Sur le radar: technologie et humanité à Trois-Rivières

Louise Viger, «Je m'attarde parfois auprès des autres endormies», 2018
Photo: Gabriel Mondor Louise Viger, «Je m'attarde parfois auprès des autres endormies», 2018
C’est la huitième Biennale nationale de sculpture contemporaine de Trois-Rivières. Cette année, le comité d’orientation artistique a choisi le thème intéressant, mais un peu large, des liens entre art et science. Le titre — Trajectoire des sens — n’est pas nécessairement plus précis. Dans son texte de présentation, Émilie Granjon, membre de ce comité, clarifie heureusement le projet en expliquant que « c’est sous l’angle du low-tech simulant ou suggérant le high-tech que les sculptures ou les installations [présentées] convoquent des phénomènes technologiques déstabilisants ». On ne sera pas surpris d’y retrouver une fascinante machine sonore de Jean-Pierre Gauthier. On notera aussi les oeuvres de Brandon Vickerd (cette dernière accompagnée d’une microfiction de Monique Juteau), de Diane Landry, d’Annie Thibault…

Nous fûmes bouleversé d’y trouver la dernière oeuvre de Louise Viger, décédée le 19 juin. Elle a travaillé jusqu’au dernier moment sur cette pièce superbement bien installée dans le grenier de la galerie d’art du Parc, lieu principal d’exposition. Étant donné les circonstances, le titre de l’oeuvre est déjà d’une troublante résonance. Elle s’intitule Je m’attarde parfois auprès des autres endormies, phrase tirée du recueil Lectures d’un lieu (2010) de France Mongeau. Deux mannequins, l’un appuyé sur l’autre, semblent établir entre eux un lien de compassion. Le mannequin assis sur un banc, et qui semble réconforter celui qui est effondré au sol, porte un masque qui est en fait celui que Louise Viger devait revêtir lors de ses traitements de radiothérapie. Moulage de sa tête et de son visage, ce casque se révèle d’une grande poésie. Cela pourrait être une oeuvre sombre. C’est plutôt une installation qui dit que nos morts nous habitent, nous aident à vivre, bien longtemps après leur départ… Une oeuvre d’une grande sensibilité, comme le fut Louise.

Un triste hasard veut que la Biennale présente un deuxième artiste décédé cette année. Pierre Landry, mort le 7 mai, est à l’honneur avec une installation intitulée Espace lumière géométrique. Notons qu’une rétrospective de son travail aura lieu cet automne à la galerie d’art du Parc.

BNSC

À Trois-Rivières, mais aussi à Victoriaville, Lévis et Montréal. Jusqu’au 7 septembre.