Dix expositions qui feront la saison muséale

Celia Perrin Sidarous, «Assemblage en bleu (Sphinx)», 2019
Photo: Celia Perrin Sidarous Celia Perrin Sidarous, «Assemblage en bleu (Sphinx)», 2019

Les questions identitaires seront au rendez-vous de même que notre rapport au monde et à ses représentations. Tour d’horizon en dix escales choisies.

COZIC. À vous de jouer. Après la publication faisant la somme de leur travail parue en 2018 (les éditions Plein sud et Du Passage), voici enfin la rétrospective muséale consacrée à COZIC. Le duo, aussi couple dans la vie, oeuvre ensemble depuis 50 ans. La commissaire invitée Ariane de Blois entend montrer dans un parcours organique sa capacité de réinvention. Reconnu pour avoir, à la fin des années 1960, intégré des matériaux inédits (peluche, vinyle), le couple n’a depuis cessé de décloisonner les frontières entre les disciplines traditionnelles, et entre l’oeuvre et ses publics. Au Musée national des beaux-arts du Québec du 10 octobre au 5 janvier.

Celia Perrin Sidarous. L’archiviste. Dans le cadre de Momenta, Celia Perrin Sidarous présente le fruit de sa résidence dans les collections du Musée McCord. En quatre vitrines, elle mettra en dialogue les objets de sa collection personnelle avec ceux de l’institution, au moyen aussi de photographies et de céramiques de son cru. Posant un parallèle entre ses gestes de mises en scène et ceux de la conservation muséale, l’artiste dit vouloir sortir les objets de la « dormance » où ils sont plongés dans les réserves. Au Musée McCord du 5 septembre au 12 janvier.

Momies égyptiennes : passé retrouvé, mystères dévoilés. Le musée de la rue Sherbrooke joue la carte de l’archéologie avec une exposition venue du British Museum qui passe à la loupe six momies égyptiennes afin de raconter la trajectoire de leur vie, jusqu’à la période minutieusement préméditée de leur mort. Quelque 200 objets accompagnés d’imagerie numérique 3D feront état des habitudes et croyances de ces personnes, dressant même un portrait de leur identité. Une autre civilisation ancienne sera à l’honneur, au musée Pointe-à-Callière avec Les Incas… C’est le Pérou ! à partir du 27 novembre. Au Musée des beaux-arts de Montréal du 14 septembre au 2 février.

Phil Collins. Dans cette exposition de l’artiste britannique, qui n’est pas à confondre avec le notoire musicien, la commissaire Cheryl Sim mettra l’accent sur le rôle joué par… la musique. Collins en fait un vecteur d’analyse sociopolitique que quatre installations vont révéler, à travers les airs, les mots et les admirateurs de références musicales variées (The Smiths, la house de Chicago…). Ses oeuvres dévoilent des communautés parfois étonnantes, des skinheads antifascistes de Malaisie par exemple, ou en engendrent par la participation comme dans Bring Down the Walls, une installation présentée en primeur et découlant d’un projet d’art public réalisé avec Creative Time à New York. À la Fondation Phi du 8 novembre au 15 mars.

Àbadakone / Feu continuel / Continuous Fire. Dans sa foulée sur « l’art indigène contemporain international » lancée en 2013 avec Sakahàn, le MBAC présente une deuxième exposition qui a l’ambition de ratisser aussi large en présentant le travail récent de plus de 70 artistes « s’identifiant à une quarantaine de nations, ethnies et tribus indigènes de 16 pays ». La première exposition suggérait l’ardeur de l’espoir avec son titre, « Allumer un feu » en français ; ce feu, annonce la prochaine, est loin de s’essouffler. L’art indigène contemporain est un phénomène planétaire et bien vivant, comme permet de le croire le nombre et la diversité des propositions qui seront réunies. L’identité et l’histoire sont entre autres les thèmes interrogés par les oeuvres de ces artistes dont les peuples luttent souvent pour leur reconnaissance. Au Musée national des beaux-arts du Canada du 8 novembre au 5 avril.

Janet Werner. Il y a quelques années, la peintre Janet Werner opérait un tournant dans sa pratique en reléguant au second plan les portraits féminins qui avaient fait sa signature au profit de vues sur l’atelier. La rétrospective que lui consacre cet automne le MAC, sous la houlette de François Letourneux, permettra d’apprécier cette mouvance en survolant 10 ans de production. La peinture expressive et gestuelle de l’artiste dérive d’un travail préalable puisant dans la culture populaire, une matière visuelle qu’elle recompose dans des collages anéantissant l’intégrité des modèles. Au Musée d’art contemporain de Montréal du 31 octobre au 5 janvier.

