La nouvelle Bolduc

Le MAC LAU a inauguré une nouvelle salle d’exposition. Ce vestibule situé dans le théâtre Gilles-Vigneault — qui a lui-même ouvert ses portes à la fin de 2017 — vient d’être offert à l’artiste Catherine Bolduc qui y présente La vie parallèle (extrait) jusqu’au 1er mai. L’espace est un peu exigu, mais il permet aux publics qui viendront aux spectacles de voir des oeuvres d’art. Une idée qui devrait faire école auprès d’autres musées au Québec qui n’arrivent à présenter dans leurs propres murs qu’une très petite partie de leur collection.

Étude poétique de la mécanique des fluides / Fall Fell Felt

Luanne Martineau et François Lacasse / Anna Hawkins. Au Musée d’art contemporain des Laurentides de Saint-Jérôme jusqu’au 26 janvier.