Réfléchir avec l’architecture nippone

Le Musée national de Tokyo, galerie des trésors, Horyu-Ji, Taniguchi et associés, 1999
Photo: Shunji Kitajima INC. Le Musée national de Tokyo, galerie des trésors, Horyu-Ji, Taniguchi et associés, 1999

Dans son documentaire intitulé Main basse sur la ville, Martin Frigon a démontré comment l’urbanisme à Montréal a été, et est encore, soumis au bon vouloir de grands conglomérats de promoteurs immobiliers. Il y explique aussi comment une des dernières décisions du maire Gérald Tremblay fut de changer le plan d’urbanisme afin de dorénavant permettre la construction d’immeubles de 40 étages à la grandeur du centre-ville, un modèle urbanistique complètement rétrograde.

Et sur le plan de la qualité des nouveaux bâtiments, nous sommes bien loin des années 1960-1970, époque où à Montréal on élabora des édifices aussi célébrés qu’Habitat 67, le dôme géodésique de Buckminster Fuller (qui n’a malheureusement pas été restauré), la Place Ville-Marie, la Place Bonaventure, Westmount Square… Nous pourrions aussi ajouter comment, à Montréal, le patrimoine architectural a été mal traité au cours des dernières décennies : destruction de la maison Redpath, du restaurant Ben’s et de son formidable design des années 1940, du bâtiment logeant les services d’Immigration Canada…

Dans ce contexte, le Centre d’exposition de l’Université de Montréal nous présente une exposition qui pourra être inspirante à la fois quant à l’architecture contemporaine, mais aussi par rapport au concept de patrimoine architectural et d’urbanisme en général. Cette présentation montre l’inventivité de l’architecture japonaise entre 1996 et 2006.

Architecture post-bulle

Certes, l’architecture japonaise est connue pour son modernisme. Il faut dire que les grandes villes nippones furent elles aussi soumises aux développeurs peu scrupuleux quant à la qualité de la vie en ville. Vous pourrez d’ailleurs voir quelques projets ambitieux faits par des starchitectes comme Tadao Ando.Mais dans cette présentation, vous pourrez surtout voir une architecture différente des gratte-ciel et grands complexes qui ont fait la réputation d’une ville comme Tokyo. Cette expo parlerait en fait d’une architecture se trouvant déjà dans une ère post-bulle spéculative, tournée de plus en plus vers des programmes d’aménagement communautaire.

Cela vous permettra de voir, entre autres, comment les architectes contemporains japonais dialoguent avec les formes anciennes d’habitations, et ce, même en utilisant des matériaux nouveaux. Les bureaux du temple du sanctuaire Meiji à Tokyo en sont un bon exemple. Faits de béton armé, ils innovent dans leur forme intérieure tout en étant en dialogue avec les toitures des bâtiments anciens.

Nous pourrions aussi parler du lieu de travail Le Cercle du vent, réalisé à Hokkaido par Jun Igarashi, qui est fait presque entièrement de bois. La baisse de la natalité et la restructuration de l’économie au Japon ont obligé la société à recycler bien des édifices consacrés autrefois à des écoles primaires et secondaires ou à des industries.

Cette architecture a donc aussi dû s’intéresser au dialogue avec une tradition moderniste — sans pour autant s’en embarasser —, comme lors de la transformation à Oita, par Arata Isozaki, d’une école brutaliste en centre d’art.

Nous aurions certes aimé que cette expo comporte plus de maquettes et surtout du matériel vidéo — totalement absent. Cela aurait rendu le propos plus vivant et les bâtiments plus compréhensibles. Néanmoins, voici une présentation que plusieurs de nos architectes, et surtout de nos élus — et pas que municipaux —, devraient absolument voir.

Pour poursuivre la réflexion

Pour ceux que cela intéresse, il sera possible de creuser ce sujet en se rendant à la table ronde « Les leçons d’architecture et d’urbanisme du Japon contemporain », à laquelle participeront des enseignants de la Faculté de l’aménagement. Rendez-vous au Centre d’exposition de l’UdeM le mardi 11 septembre à 17 h 30.

Parallèle nippon : l’architecture contemporaine japonaise, 1996-2006

Au Centre d’exposition de l’Université de Montréal jusqu’au 15 septembre