La photographe Marisa Portolese revisite l’école Notman

Le décor à l’arrière-plan de ce portrait (en détail) d’Hanna Bozovic croqué par la photographe Marisa Portolese est inspiré du travail de Johannes Cornelius de Bruyn.
Photo: Marisa Portolese Le décor à l’arrière-plan de ce portrait (en détail) d’Hanna Bozovic croqué par la photographe Marisa Portolese est inspiré du travail de Johannes Cornelius de Bruyn.

Au XIXe siècle, le photographe d’origine écossaise William Notman recevait les membres de la bourgeoisie montréalaise dans son studio de la rue Bleury pour les photographier. Illusionniste, il apprêtait les décors de façon à laisser croire qu’ils étaient dans leur salon ou en pleine nature, et non dans son atelier. Aujourd’hui, la photographe montréalaise Marisa Portolese s’inspire de sa démarche pour livrer son exposition Dans le studio avec Notman, qui prend l’affiche cette semaine au Musée McCord.

Cette fois, c’est dans sa propre maison que la photographe a convié ses modèles à venir poser devant son appareil photo analogique. Cachée sous un drap noir, elle saisit ses personnages sur des négatifs de quatre pouces sur cinq pouces, qu’elle développe ensuite.

Comme Notman, Portolese a accordé ici un soin extrême au décor. Ses modèles, toutes des femmes, sont captés devant des toiles de fond, que l’artiste a tiré de natures mortes de peintres du XIXe siècle, dont plusieurs peintres hollandais. La photographe puise notamment du côté de Johannes Cornelius de Bruyn (1800-1844) pour le portrait d’Hanna Bozovic et de Jan Frans van Dael (1764-1840) pour le portrait d’Angélique Willkie.

Photo: Marisa Portolese «Chloë Rafaela Rondon», 2018, de Marisa Portolese

« Sensible à l’art des femmes, elle s’est aussi inspirée des oeuvres de Rachel Ruysch (1664-1750) et de Margaretha Roosenboom (1843-1896). La touche impressionniste de Monet (1840-1926) et de Renoir (1841-1919) revient dans les portraits d’Elisa Dimaria, de Rozanne Ross et de Léna Desjardins, entre autres. Pour le portrait de Molly Moreau et sa fille Greta Bergen, elle a choisi le paysage de haute montagne d’Albert Bierstadt (1830-1902), rappelant certaines madones de Léonard de Vinci (1452-1519) et de Raphaël (1483-1520) », écrit, dans le catalogue accompagnant l’exposition, Hélène Samson, conservatrice de la photographie au Musée McCord.

Aux côtés de ses toiles de fond, différents objets de décor ont été assemblés. Mais Marisa Portolese insiste : alors que Notman voulait créer l’impression d’une scène de nature ou d’un salon victorien, elle n’est pas illusionniste.

Les photos ont toutes été prises à la lumière du jour, dans son studio. « Travailler avec la lumière du jour est une approche difficile », confie Marisa Portolese, qui enseigne aussi la photographie à l’Université Concordia. Par exemple, le modèle doit tenir la pose plus au moins longtemps selon le temps qu’il fait.

L’attrait de Marisa Portolese pour l’oeuvre de William Notman s’est déclenché lorsqu’elle a vu la photographie d’Annie G. McDougall, que Notman a prise en 1888. McDougall était elle-même une photographe.

Marisa Portolese a d’ailleurs tenu à joindre à son exposition différents portraits pris par Notman qui l’ont inspirée. On sait que le photographe prenait principalement des portraits de la bourgeoisie montréalaise, mais il arrivait qu’il fasse poser des domestiques ou des gens moins fortunés.

Comme Notman, Portolese a documenté chacun de ses portraits en y associant une courte biographie de la femme ou de l’enfant photographié.

Cette exposition est le fruit d’une résidence que l’artiste a effectuée au Musée McCord. Dans le passé, Marisa Portolese a décliné son projet Belles de jour, dans lequel elle explore la photographie de femmes, en trois volets. Le troisième s’inspirait notamment des photographies de femmes tirées par William Notman.

L’artiste avait alors exposé ses portraits côte à côte avec ceux de Notman. « Il se dégage de ces images de femmes d’époques différentes une même impression de force tranquille et de confiance devant l’appareil photo », écrit encore Hélène Samson.

Dans le studio avec Notman

Une exposition de Marisa Portolese. Au Musée McCord du 25 mai au 10 février 2019.