Des ventes spectaculaires dès l’ouverture d’Art Basel

Un visiteur prend en photo l'installation «Rose of Nothingness» de Belu-Simion Fainaru à Art Basel.
Photo: Fabrice Coffrini Agence France-Presse Un visiteur prend en photo l'installation «Rose of Nothingness» de Belu-Simion Fainaru à Art Basel.

Art Basel, la grande foire internationale de l’art où se bousculent chaque année les riches collectionneurs, a ouvert jeudi ses portes au public à Bâle, en Suisse, dans un climat plus incertain malgré une série de ventes spectaculaires.

Pour cette cinquantième édition, les organisateurs ont fait la part belle aux artistes engagés, dans la partie de la foire réservée aux oeuvres monumentales qui sont destinées à être achetées par des musées ou de très grandes collections privées.

Dans le sillage du mouvement #MeToo, l’artiste espagnole Alicia Framis présente ainsi une série de robes réalisées à partir de tissus pour coussins gonflables d’automobile, protégeant les femmes qui les portent dans leur environnement de travail.

Le thème de la contestation sociale a également trouvé sa place dans un tableau participatif de l’artiste brésilienne Rivane Neuenschwander, qui propose aux visiteurs d’épingler sur une grande toile des mots — en français — glanés sur des banderoles, pancartes et slogans d’insurrection.

Dès l’entrée de la halle, les visiteurs sont accueillis par une gigantesque statue de l’artiste cubano-américaine Coco Fusco, intitulée L’homme de fer-blanc du vingt et unième siècle, représentant ce célèbre personnage du Magicien d’Oz, un classique de la littérature américaine pour enfants, sous les traits du président américain, Donald Trump.

« Nous avons une foire qui regorge d’excellentes oeuvres, dont beaucoup répondent ou sont liées à la situation géopolitique très complexe dans laquelle nous nous trouvons », a déclaré Marc Spiegler, le directeur d’Art Basel, lors d’un entretien avec l’AFP.

Incertitude

À la différence de la Biennale de Venise, où une partie des collectionneurs a l’habitude de se rendre après cette escale à Bâle, Art Basel est avant tout un événement marchand.

Dans l’espace réservé aux galeries, qui accueille les riches collectionneurs en avant-première deux jours avant l’ouverture au public, les plus belles pièces trouvent preneurs en quelques heures.

« Nous avons vendu près de 70 % du stand en deux ou trois heures », s’est félicité Marc Glimcher, le président et directeur de la prestigieuse galerie Pace, expliquant qu’une pièce rare de l’artiste sud-coréen Lee Ufan a trouvé son nouveau propriétaire pour 2 millions de dollars américains « dans les 10 premières minutes ».

De nombreuses galeries ont évoqué un bon démarrage à l’issue de la première journée consacrée aux collectionneurs.

Mardi soir, un collage de l’artiste américain Mark Bradford apporté par la galerie londonienne White Cube avait trouvé preneur à 7,75 millions de dollars américains. La galerie Levi Gorvy avait, elle, vendu une pièce de l’américain Christopher Wool pour 6 millions de dollars américains. L’oeuvre la plus chère de la journée est cependant revenue à la galerie David Zwirner, avec une pièce du peintre allemand Gerhard Richter pour 20 millions de dollars américains, selon les chiffres communiqués aux organisateurs.

Ces gros chiffres, tant dans les foires que les salles d’enchères, masquent cependant une réalité plus partagée, a tempéré la professeure Clare McAndrew, auteure d’un rapport sur le marché de l’art réalisé en partenariat avec la banque et les organisateurs de la foire.

« Le haut du marché est vraiment au mieux », a-t-elle expliqué, alors que « les segments intermédiaires et plus bas ne tiennent pas aussi bien ».

Après deux années de croissance, les galeries sont plus prudentes quant à l’évolution du marché. Dans ce rapport publié en mars, seuls 30 % des galeries disaient s’attendre à une hausse de leurs ventes en 2019, contre 58 % en 2017, dénotant des attentes plus pessimistes en particulier chez les petites et moyennes galeries.

Pour cette édition, la foire de Bâle a d’ailleurs revu ses tarifs pour permettre à de jeunes galeries de participer à l’événement, à l’instar notamment de la française Crevecoeur.

« C’est une étape importante pour élargir notre public », a reconnu Élise Fouché, une des représentantes de cette petite galerie qui emploie cinq personnes. Dès le premier après-midi, la galerie avait déjà pratiquement écoulé les douze tableaux d’Ad Minoliti, une jeune artiste argentine, apportés à Art Basel.

Ce sont 290 galeries représentant quelque 4000 artistes qui participent à la foire qui se tient à Bâle jusqu’au 16 juin.