Van Gogh, du plancher au plafond

Avant de traverser l’Atlantique, l’exposition «Imagine Van Gogh» a connu un succès important en Europe, notamment à l’Atelier des lumières de Paris (sur nos photos). Ici, détail de la célèbre «Nuit étoilée».
Photo: Lionel Bonaventure Agence France-Presse Avant de traverser l’Atlantique, l’exposition «Imagine Van Gogh» a connu un succès important en Europe, notamment à l’Atelier des lumières de Paris (sur nos photos). Ici, détail de la célèbre «Nuit étoilée».

Lorsqu’il peignait les fleurs et les paysages de Provence, où il a vécu à la fin de sa vie, Van Gogh n’imaginait sûrement pas ses toiles projetées en format géant sur les murs d’un centre d’art contemporain de Montréal. Pourtant, Imagine Van Gogh, l’installation immersive qui prend l’affiche au centre Arsenal Art contemporain, permet, en quelque sorte, de s’approcher du maître, notamment parce que les très gros plans qui sont projetés permettent d’apprécier chacun des traits laissés par son pinceau.

Née au coeur même de cette Provence qu’il a tant aimée, l’installation Imagine Van Gogh a vu le jour en 2008 dans la tête d’Annabelle Mauger, qui l’a conçue avec Julien Baron. « Bienvenue en Provence », disait d’ailleurs Annabelle Mauger jeudi aux journalistes.

Van Gogh, quant à lui, se sentait en Provence comme dans un « deuxième Japon », tel qu’il l’a exprimé. Il était grisé, comme en témoignent ses oeuvres, par les couleurs des fleurs sous le soleil du midi. Sur les murs d’Arsenal Art contemporain comme sur le plancher de la salle de projection, les iris, les tournesols, les coquelicots se succèdent, cédant parfois la place au frugal mobilier de l’artiste, un lit, une chaise, ou encore à la vie nocturne d’Arles sous les étoiles.

Photo: Lionel Bonaventure Agence France-Presse Un des autoportraits du peintre néerlandais

Annabelle Mauger dit d’ailleurs s’être inspirée de l’ukiyo-e, le monde flottant japonais, pour la création d’Imagine Van Gogh, notamment parce que les toiles sont projetées sur des voiles. Elle relève également que Van Gogh aimait représenter des paysans, comme c’était le cas dans l’art japonais.

Reste qu’Imagine Van Gogh se déroule plutôt sur fond de musique classique européenne, de Prokofiev à Satie en passant par Bach. L’expérience dure une demi-heure, au cours de laquelle le visiteur est invité à déambuler dans une seule pièce au milieu des projections, principalement de peintures, mais aussi de photos et de lettres d’époque. Celles-ci ne sont pas accompagnées sur place de notes explicatives.

Toutefois, on reconnaît par exemple, sur une photo, le minois blond d’une femme que Van Gogh a peinte.

« C’est Mlle Gachet », explique Annabelle Mauger en entrevue. Mlle Gachet était la fille du Dr Gachet, le médecin, aussi collectionneur, qui soignait Van Gogh à Anvers sur Oise et que Van Gogh a aussi beaucoup peint.

Dans un hall menant à la pièce principale, le visiteur pourra cependant consulter divers panneaux documentant l’oeuvre et la vie de Van Gogh.

On y trouve par exemple cette reproduction d’un extrait de lettre de Van Gogh à sa soeur Willemien : « Nous vivons maintenant dans un monde pictural indiciblement paralysé et vulnérable, écrit-il. Les expositions, les magasins de tableaux, tout, tout est occupé par des gens qui interceptent tout l’argent. Et il ne faut pas croire que c’est imagination de ma part. On donne beaucoup d’argent pour le tableau quand le peintre lui-même est mort. »

Van Gogh lui-même, mort à 37 ans, vivait, on le sait, dans la plus grande pauvreté. Alors que 40 000 personnes ont déjà acheté leurs billets pour visiter Imagine Van Gogh à Montréal, où c’est d’ailleurs la première nord-américaine de l’installation, ce commentaire fait encore réfléchir.