Photo: Guy L’Heureux Janet Werner, «Untitled» (Gallery), 2017. 

Jin-me Yoon. Ici ailleurs et d’autres spectres. Il n’est pas rare de voir des collaborations entre musées dans le but de bonifier la diffusion du travail d’un artiste et de favoriser les ponts entre régions. C’est le cas de la rétrospective consacrée à l’artiste Jin-me Yoon dont le premier volet, en cours jusqu’au 8 septembre, est présenté au Musée d’art de Joliette. Le MAC LAU prendra le relais avec la seconde partie sous les bons soins d’Anne-Marie St-Jean-Aubre, qui assure la continuité du commissariat. Moins axé sur la figure humaine seule, dont l’artiste explore la construction identitaire, ce volet comptera des oeuvres faisant place à l’environnement naturel. Au Musée d’art contemporain des Laurentides du 8 septembre au 3 novembre.

Photo: Jin-me Yoon Jin-me Yoon, «Long view», 2017, vidéo (arrêt sur image)

Laurent Lévesque. Sorties dans l’espace. Une version condensée de la rétrospective de Jin-me Yoon sera d’ailleurs plus tard présentée au Musée régional de Rimouski qui ouvre la saison avec Laurent Lévesque. Fruit d’un travail complice avec la conservatrice Ève De Garie-Lamanque, l’exposition abordera la notion du vide, tant spatial que numérique, avec des oeuvres récentes ou inédites, dont l’imagerie puise dans les sciences et les effets spéciaux. De la recherche effectuée à l’Institut maritime du Québec constitue une des sources d’inspiration pour l’artiste qui aura droit à son premier solo muséal. Au Musée régional de Rimouski du 20 octobre au 26 janvier.

Construire un nouveau Nouveau Monde. L’amerikanizm dans l’architecture russe. Alors qu’ils étaient ennemis dans la course à la conquête de l’espace, l’URSS et les États-Unis entretenaient des liens culturels pour le moins paradoxaux. Durant la guerre froide, une part de l’architecture soviétique prenait pour modèle une image fantasmée du Nouveau Monde. L’« amerikanizm » désigne ce phénomène qui s’est étendu tout au long du XXe siècle et que le CCA examinera dans une exposition, sûrement passionnante, qui élargira l’architecture à d’autres domaines culturels. Au Centre canadien d’architecture du 12 novembre au 5 avril.

Photo: Jimmy Limit Patrick Coutu, «Éruption II», 2017.

Patrick Coutu. Le MAJ offre un premier regard rétrospectif sur la production de Patrick Coutu qui, en plus de 20 ans de pratique, fait du paysage et des phénomènes naturels ses sujets de prédilection. La sélection couvre la dernière décennie avec une quinzaine d’oeuvres incluant des pièces inédites, dont un assemblage de tubes de verre et l’empreinte d’un massif rocheux. Les gestes expérimentaux sur la matière et l’inspiration de modèles mathématiques participent à la genèse des oeuvres qui redéfinissent notre rapport à la nature et aux façons de la représenter. Au Musée d’art de Joliette du 5 octobre au 5 janvier.

De la perf au MAC

Alors que la performance est le plus souvent l’apanage d’événements indépendants portés par les centres d’artistes, comme Viva ! Art action qui tiendra sa 7e édition du 24 au 28 septembre, c’est au tour du MAC de lui faire la part belle avec EMERGE du 19 au 24 novembre.

Au dire de Mark Lanctôt, commissaire en duo avec le spécialiste en la matière Mehdi Brit, leur événement se distinguera en misant sur les pratiques tournées vers les autres types d’arts vivants (musique et chorégraphie, par exemple).

Parmi la dizaine d’artistes participants, Daina Ashbee présentera un travail en collaboration avec le danseur Benjamin Kamino, suite d’une version montrée au OFFTA. Uriel Barthélémi & Entissar Al Hamdany actualiseront une pièce inspirée des Damnés de la terre de Frantz Fanon intégrant chorégraphie hip-hop et musique expérimentale électroacoustique.